L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PESCHARD Pierre Marcel


Dessin de Franz Reisz, 1946
Pierre Peschard est né le 12 octobre 1906 à Paris.
Il habite au 3 passage Vallet dans le 13ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Pierre Peschard est marié. Il est menuisier et il est embauché comme aide ouvrier menuisier  le 1er octobre 1931 à la « Société anonyme du chemin de fer et des docks de Saint-Ouen ». Il travaille en 1941 aux ateliers SNCF (1) de la Petite Ceinture du 13ème comme menuisier.
Militant communiste, membre du comité de section du 13ème arrondissement en  1939, il est également responsable syndical CGT.
Fin août, quelques jours avant la déclaration de guerre du 3 septembre 1939, Pierre Peschard semble (2) avoir fait partie de la dizaine de militants communistes du 13ème qui se réunissent au 7 rue de Reims chez Gabriel Bigot qui fait fonction de trésorier (non mobilisable) pour « décider de la façon et sous quelles formes nouvelles nous devons continuer le combat ». Confection et distribution de tracts vont alors commencer. Les arrestations de la fin 1939 à juin 1940 de Fernand Alby, Henri Prost, René Legall, Fréchard et Destrem marquent également le début d’une longue série dans la répression, qui pour autant ne stoppera pas « la lutte courageuse qui a précédé et s’identifie à la Résistance ».

SNCF Petite Ceinture
« La débâcle a trouvé le Parti communiste relativement organisé chez les cheminots, en particulier ceux de l’entretien rue Masséna et de la Petite ceinture (…)».
« Avec Coulombeix du dépôt, Peschard fut le premier cheminot à entrer en contact avec les autres membres clandestins de la section du 13ème». Grâce à leur intermédiaire sont introduits les premiers tracts à la SNCF et  organisées les liaisons.
« Année 1941 (…) Dans les boites, la tâche des camarades n’est ni simple, ni exempte de danger, et nous ne soulignerons jamais assez le mérite des membres du Parti qui en sont les artisans, notamment (…) Pierre Peschard chez les cheminots Petite Ceinture (…) » Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération p. 110, 111, 114 et 115.
Pierre Peschard est arrêté le 28 mai 1941 pour « activité communiste » et déféré devant le Procureur de la République. Soit condamné à une courte peine de prison soit bénéficiaire d’un non-lieu, il n’est pas libéré à l’issue du jugement ou de la peine de prison. En effet, le Préfet de police de Paris ordonne son « internement administratif » (3) le 23 septembre 1941 en application de la loi du 3 septembre 1940. Maintenu alors au Dépôt de la Préfecture de Paris, Pierre Peschard est transféré au camp de Rouillé (4) le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).  
Le 9 février 1942, Pierre Peschard fait partie d’un groupe de 52 internés communistes de Rouillé remis aux autorités allemandes à leur demande. Ils sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Depuis ce camp de Compiègne, Pierre Peschard va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Peschard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de l’arrivée du convoi à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45971" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Birkenau
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Pierre Peschard  meurt à Auschwitz le 29 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 920 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
L’arrêté ministériel du 31 juillet 1997 apposant la mention Mort en déportation sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997, porte la mention « décédé le 9 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». On sait que dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) ou les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
A leur retour de déportation, Auguste Monjauvis et Henri Marti  témoignent de sa présence dans le convoi et de sa mort à Auschwitz.
A la Libération, une plaque honorant sa mémoire est apposée 3 passage Vallet. Elle a disparu avec la rénovation de l’immeuble et n’est pas répertoriée dans le document de la ville de Paris, intitulé « Patrimoine des plaques commémoratives de la seconde guerre mondiale à Paris ».
  • Note 1 : création de la SNCF le 31 août 1937, qui reprend la concession de la quasi-totalité du réseau ferré français.
  • Note 2 : les souvenirs et le récit qu’en fait Pierre Chaput ne sont pas précis. Mais il cite les noms de ceux qui animèrent les combats ultérieurs et qui y participent vraisemblablementIn Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération p. 78.
  • Note 3 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources  
  • Témoignages d'Auguste Monjauvis et d’Henri Marti.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération (EFR 1977) ouvrage collectif de Louis Chaput, Germaine Willard, Roland Cardeur, Auguste Monjauvis et son frère Lucien.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • La Petite Ceinture entre Alesia et Massena @ You Tube.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie (provisoire) mise à jour en novembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: