L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELOZANNE Marcel, Achille


Marcel Delozanne, le 8 juillet 1942
Matricule « 45450 » à Auschwitz

Marcel Delozanne est né le 13 mai 1902 au 3 rue Linné à Paris 5ème. Il est le fils d’Eugénie Gallon, 35 ans, ménagère et de Victor Delozanne, 41 ans, mouleur en plâtre. Ses parents sont domiciliés au 9 chemin des Ruffins à Montreuil.
Marcel Delozanne habite au 53 rue des Ruffins à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Le 20 février 1926, il a épousé à Montreuil Jeanne, Eugénie, Pauline Chalmoy. Le couple a deux garçons (Raoul nait le 21 mars 1927 et Louis nait le 21 juin 1928).
Marcel Delozanne travaille comme plombier-couvreur.
Membre du Parti communiste, il est connu des Renseignements généraux comme animateur de la propagande communiste en direction des chômeurs de Montreuil.
Après la dissolution du Parti communiste, il appartient à un groupe de six communistes montreuillois qui militent clandestinement (dont Georges Brumm, Alfred Chapat, Marcel Vandenhove, Marceau Vergua). Au début de l’Occupation, le groupe « mène des actions contre la fabrication de matériel de guerre destiné aux Allemands » (témoignage de Georges Brumm, rescapé). Le 18 octobre le groupe a collé des affichettes « à bas Hitler ». Quatre d’entre eux sont arrêtés le lendemain. Georges Brumm pense que le groupe n’a pas suffisamment respecté les consignes de sécurité, et qu’ils ont été filés (1).
Marcel Delozanne est arrêté une semaine plus tard, le 26 octobre 1940 à Montreuil par les hommes du commissaire Doty (commissariat de Montreuil) : le 26 octobre 1940, le Préfet de police de Paris, Roger Langeron signe un arrêté ordonnant son internement administratif (2) avec celui de 37 autres militants du département de la Seine. Marcel Delozanne est interné ce même jour au camp d'Aincourt (il a le n° de dossier 202.393, relevé au bureau d’ordre le 20 novembre 1940). Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. Il est désigné comme chef d’équipe d’un groupe de détenus chargés de l’entretien (plomberie, sanitaires) et si le directeur du camp reconnait la régularité de son travail, il note qu’il est un « communiste certain, agent sûr de propagande…».
Demande du directeur de Rouillé au Préfet de la Seine
Puis Marcel Delozanne est transféré au centre d’Internement administratif de Rouillé (3), le 6 septembre 1941 au sein d’un groupe de 149 internés. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine un double des dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui de Marcel Delozanne. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre (doc C-331.24). 

Pour Marcel Delozanne, le commentaire est le suivant « animateur de la propagande communiste parmi les chômeurs de Montreuil ». 
Lors de son internement à Rouillé, son épouse et sa mère demandent sa libération au directeur du camp eu égard à sa situation de père de famille : il leur est répondu qu’étant un « militant communiste notoire », cette libération est impossible.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Marcel Delozanne (n° 63 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Marcel Delozanne va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Delozanne est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45450» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Si les documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz ne nous permettent pas de savoir avec certitude dans quel camp il est affecté à cette date, il est vraisemblable que compte tenu de sa profession, il ait été affecté au « Kommando des couvreurs » à Auschwitz I, avec Georges Guinchan (de Montreuil), Pierre Monjault et Louis Jouvin.
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Marcel Delozanne, comme les autres déportés politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français. A partir du 14 août 1943 il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 409).
Selon le témoignage de Georges Brumm, Marcel Delozanne doit quitter le block 11 lors de la quarantaine des détenus politiques français, car il est atteint de la tuberculose.
Marcel Delozanne meurt à l'infirmerie d’Auschwitz le 4 octobre 1943 selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Un arrêté ministériel du 19 mars 2008 paru au Journal Officiel du 26 mars 2008, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Marcel Delozanne, avec une date fictive : « décédé en décembre 1943 à Auschwitz (Pologne) ».
Déclaré « Mort pour la France », il est homologué « Déporté politique ». Son nom figure sur la plaque commémorative rue Victor Hugo, intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
  • Note 1 : En fait ces arrestations entrent dans le cadre de la campagne de répression obtenue par Vichy à l’encontre des militants communistes connus, qui a débuté le 5 octobre par une grande rafle. Ce sont plus de 300 communistes qui sont arrêtés dans ces premières rafles du début octobre. Une note des RG du 7 octobre s’en félicite « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ».
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940 : la Loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942.
  • MRN (Musée de la Résistance nationale) de Champigny-sur-Marne, carton “Association nationale des familles de fusillés et massacrés”, fichier des victimes.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz, Registre des décédés (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
Biographie mise à jour en juillet 2013 à partir de la note succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi, qui a été publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 


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