L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


REMY Rémi


Matricule « 46044 » à Auschwitz

Rémi Rémy est né le 12 septembre 1897 à Lens (Pas-de-Calais). Il est le fils deSéraphine Leutchen et de Victor Rémy son époux.
Au moment de son arrestation, il habite au  44 avenue de Châtillon à Paris (14ème), aujourd’hui rue Jean Moulin.
En 1919 il est mineur et réside à Le Mas Saint Agnais (Lot-et-Garonne).
Conscrit de la classe 1917, Rémi Rémy est exempté par la commission de réforme de Marmande pour une atrophie du pied. Son registre militaire nous apprend seulement qu'il mesure 1m 60, a les cheveux et les yeux châtain clair et le nez gros.
Devenu chauffeur de taxi,  il vit maritalement.
Rémy Rémy est syndicaliste (membre de la Chambre syndicale des cochers chauffeurs du département de la Seine).
Il est présumé communiste par les services de police.
Pendant l’Occupation, il distribue des tracts anti-allemands et sert d'agent de liaison selon sa fiche au BAVCC.
Rémy Rémy est arrêté le 22 juillet 1941 et emprisonné au Centre de Séjour surveillé de la caserne des Tourelles (1).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 5 mai 1942. Il fait partie de la trentaine d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables » (2), qui sont extraits du Centre de séjour surveillé des Tourelles pour être conduits, avec 35 autres communistes, à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles extraits du camp ce jour-là seront tous déportés le 6 juillet 1942.
Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Sa compagne effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (2) au BAVCC).
Rémi Rémy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Rémi Rémy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46044» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz (et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Rémi Rémy meurt à Auschwitz le 17 août 1942 à Auschwitz d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes sélections et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Rémi Rémy (orthographié Rémi Rémi) en reprenant la date de décès du 17 août 1942.
Déclaré « Mort pour la France », Rémy Rémy est homologué comme « Déporté politique ». 
Une plaque, apposée à son ancien domicile a honoré sa mémoire ("Aux Résistants morts pour la France "). 
Son nom est inscrit au Cimetière communal de Levallois-Perret, à gauche du rond-point précédant le monument aux Morts. "La Chambre syndicale des cochers-chauffeurs du département de la Seine - En hommage à ses camarades chauffeurs de taxi parisiens tombés dans les luttes pour l'émancipation des travailleurs pour la liberté, pour la démocratie, pour la France et pour la République". Cette plaque commémorative installée sur un monument funéraire, a été fleurie chaque année de sa mandature par Parfait Jans, ancien métallo inscrit sur la liste noire patronale et devenu chauffeur de taxi, député-maire de Levallois.
  • Note 1 : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Ce Centre de séjour surveillé fonctionne dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d'eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l'étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C'est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s'ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
  • Note 2 : « Indésirables » aux Tourelles (ancienne caserne Mortier) : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et quelques « droits communs ».
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». 
Sources
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG Val de Fontenay), aujourd’hui fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignage d’André Deslandes.
  • Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Archives du Pas-de-Calais.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo de wagon à Auschwitz, Mémorial de Langeais.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Photo plaque in © commons.wikimedia.org
  • Photo monument de Levallois Claude Richard.
  • Relevé cimetière de Levallois : Emilie et sa copine J.C. (élèves de 3e5 du Collège Jean Jaurès). 2003.
  • Registre matricule militaire © Archives en ligne du Pas-de-Calais.
Biographie rédigée en 2003 et complétée en août 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courrieldeportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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