L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PESSOT Etienne, Guillaume

            
Matricule « 45973 » à Auschwitz
Rescapé

Etienne Pessot est né à Paris (14°) le 14 mars 1914, au 4, passage des Termopyles. Il est le fils de Pauline Beuvelet et de Guillaume Pessot son époux. Il habite au 18 rue de Provigny (1) à Cachan (Val-de-Marne).
Il est célibataire au moment de son arrestation (il se mariera à son retour des camps, en 1945).
Etienne Pessot travaille comme plombier-couvreur. Il est sympathisant communiste mais « non militant » (note sur sa fiche au BAVCC).
Pendant l’occupation il distribue des tracts anti-allemands. Il est arrêté pour « distribution de tracts et propagande communiste » le 1er mai 1941 par des gendarmes français. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste et propagande notoire des doctrines de la IIIème internationale), il est mis à la disposition du procureur. Incarcéré le 2 mai à la maison d’arrêt de la Santé en attente de jugement. Il est condamné le 3 mai 1941 à 8 mois de prison par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine.
Etienne Pessot est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes le 26 mai. Il a fait appel de sa condamnation : celle-ci est confirmée en appel le 7 juillet.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne le 2 novembre 1941 son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).

Le camp de Rouillé @ VRID
Etienne Pessot est transféré du Dépôt au Camp de séjour surveillé de Rouillé (3), via les gares d’Austerlitz et Poitiers, le 10 novembre 1941 au sein d’un groupe de 58 militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Etienne Pessot (n° 146 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp de Royallieu à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Etienne Pessot va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Etienne Pessot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Etienne Pessot est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45973» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Son matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. (…) Pierre Monjault

Dessin de Franz Reisz, 1946
Etienne Pessot est ramené à Auschwitz 1. Il y est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz).Ils sont tous confrontés à l’horreur et à la mort. La plupart des « 4500 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
Etienne Pessot, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Etienne Pessot est dans le premier groupe. D'Auschwitz, le 28 août 1944 ils sont dirigés sur Flossenburg où il reçoit le matricule n°19880.

Tunel de Leitmeritz
Certains d'entre eux sont transférés dans d'autres camps : en janvier 1945 Etienne Pessot est transféré au camp de Leitmeritz (en Haute Bavière annexée) près de la frontière Tchécoslovaque avec Georges Hanse et Camille Salesse. Ce kommando qui a compté jusqu’à 5000 détenus, dépend de Flossenbürg. Il est lié à l’usine Elsabe et au projet « Richard » (construction d’usine souterraine). « En avril 1945 commença la liquidation du camp (…). Malgré tout, il resta environ 1200 détenus malades, qui ne furent libérés que les 9 et 10 mai 1945, par des unités russes de la 5e armée du Général A.S. Schadow » (in ALEI). Etienne Pessot est rapatrié  le 10 juin 1945.
Il épouse Aimée, Marcelle Coudert le premier septembre 1945 à Cachan. Le couple a un enfant.
Avec trois autres rescapés (Lucien Matté, Jean Thomas et Raymond Saint-Lary) il témoigne de la mort à Auschwitz de plusieurs de leurs camarades, dont Georges CoraRené Faure et Paul Clément.
Sa santé est très affectée : selon Maurice Rideau, il avait servi de « cobaye » pour les « expériences médicales » des médecins d' Auschwitz.
Il est homologué « Déporté politique » en 1955.
Etienne Pessot  meurt à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 8 février 1982.
  • Note 1 : Sur le document de police concernant son transfert au camp de Rouillé, il est écrit « 16 rue de Provigné ».
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en novembre 1993.
  • Extrait d’état civil, mairie du 14° arrondissement, 10 mars 1994.
  • CDJC. Liste d'otages de Rouillé XLI 42, N° 146.
  • Sur le camp de Leitmeritz extraits de la traduction du livre de Wolfgang Benz und Barbara Distel par @Alei-xpression.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • @ Tunel Leitmeritz, mémoriél de la Shoah
Biographie mise à jour et installée en octobre 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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