L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VANDENHOVE Fernand


Fernand Vandenhove est né le 28 novembre 1894 à Paris 20ème au domicile de ses parents, 167 rue de Bagnolet.
Il est le fils d’Augustine, Elisa Senrasne, 33 ans, journalière, et de Louis, Napoléon Vandenhove, 38 ans, cocher, son époux.
Fernand Vandenhove habite au 154 avenue Wilson à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Depuis le vote de la loi des 3 ans en 1913, il doit effectuer son service militaire de novembre 1914 à novembre 1917. Mais sa classe est mobilisée par anticipation deux mois plus tôt, le 1er septembre 1914.
Libéré de ses obligations militaires, Fernand Vandenhove revient en région parisienne.
Le 15 novembre 1919, à Montreuil, il épouse Suzanne, Anne Villain, née le 15 décembre 1897 (1) dans cette ville.
Militant communiste, il est l'un des principaux rédacteurs de la "Voix de l'Est", fondée en octobre 1933, pour Montreuil.
Chauffeur de taxi de métier, il exerce également des responsabilités au syndicat CGT des cochers-chauffeurs selon Daniel Tamanini. 
Fernand Vandenhove est embauché par la municipalité communiste élue au deuxième tour de mai 1935 avec 56, 6% des voix et travaille comme chauffeur au garage municipal de Montreuil jusqu'à son arrestation.
Après la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939, il fait partie de la direction communiste clandestine à Montreuil, avec André Bondu et deux autres de ses camarades, Auguste Gentelet (2), et René Melin (3).
Fernand Vandenhove est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du Parti et de la CGT). Il est interné le 6 octobre par décision du Préfet de Paris Roger Langeron (numéro de dossier 254.489), avec ses camarades, au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).

Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Fernand Vandenhove on lit : «45 ans. Communiste notoire et très actif. Principal meneur de la propagande clandestine à Montreuil. Dangereux ».

Les "cages à poules" de Fontevraud
Le 4 décembre 1940 Fernand Vandenhove est transféré, avec une centaine d’internés d’Aincourt considérés comme dangereux, à la Maison centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire), considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. Quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande. Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
De Fontevraud, il est transféré le 20 janvier 1941 à la Maison centrale de Clairvaux, via les gares de Saumur et d’Austerlitz, avec un groupe de militants d’abord internés à Aincourt. A leur convoi est adjoint à la gare de l’Est de Paris où ils ont été transférés par fourgon cellulaire, un groupe de 68 militants communistes arrêtés dans le département de la Seine les 18 et 20 janvier. A leur arrivée le 21 janvier 1941 à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
Le 26 ou le 27 avril 1941, Fernand Vandenhove est transféré depuis Clairvaux au Dépôt de la Préfecture de Paris pour comparaître devant la 15ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine avec douze autres inculpés montreuillois (dont René Melin, Jean Renard et Marceau Vergua). Il est condamné à deux mois de prison. Trois jours plus tard, il est incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé. A  l’expiration de sa peine, il doit retourner comme interné administratif à Clairvaux, mais il reste interné à la Santé, car le CSS de Clairvaux est saturé.
Le 2 septembre 1941, Fernand Vandenhove est transféré au “Centre d’internement administratif” de Gaillon (4) avec un groupe d’internés administratifs de la Santé.

Lettre au Préfet Caumont
Le 18 février 1942, le nom de Fernand Vandenhove figure sur une liste de 46 militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti. Quatorze d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz. 
Note du 18 février 1942
Dans un pli confidentiel adressé à M. Caumont, Préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure» ( Note 5) : 
Le 27 avril 1942, Fernand Vandenhove est transféré au Dépôt de la Préfecture de police de Paris avec d’autres détenus.
Le 4 mai, ils sont 58 transférés au CSS de Voves (Eure-et-Loir). Enregistré sous le n° de dossier 404.379, avec le matricule n° 321, Fernand Vandenhove y reste jusqu’au 20 mai 1942, date à laquelle il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande.
­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), il va être déporté depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Fernand Vandenhove est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 46170 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Dessin de Franz Reisz
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Fernand Vandenhove meurt à Auschwitz le 26 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 476  à Hove van den Ferdinand, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau), où il y est indiqué avec ses dates et lieux de naissance et de décès, avec la mention « evangelist » (protestant). L’arrêté ministériel du 29 mars 2001 portant apposition de la mention Mort en déportation sur les actes de décès, paru au Journal Officiel du 23 juin 2001, porte encore la mention « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il conviendrait que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) et les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

Fernand Vandenhove a été déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1953. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative apposée rue Victor Hugo intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
Il est peut-être honoré - mais sous le patronyme de Fernand Vandenfoye - au cimetière de Levallois-Perret. "La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine - En hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l'émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République".
  • Note 1 : Suzanne Vandenhove, son épouse est arrêtée en août 1941 et internée à Châteaubriant. Elle s'y trouvait déjà au moment où furent fusillés les 27 otages communistes, en octobre 1941.
  • Note 2 : Auguste Gentelet. Au printemps 1941, cet ouvrier fondeur montreuillois fait partie du triangle de direction de l’une des neuf sous-régions de l’inter-région parisienne. Avec Gunsbourg (fusillé) et Lenoir (fusillé), il était responsable de la P4. Il est déporté à 
  • Note 3 : René Melin est fusillé au Mont Valérien en septembre 1942.  Cinq autres montreuillois sont arrêtés en même temps que lui : Pierre Hasselweiler, Delphine Vicq, Jean-Baptiste Lebel, Pauline Dupont et Jean Beraud le 16 avril 1940.
  • Note 4 : La maison centrale de Gaillon avait été transformée en caserne aux débuts du 20ème siècle. Le château du cardinal Georges d’Amboise retrouva sa fonction carcérale durant l’Occupation et à la Libération : un camp d’internement administratif y fut organisé. Pendant l’Occupation, plusieurs catégories "d’indésirables" furent acheminées par les gouvernements du maréchal Pétain à Gaillon (…). Deux groupes plus importants constituèrent la population de ce camp : des politiques (130 hommes et 129 femmes) et des trafiquants de marché noir (272 hommes et 14 femmes). Hervé Bertonchini : Les camps d'internement administratif de Gaillon, Mémoire de maîtrise, Université de Rouen, 1993.

  • Note 5 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur. 
Sources
  • Souvenirs de Daniel Tamanini, ancien membre des Jeunesses communistes de Montreuil avant-guerre, président de la FNDIRP de Montreuil (avril 1989) et Archives du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374 et « Militants communistes internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 et conduits à la Maison d’arrêt de Clairvaux le 20 janvier 1941 ».
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA etc.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie mise à jour en juillet 2013 à partir de la note succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil). Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer des renseignements et illustrer cette biographie. 

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