L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRUNET Georges, Fernand

Matricule 45307 à Auschwitz

Georges Brunet est né le 30 juillet 1897 à Paris (14ème) au domicile de ses parents, 156 rue de Vanves. Il est le fils de Jeanne, Julie Lacoste, 28 ans, brocheuse et d’Emile, Dominique Brunet, 32 ans, lamineur, son époux.
Conscrit de la classe 1917, Georges Brunet est recensé dans le département de la Seine avec le matricule 2285. Il a très certainement été appelé par anticipation en avril 1916, comme le sont tous les jeunes hommes des classes successives depuis la déclaration de guerre.
Le 10 juillet 1920, il a épousé à Arcueil Jeanne, Marie Conseil.
Il habite au 43 rue Voltaire à Arcueil (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il travaille comme brocheur dans une imprimerie du labeur.
Pendant l’Occupation, Georges Brunet participe à la confection de matériels de propagande du Parti communiste.
Il est arrêté le 27 mai 1941 dans le cadre d’une rafle qui concerne treize militants communistes suspectés de fabrication et diffusion de tracts communistes.
Au cours des perquisitions effectuées au domicile de certains d’entre eux, il a été trouvé 30.000 cartes à l’adresse de Brinon (1), 10.000 papillons et 5000 tracts intitulés « Au secours de nos emprisonnés. Le scandale du camp d’Aincourt ou comment M. Chevalier s’érige en bourreau des travailleurs ». Lire dans le blog Le camp d’Aincourt.
Tract aux habitants de Seine-et-Oise
Il s’agit d’un tract destiné aux habitants des communes de la petite couronne parisienne en Seine-et-Oise : il fait référence à la rafle de plus de 300 militants parisiens et de Seine-et-Oise au début d’octobre 1940 décidée par le ministre de l’intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton, qui devant la recrudescence de l’activité communiste a pris la décision de faire interner les militants communistes connus et jugés particulièrement actifs. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, a exécuté une rafle identique à celle de son homologue parisien dans son département. Il a en outre adressé des menaces aux "fauteurs de trouble" (cf. l'avis ci-dessous).
Avis à la population de Seine et Oise

Le 31 mai 1941, Georges Brunet est inculpé d’infraction au décret du 26-09-1939. Il est déféré à la Santé à la disposition du procureur en attente de son jugement. Celui-ci a lieu le 11 août 1941 devant la 14ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine qui condamne Georges Brunet à six mois de prison.
Le 22 août 1941, il est transféré et écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes. Le 28 août il est transféré et écroué à la Maison centrale de Poissy.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, il n’est pas libéré et le Préfet de police de Paris ordonne le 15 octobre 1941 son internement administratif en application de la loi du 3 septembre 1940 (2). En attente de son transfert, il est maintenu au Dépôt de la Préfecture.

Liste du camp de Rouillé (montage)
Le 10 novembre 1941, Georges Brunet est interné administrativement au camp de Rouillé (3) dans la Vienne, avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Georges Brunet (n° 40 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Brunet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Georges Brunet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45307 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Travaillant dans l’imprimerie il est ramené à Auschwitz, au Block 16 et vraisemblablement affecté au Kommando Druckerei (imprimerie).
Rapidement malade, très affaibli, il est envoyé à l’infirmerie. Il meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 139). Selon l’acte de décès n° 31674, il est mort des suites d’une « maladie du cœur et caillot sanguin ». Mais il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas eu connaissance de ces registres, fixe la date de son décès au 15 janvier 1943 sur la base du témoignage (plus ou moins précis) de deux de ses compagnons de déportation. Sur décision du procureur de la République le 9 mai 1994, un arrêté (n°94-3882/B/TC) rectifie cette date et établit son décès à Auschwitz à la date du 18 septembre 1942.
Georges Brunet est homologué comme Déporté politique.
Son nom est honoré sur la stèle des déportés, en « hommage aux victimes de la Seconde guerre mondiale (1939-1945) » d’Arcueil.
  • Note 1 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Archives en ligne de Paris.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 et liste des décès au camp d’Auschwitz établie par la mission néerlandaise de recherche.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
  • Liste des militants communistes internés administrativement au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941. Archives de la police / C - 331 - 24.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre).
  • Liste - incomplète - du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en octobre 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: