L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAUGERON Albert


Albert Faugeron, le 8 juillet 1942
Matricule « 45529 » à Auschwitz
Albert Faugeron est né le 1er avril 1921 à Paris (14ème).
Au moment de son arrestation il habite dans un hôtel, au 11 avenue Villemain (Paris 14ème).
Célibataire, il travaille comme ajusteur aux usines Renault.
Il habite dans le 14ème arrondissement de Paris : d’abord au 26 rue Brezin, puis dans un hôtel au 18 rue Hippolyte Maindron, ensuite dans un HBM au 5 rue Maurice Bouchor et enfin dans un autre hôtel, au 11 rue Villemain (source CSS Rouillé).
Sportif, il est membre du club omnisports « Jean Jaurès » du 14ème, affilié avant-guerre à la FSGT (1).
Albert Faugeron est mobilisé à la déclaration de guerre : ouvrier professionnel, il est « affecté spécial, ajusteur dans l’aviation» à la Société des Moteurs Renault-Aviation (2) à Boulogne-Billancourt.
Les contacts qu’il a noués au Club Jean Jaurès lui permettent de garder la liaison avec les Jeunesses communistes clandestines pendant la guerre et l’Occupation (1). Il adhère à la Jeunesse communiste à la fin 1939.
Albert Faugeron est arrêté le 1er mars 1941. Il est considéré comme « meneur actif » par les Renseignements généraux. Le commissaire de police l’inculpe d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste).  Avec deux autres co-inculpés, il est alors conduit au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé, à disposition du procureur.  Il passe en jugement devant la 12ème chambre correctionnelle du tribunal de la Seine, le 28 mars 1941. Il est condamné à quatre mois de prison qu’il effectue à la Maison d’arrêt de Fresnes.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (3). Le 11 juillet 1941 il est transféré à la Maison d’arrêt de Poissy.
Le 28 novembre 1941, Albert Faugeron est interné administrativement au CSS de Rouillé (4) avec 7 autres détenus venant comme lui de la centrale de Poissy (les 8 détenus sont Chapat Alfred, Dallet François, Deschamps Georges, Faugeron Albert, Langlois Raymond, Marin Pierre, Nouvian Marcel, Thédé Eugène).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Albert Faugeron (n° 79 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».


Les wagons de la Déportation
Albert Faugeron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» (au moins 20 ouvriers des usines Renault - dont Albert Faugeron - sont déportés à Auschwitz ce jour-là).
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Albert Faugeron est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45529» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (6) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elle a été identifiée par des rescapés du convoi lors de la réunion organisée par l'Amicale d'Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin "Après Auschwitz", n°20 de mars-avril 1948).
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes comme André Faujeron (ajusteur) dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Albert Faugeron meurt à Auschwitz le 12 février 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 276).
Un arrêté ministériel du 17 octobre 1989 paru au Journal Officiel du 10 décembre  1989 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Albert Faugeron. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès « décédé en janvier 1943 à Auschwitz ».
Il est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
  • Note 1 : Le club omnisports « Jean Jaurès » du 14ème est affilié avant-guerre à la FSGT. Pendant l’Occupation, afin de faciliter le regroupement des jeunes communistes, ce club (UAJJ) devient sous l’impulsion de René Deslandes, le «Club sportif omnisports du 14ème», club qu’il va affilier au groupement Borotra et à la FSGT collaborationnistes : en septembre 1941 René Deslandes s’occupe du changement d’appellation du club qui devient « l’Union Sportive du 14ème ». Cette affiliation va permettre aux jeunes communistes, dont beaucoup étaient membres du précédent club et des Auberges de jeunesse, de se réunir au grand jour. Plusieurs des jeunes du 14ème qui y sont licenciés, seront déportés avec René Deslandes à Auschwitz : Albert Faugeron, Jean Hugues, Pierre Lejop, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty. Témoignage d’André Deslandes (frère de René Deslandes).
  • Certains d’entre eux sont membres des « Bataillons de la jeunesse » et seront fusillés dans le cadre du Procès de la Maison de la Chimie : Georges Amable, André Aubouet, Raymond Tardif. 
  • Note 2 : En février 1937, la construction aéronautique en France passe sous le contrôle de l’Etat à travers ses Sociétés Nationales. Louis Renault perd Air Bleu, intégré à Air France, mais conserve Caudron-Renault, qui devient la Société des Moteurs Renault-Aviation (in @ les moteurs d’aviation Renault, par Gérard Hartmann).
  • Note 3 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 6 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Témoignage d’André Deslandes.
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG). Camp de Rouillé, Archives du CDJC (XLI-42).
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Liste de déportés du convoi (archives FNDIRP).
  • Identification de sa photo d’immatriculation à Auschwitz par des rescapés du convoi. Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
Biographie mise à jour en juillet 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com . Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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