L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GODARD Lucien, Joseph


Lucien Godard est né le 1er avril 1895 au 19 rue Boinod à Paris (18ème) au domicile de ses parents. Il est le fils de Caroline, Joséphine Rombach, 22 ans et de Charles Joseph Godard, 26 ans, forgeron, son époux.

Les HBM en 2013
Lucien Godard habite les HBM du 18 rue Brillat-Savarin à Paris 13ème au moment de son arrestation.
Il a épousé Pauline, Georgette Dumilieu, le 17 avril 1919 à Paris 13ème. Il est veuf et père d'un enfant au moment de son arrestation.
Lucien Godard travaille comme mécanicien ajusteur chez Gnome-et-Rhône (moteurs d’avion, nationalisé après la Libération) au 68 - 86 boulevard Kellermann, quartier Maison Blanche Paris XIIIème (future SNECMA). Il côtoie dans cette usine Maurice Fontès, Henri Marti et Marceau Tellier qui seront déportés avec lui à Auschwitz.
Lucien Godard est membre de la 13ème section de Paris-Ville du Parti communiste et des Amis de l'Union soviétique.


Pendant l’Occupation, chez Gnome-et-Rhône, l’appareil de production est placé sous contrôle allemand.  De ce fait les anciens syndicalistes et / ou communistes connus sont surveillés par les RG, leurs domiciles perquisitionnés. Le 23 octobre 1941, la police française perquisitionne son domicile. Sans résultat.
Lucien Godard est pourtant arrêté le 28 avril 1942 à Paris comme otage communiste, lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, en répression de l’attentat de Paris du 20 avril. Cette rafle (387 militants) touche un grand nombre de militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine (Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942).
Les autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Godard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46610 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, Lucien Godard passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal.
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes (il en fait partie) dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dans Les Livres des Morts d'Auschwitz, il est indiqué comme décédé à Auschwitz le 17 septembre 1942. Il est possible qu’il ait été inscrit dans le registre des morts après avoir été sélectionné pour la chambre à gaz dans le Block des malades. Il aurait réussi à y échapper en échangeant son numéro, écrit au crayon à encre (et non encore tatoué), avec celui d’un détenu décédé (témoignage d’Auguste Monjauvis).
Comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, Lucien Godard reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi-totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz survivants pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants". (2)
Lucien Godard survit à l’enfer Auschwitz, d'où il est transféré à Flossenbürg avec 30 autres « 45000 », le 28 août 1944. Ils sont enregistrés le 31 août 1944.

Le camp de Flossenbürg
Il meurt dans ce camp le 10 avril 1945, comme Paul Louis Mougeot et Louis Paul, victimes de la rigueur de ce camp où les déportés travaillent dans des carrières de granit appartenant à la SS ou dans des ateliers de construction d’ailes d’avions.
Lucien Godard est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
Un arrêté ministériel du 13 septembre 1993 paru au Journal Officiel du 24 octobre 1993 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Il mentionne « décédé le 10 avril 1945 à Flossenbürg ».
  • Note 1 : Dans le cadre de la Loi Loucheur, l’architecte De Rutte construit des logements sociaux selon les canons de "l'Art nouveau", accordant une attention particulière à l'ornementation des façades, notamment pour le 18/24, rue Brillat-Savarin. Extrait de Paris Habitat .
  • Note 2 : Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Sources
  • Extrait de naissance avec mention du décès (Mairie du 18ème).
  • © Archives en ligne de Paris
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignages d'Auguste Monjauvis.
  • « Les Parisiens en Résistance, Paris 13ème », par Serge Boucheny.
  • Le 13ème arrondissement de Paris, du Front populaire à la Libération (EFR 1977) ouvrage collectif de Louis Chaput, Germaine Willard, Roland Cardeur, Auguste Monjauvis et son frère Lucien.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946). 
  • Flossenbürg Braulltjp. wordpress.com
  • Photo du 18/24, rue Brillat-Savarin @ Street View.
  • Gnôme et Rhône, coll. motos.
Biographie (provisoire) mise à jour en novembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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