L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BERTHELOT Raymond


Raymond Berthelot le 8 juillet 1942
Matricule "45229" à Auschwitz

Raymond Berthelot est né le 1er octobre 1907 à Paris 2ème. Il est le fils de Clémence et Emile Berthelot
Le 5-7 rue Rataud
Il habite dans les HBM du 5 rue Rataud à Paris 5ème au moment de son arrestation. 
Raymond Berthelot est après un concours réussi en 1932, vérificateur des Postes (PTT) au Central Odéon, "aux appointements mensuels de 2000 F) .
Il est célibataire. Sa mère, veuve, habite dans la Nièvre, à St Martin-sur-Nohain.
Il effectue son service militaire en 1927 (premier bureau, matricule 5759).
Raymond Berthelot est administrateur de l'Union Coopérative des PTT fondée en mai 1939, dont le siège est 10 boulevard Voltaire. Elle a 5000 adhérérents, tous agents des PTT.
A la déclaration de guerre, il est "affecté spécial " et continue son service aux PTT. En mai 1941, il devient président de président de l'Union Coopérative des PTT.
Raymond Berthelot est arrêté le 12 septembre 1941 par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
« Il a été signalé au début des hostilités par la direction des PTT comme élément dangereux pour la Défense nationale. Pour cette raison il avait d’ailleurs été déplacé et envoyé à Rouen» (PV du 2 avril 1942).
Pv du 15 septembre 1941
Pendant l’Occupation, des enquêtes et filatures sont effectuées chez les anciens communistes des PTT par des inspecteurs de la BS qui organisent des filatures. 
Depuis  le 9 septembre 1941, Raymond Berthelot est pris en filature (sans résultat) par les inspecteurs Cl... et Ba... , qui enquêtent également autour du siège de l’Union coopérative des PTT : « des renseignements recueillis nous semblent démontrer que le ravitaillement des membres adhérents ne serait qu’une façade, le but réel étant la propagande parmi les clients des mots d’ordre de la 3ème Internationale (…). Il y a quelques mois, les stocks entreposés lui auraient permis également d’assurer le ravitaillement  des militants communistes contraints de se réfugier dans l’illégalité ».
L’enquête dans les milieux communistes d’avant-guerre entraîne des arrestations, perquisitions et interrogatoires.
C’est ainsi que Raymond Berthelot est mis en cause par un nommé G… arrêté le 9 septembre 1941 pour avoir été signalé par l’administration des PTT « établissant clandestinement un plan détaillé du central Ségur ». Travaillant aux PTT, au central Ségur, G… était avant-guerre membre de la même commission de contrôle d’un club sportif corporatif que Raymond Berthelot. 
9 septembre 1941 : PV d'interrogatoire de G....
Pendant son interrogatoire, André G…(2) explique que c'est Raymond Berthelot qui lui aurait demandé d’effectuer un relevé des installations téléphoniques du central Ségur. « L’enquête a révélé que Berthelot cherchait à obtenir les plans de tous les centraux des PTT de Paris ».
Raymond Berthelot est arrêté le 15 septembre 1941 « au domicile de sa maîtresse, la femme M…, internée administrativement le même jour » (PV du 2 avril 1942). 
Rose M… domiciliée au 94 rue de Sèvres, est vendeuse à l’Union coopérative des PTT ». Elle est connue des Renseignements généraux pour avoir été membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et avoir été la secrétaire de Haïm Rothemberg ancien directeur de l’imprimerie « la coopérative Etoile », qui avant-guerre travaillait exclusivement avec des organismes soviétiques.
Raymond Berthelot s’il ne nie pas connaître G… refuse catégoriquement toute implication correspondant aux allégations de G… et toute participation aux actions du Pc. clandestin. Rose M…, lors de son interrogatoire, affirme que Raymond Berthelot est un ami qui, s’il passe régulièrement lui rendre visite à son domicile, ne discute jamais politique avec elle. Ce que confirme Raymond Berthelot qui déclare ignorer ses opinions politiques « lorsque je lui rends visite, nous prenons ensemble notre repas du soir, et je rentre ensuite chez moi ».
Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste), placé en prévention, Raymond Berthelot est mis à disposition du Procureur et sera condamné à une lourde peine de prison. Il fait appel de la sentence.  Lors du jugement en appel, G. se rétracte de sa mise en cause de Berthelot.
Qui est "renvoyé de la prévention à la suite des rétractations de G... par arrêt de la cour spéciale d'appel de Paris en date du 20 mars 1942"
Avis défavorable du directeur des RG
"En raison de l'activité qu'il avait déployé",  le préfet de police de Paris, suivant en cela l'avis du Directeur des RG (ci-dessus), ordonne néanmoins son internement administratif le 21 mars 1942 (dossier 229.669) en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). 
Maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris, Raymond Berthelot sera interné administrativement au Camp de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) ouvert le 5 janvier 1942. 
Au camp de Voves

Le 16 avril 1942, à 5 h 50, il fait partie d’un groupe de 60 militants « détenus par les Renseignements généraux » qui est transféré de la permanence du Dépôt au camp de Voves (Eure-et-Loir), convoyé par les gendarmes de la 61ème brigade. Il y est enregistré sous le matricule n° 58.
CSS de Voves @ VRIDC
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Raymond Berthelot figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation. La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises.
Le 10 mai 1942, il fait donc partie de ce groupe de 81 internés remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Berthelot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Raymond Berthelot est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45229» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (3) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Raymond Berthelot passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres comme Raymond Berthelot, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Raymond Berthelot meurt à Birkenau le 22 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 82 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 18 juin 1987 paru au Journal Officiel du 12 avril 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Félix Néel en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : André G..., condamné à 3 ans de prison est interné à Compiègne, il sera déporté à Buchenwald le 12 mai 1945, où il meurt le 9 février 1945.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignage recueilli par Roger Arnould, documentaliste à la FNDIRP.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Le CCS de Voves. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Google Street View.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie (mise à jour juillet 2017), installée en novembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: