L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SCHAEFER Lucien Raymond

Collection Alain Schaefer

Lucien Schaefer est né le 12 mars 1913 à Paris 6ème. Il est le fils de Clémence Escaf et de François Schaefer.
Lucien Schaefer habite 46 rue Bénard à Paris (14ème) au moment de son arrestation.
Il est marié avec Emilienne (dite Mila) Kuschta, femme de ménage. Le couple aura deux garçons (André, qui naît en 1936 et Alain le 21 octobre 1941).
Plombier de métier, Lucien Schaefer travaille comme imprimeur.
Connu des services de police, il semble avoir purgé plusieurs condamnations (selon la déposition de sa famille à la Libération, il est communiste).
Lucien Schaefer est arrêté le 17 janvier 1942 à Paris (« arrêté en tant que titulaire de nombreuses condamnations » (BAVCC). Il est interné à la caserne des Tourelles.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 5 mai 1942. Il fait partie de la trentaine d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables »(1)), qui sont extraits de Centre de séjour surveillé des Tourelles pour être conduits avec 35 autres communistes à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
A Compiègne, Lucien Schaefer reçoit le matricule "5178", et il est affecté au bâtiment C1, chambre 8.
A Compiègne, il envoie plusieurs cartes à son épouse, selon le format et la censure réglementaires allemands. Son fils Alain en a conservé trois, datées du 22 mai, 12 juin et 4 juillet. 
Carte du 4 juillet 1942, deux jours avant sa déportation
Dans le peu de place laissé à l’écriture (7 lignes), son père y expose sa situation au camp « je suis prisonnier chez les allemands », explique qu’il peut envoyer « 2 cartes et  2 lettres » recevoir « 1 colis par mois, à manger surtout, pas de linge, surtout du pain et du tabac » et dit avec beaucoup de tendresse « je pense et je rêve de toi et d’Alain, vous êtes toute ma vie (…)». Dans sa carte du 12 juin, il demande « des grains Miraton (laxatifs), de l’amadou », « des photos, une mèche de cheveux d’Alain » (…) qu’il appelle son « petit ange », et « Dédé, tâche d’avoir des nouvelles ».  

Carte du 4 juillet 1942
Sa dernière carte est datée du 4 juillet 1942. Elle annonce le départ des internés pour une destination inconnue  (la plupart penseront partir travailler en Allemagne).
« (…) Je vais partir, je ne sais pas où, peut-être pour travailler. Je n’ai pas touché un seul colis depuis celui que tu m’avais fait parvenir, qui était trop gros. Il est reparti. Je n’ai plus de tabac, rien, rien. Quand tu auras ma nouvelle adresse, fais- moi un ou deux petits colis de 3 kg, pas plus, mais tout le tabac que tu auras et une photo (…) baisers à petit Alain ».
Depuis le camp de Compiègne, Lucien Schaefer va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à cette déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Lucien Schaefer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 46114 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date,
Lucien Schaefer meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1071) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Evangelist » (Protestant).
Ce certificat porte comme cause du décès « Beiderseitige Lungenentzündung » (pneumonie bilatérale). Cette cause est fictive : l’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives. René Petitjean, de Clichy a certifié de sa mort dans cette période.
Un arrêté ministériel du 1er avril 1998 paru au Journal Officiel du 14 juillet 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Lucien Schaeffer. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès « mort en décembre 1942 à Auschwitz ».
Sa mère, Mme Provost tient un café (le Café du Centre) à la Libération selon sa fiche au BAVCC.
  • Note 1 : « Indésirables » aux Tourelles (ancienne caserne Mortier) : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et quelques « droits communs ».
Sources
  • Dossier "statut" des archives des ACVG (Val de Fontenay 1992).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains. Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Mel de son fils, Alain Schaefer, qui communique une photo et trois carte lettres (avril 2014).
Biographie mise à jour en cours, en avril 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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