L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PRADELLES André Emile Fernand


Matricule « 46011 » à Auschwitz
André Pradelles est né le 1er novembre 1920 à Albi (Tarn). Il habite au 44 boulevard de Picpus à Paris (12ème) au moment de son arrestation. C'est également l'adresse de Mme Guilbert, qu'il donne pour sa famille.
Il est tourneur et mesure 1m 65 (fiche des ACVG).
Il est arrêté le 1er novembre 1941 par la police française pendant un rassemblement d’une quinzaine de membres des Jeunesses communistes clandestines devant la tombe de Paul Vaillant-Couturier, au cimetière du Père Lachaise, manifestation placée « sous le signe de l’antifascisme, commémorant la mort d’Henri Barbusse au cimetière du Père-Lachaise ». 
En même temps que lui sont arrêtés Gaston Vergne et Henri Migdal (dont c’est pour tous deux la deuxième arrestation).
Le 2 novembre 1941, François Bard, préfet de Paris décide de « l’internement  administratif » d’André Pradelles, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). après 3 jours passés au Dépôt de la Préfecture de police, il est  transféré au camp de « Séjour surveillé » de Rouillé (2) le 5 novembre avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Liste du Camp de Rouillé (montage)
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). 
Le nom d’André Pradelles (n° 150 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
A Compiègne, André Pradelles reçoit le matricule n° « 5936 ». Il est affecté au bâtiment A7 avec Fernand Blanchard , membre des JC du 11ème.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
André Pradelles est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 et le numéro «46011» inscrit dans mes trois ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro a pu être validé en comparaison avec une photo figurant dans son dossier au BAVCC. 
Le déporté portant le matricule "46.011" photographié le 8 juillet 1942 est sans conteste André Pradelles (4). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp André Pradelles est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Un arrêté ministériel du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’André Pradelles. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire une date probable de décès « mort le 30 septembre 1942 à Auschwitz ».
Le 3 juin 1946, la section du Parti communiste du 17ème arrondissement émet un certificat pour sa famille afin d'obtenir son homologation comme "Déporté politique" : "a participé dès juillet 1940 à la lutte contre l'occupant".
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (ex ACVG). Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Listes Rouillé : Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Listes Rouillé © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942.
  • Listes Rouillé : Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Listes départ du 22 mai 1942, Rouillé © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
Biographie mise à jour en novembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: