L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOMON Louis


Matricule 45884 à Auschwitz

Louis Momon est né le 19 juin 1896 à Accolay (Yonne) au domicile de ses parents, tous deux vignerons. Louis Momon est domicilié 44 rue Descartes à Paris (5ème) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise Maître, 36 ans et de Justin Momon, 44 ans, son époux.  Il a deux frères aînés, Léon, né en 1884 et Jules né en 1887 qui travaillent chez Guilliet à Auxerre en 1911 et 1913.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Accolay au moment du conseil de révision et travaille comme serrurier-maréchal. Il sera par la suite mécanicien outilleur (1921), puis mécanicien ajusteur.
Il mesure 1m 69, a les cheveux châtains foncés et les yeux châtain, le front moyen, le nez moyen, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Ses différents régiments  1915  / 1919
Conscrit de la classe 1916, Louis Momon est mobilisé par anticipation en 1915, comme tous les jeunes gens de sa classe. Il est appelé le 12 avril 1915 et incorporé au 30ème  régiment d’artillerie. Il est à l’instruction jusqu’au 17  juin 1916, puis « passe » à la 56ème compagnie du 13ème régiment d’artillerie. Il est « aux armées » de cette date jusqu’au 24 septembre 1916 (le 1er juillet il est « passé » au 40ème régiment d’artillerie). Blessé ou intoxiqué par les gaz, il est évacué vers l’ambulance 19/6 (ambulance du 6ème groupe d’armée stationnée à Dugny, dans la Meuse) du 22 novembre au 7 janvier 1917, puis hospitalisé du 2 février jusqu’au 26 février. Louis Momon est à nouveau hospitalisé du 23 mars au 10 avril, et du 1er août au 1er septembre 1917.
Il est désigné pour la relève de l’Armée d’Orient le 12 septembre 1917 et envoyé au dépôt du 38ème régiment d’artillerie (A.O., Armée d’Orient) le 14 octobre 1917. Le 10 avril 1918, il passe dans la réserve de l’armée active, mais est « maintenu sous les drapeaux » (article 33 de la loi du 7 août 1913).
Médaille interalliée
Le 1er mars 1918, il passe au 145ème régiment d’artillerie lourde, engagé en Macédoine contre les troupes bulgares. Il est évacué sur Kumanovo (Macédoine) le 16 octobre 1918. Le 6 avril 1919, il passe au 30ème régiment d’artillerie de campagne. Le 5 mai 1919, il stationne au 105ème régiment d’artillerie lourde, à Marseille. Il est envoyé en « congé illimité de démobilisation» par le 30ème régiment d’artillerie de campagne le 20 septembre 1919, et se retire à Accolay, « certificat de bonne conduite accordé ».
Louis Momon est décoré de la médaille interalliée de la Victoire et de la médaille commémorative française de la Grande guerre.
Il retrouve du travail dans l’une des usines métallurgiques d’Auxerre.
Louis Momon adhère « à la section des « Jeunesses syndicalistes » fondée par Adrien Langumier et René Roullot, devient secrétaire adjoint du Syndicat des Métallurgistes et l’un des principaux dirigeants de la Bourse du travail d’Auxerre » (Le Maitron).
Il habite alors à Auxerre au n°1 impasse Maison Fort, jusqu’au mois de mai 1920.
Le 1er mai 1920, l'Humanité du 2 mai. 
Il « monte à Paris » avec Albert Guichard, connu aux Jeunesses socialistes d’Auxerre. Depuis la grève générale lancée par la CGT pour le 1er mai, au cours de laquelle de violents heurts ont éclaté, jusqu’au 21 mai, date à laquelle la CGT appelle à la reprise du travail les grèves ont été réprimées de façon sanglante (sur la photo publiée par l'Humanité, on voit un sergent de ville sabre au poing). Ils sont tous deux domiciliés au 53 rue Escudier à Boulogne-sur-Seine (Seine / Hauts-de-Seine) le 20 juin 1920.  
D’après la notice du Maitron, Louis Momon et son camarade s’enfuient à Genève pour éviter des poursuites. « Il prit part à la vague révolutionnaire de mai 1920, fut poursuivi pour coups et blessures et entraves à la liberté du travail, s’enfuit pour échapper à la justice, se réfugia à Genève (…). Arrivé vers la mi-juin à Genève ».
« Il fut acquitté par le tribunal correctionnel d’Auxerre le 11 novembre 1920. Il rentra en France, arriva à Sens le 16 novembre, y trouva du travail à l’usine Fichet ».
Le 2 décembre 1920, il est domicilié au 15, rue du Plat-d’Étain à Sens.
« Il y résidait (à Sens) au 8 rue Thénard, avec Albert Guichard le 14 février 1921. Il quitta son travail le 13 avril 1921 au soir, quelques jours avant son colocataire ».
Militant du syndicat des métaux de Sens « Louis Momon publia dans « le Travailleur » du 26 février 1921 un article appelant les participants au congrès de l’Union départementale du 27 février à se prononcer pour l’adhésion à « l’Internationale rouge de Moscou » ; il intervint au congrès dans le même sens » (Le Maitron).
"La Ruche"
Il retourne à Paris, où il réside au 2 passage Dantzig à Paris 15ème, le 6 mai 1921. Cette adresse est celle de « La Ruche », une soixantaine d’ateliers d’artistes qui abritèrent Modigliani, Soutine, Brancusi, Léger, Marie Laurencin, Chagall, Max Jacob, Cendrars... 
Le 4 décembre 1924, il a déménagé au 49 rue Linois, à Paris 15ème.
Louis Momon épouse Hélène Picard à Paris le 14 février 1925.
Le 18 juin 1932 son registre matricule indique comme adresse : Appartement 59 au 15/3 rue Bolchaïa Dmitrovka à Moscou. Il est possible que Louis Momon, jeune responsable communiste, ait été envoyé à l’École léniniste internationale d’un an au mois de mai (en 2005, cette rue abritait les archives de l’Institut Marxiste-Léniniste et du RGASPI). Un rapport de police indique qu’il effectue un voyage en URSS en 1934 (Le Maitron).
Du 8 mai 1933 au 27 juillet 1939, Louis Momon est domicilié au 125 boulevard Masséna, à Paris 13ème. Il vit séparé de son épouse selon sa fiche au DAVCC.
Il travaille comme mécanicien-ajusteur chez Pellin, à la Société industrielle d’instruments de précision, 59  avenue Jean Jaurès à Arcueil (Seine / Val-de-Marne)
Classé initialement dans la réserve au titre du plan A en 1938 (plan français de mobilisation et de concentration des troupes) dans un régiment d’ouvriers d’artillerie, et personnel de renforcement le 22 juillet 1939, il est classé « affecté spécial » parce qu’ouvrier hautement qualifié (c'est-à-dire qu’il sera mobilisé sur son lieu de production en cas de conflit). Il est rappelé à l’activité le 1er mars 1940 mais « affecté spécial, tableau III pour une durée indéterminée » le 12 mars 1940 chez Pellin. Louis Momon est domicilié 44 rue Descartes à Paris (5ème) au moment de son arrestation.Un rapport des Renseignements généraux mentionne qu’il n’a pas attiré l’attention des services après le début des hostilités.
Cependant Louis Momon est arrêté le 28 avril 1942 à Paris, ce qui signifie que la police a continué à le surveiller. En effet son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine ce jour-là. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police comme Louis Momon. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). 
Louis Momon est interné le même jour à Compiègne, au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122).
Depuis ce camp de Compiègne, Louis Momon va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Momon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Louis Momon est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45884» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Louis Momon comme tous ses camarades passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louis Momon est mort à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 825 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch ».
Un arrêté ministériel du 8 juillet 1996 appose la mention Mort en déportation sur son acte de décès (Journal Officiel du 27 août 1996), porte la mention « décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) ». On sait que dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) ou les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Louis Momon est homologué comme « Déporté politique », et il est déclaré « Mort pour la France ».  Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Accolay.

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, citant Le Travailleur, 9 mars 1921.
  • Autre notice du Maitron : Jean-Charles Guillaume (Sources : Rapport du Commissaire spécial au préfet de l’Yonne en date d’Auxerre le 30 juillet 1920 (ADY 3M1/359).
  •  Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en 2013 et mai 2016 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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