L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAURE Louis

         
Matricule « 46234 » à Auschwitz
Rescapé

Louis Faure est né à Paris (14°) le 3 janvier 1921. Il est le fils de Marie, Louise Jabin et de Jacques Faure, son époux.
Louis Faure habite au 24, avenue Ernest-Renan à Issy-les-Moulineaux (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
« Petit-Louis » est ouvrier imprimeur à Issy-les-Moulineaux, chez Desfossés, 13 quai Voltaire, où il travaille avec Henri André, qui sera arrêté le même jour et déporté comme lui dans le même convoi vers Auschwitz.
Louis Faure est membre du Parti communiste et va continuer à militer après l'interdiction du Parti communiste et l'Occupation allemande.
25 janvier 1941 : registre journalier des RG
Un inspecteur des Renseignements généraux, en collaboration avec le commissariat de la Porte Saint-Martin, l'arrête rue Letellier dans le 15ème arrondissement le 25 janvier 1941. 
A une rue de distance se trouve - rue Fondary - l’imprimerie La Néogravure, où Maurice Petit et Fernand Lyauté fabriquent des faux papiers pour le P.c. clandestin depuis septembre 1940.
Tickets d'alimentation @ musée de la Résistance virtuel
Les inspecteurs de la P.j. enquêtent sur une filière de fabrication de faux tickets d’alimentation impliquant des imprimeurs et ouvriers imprimeurs (à l’époque le Parti communiste clandestin utilise ces tickets comme vecteur de propagande en direction des jeunes chômeurs). 
Ils trouvent également des tracts anti-allemands au domicile de Louis Faure. 
Le commissaire de police l’inculpe de "vol de tickets d'alimentation" et d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute) puis le défère au procureur. En attente de jugement, Louis Faure est placé en détention provisoire au Dépôt de la Santé.
Le 17 mars 1941, la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à deux ans de prison et 100 F d’amende. Il fait appel de la sentence.
Le 5 (ou le 25 avril), Louis Faure est transféré et écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes.
Le 26 mai 1941, la Cour d'Appel de Paris (10ème chambre) réduit sa peine à un an de prison et 100 F d'amende.
Au lieu d'être libéré à sa levée d'écrou, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne le 25 octobre 1941 son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).
Liste du CSS Rouillé
Le 10 novembre 1941, Louis Faure, qui a été maintenu entre temps au Dépôt de la préfecture de Paris est interné au CSS de Rouillé (2). 
Il est transféré à Rouillé avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
CSS de Rouillé @ VRID
Le 18 mars 1942, il fait partie d’un petit groupe de 15 jeunes communistes du camp de Rouillé qui - à la demande des autorités allemandes - sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otages. Il s’agit d’Henri André, Marcel Algret, Maurice Alexis, Jean Bach, Roger Desjameau, LouisFaure, René Faure, Georges Guinchan, Gaston Jouy, Henri Migdal, René Louis, Marcel Nouvian, RogerTessier, qui seront tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Jean Valentin sera déporté à Buchewald. André Giraudon sera fusillé à Compiègne le 10 mai 1942.
Depuis le camp de Compiègne, Louis Faure va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Faure est déporté à Auschwitz dans le cnvoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Louis Faure est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46234» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz (sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz). 
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault. Imprimeur de métier Loui Faure est affecté à Auschwitz 1 au Kommando Druckerei (imprimerie).
Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz). La plupart des « 4500 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943.
Louis Faure, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, Louis Faure est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Louis Faure affecté au Kommando Druckerei (imprimerie), imprime « en six exemplaires - des fiches d’arrestation, des avis de décès et un nombre incalculable d’imprimés  destinés aux SS et à leur administration » (René Besse).
Même s’il y est souvent battu, il est au chaud. Il s’y retrouve avec 3 autres 45000 » également imprimeurs de métier, Clément Brioudes et Marcel Claus (René Besse y arrivera après la quarantaine au Block 11). Devenus des « vieux numéros », les Kapos les laissent tranquilles.
Le 13 septembre 1944, date confirmée par les historiens, ils sont témoins du bombardement de Monowitz par les Alliés. Une bombe tombe sur un des bâtiments d’Auschwitz où travaillaient des tailleurs et des cordonniers Juifs. Tous sont tués, sauf l’un d’entre eux, qui a la jambe cassée et que René Besse met à l’abri après l’avoir sorti des décombres.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Camp de Flossenbürg
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbürg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
D'Auschwitz, Louis Faure est transféré à Flossenbürg. Le 31 août 1944 il y reçoit le n° matricule « 19896 ». Le 28 décembre 1944, il est affecté à l’un des 73 Kommandos extérieurs : Altenhaummer. Louis Faure reste au camp jusqu'à sa libération le lundi 23 avril par les soldats du 538ème régiment de la 90ème division d'infanterie américaine.
Son rapatriement, via Longuyon, s'effectue le 4 mai 1945.
A son retour il habite au 27 rue Juge à Paris 15ème.
Le 27 septembre 1947, il épouse Simone, Angèle Orain
Il a été homologué Déporté politique le 27 juillet 1961.
Il habite à St Maurice sur Aveyron dans les années 1990.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992 et dossier individuel, novembre 1993.
  • © Photo des renseignements concernant Louis Faure extraite de la Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941. Archives de la police / C - 331 - 24.
  • Archives de la Préfecture de Police, juin 2012.
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Les Ardents éd. 2009.
  • Tickets d’alimentation @ ADD fonds Vincent-Beaume
  • Le CCS de Rouillé. In site © Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  •  Camp de Flossenbürg, History of Holocaust.
Biographie installée en octobre 2013 (mise à jour 2017)  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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