L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Compiègne, le 5 mars 1941 : « ils ont des gueules de vaincus ! »


La "Marseillaise" pour Corentin Cariou, Jean Baptiste Rechaussière, Pierre Rigaud

Les soldats de la Werhmacht du FT 122 (in Poirmeur)
« Parmi nous, en attendant la déportation, des otages étaient prélevés. Durant une longue période, ce fut presque tous les jours...
Un jeudi, les Allemands sont venus chercher Pierre Rigaud (1) ; nous étions ensemble, nous étudiions. A peine le temps des adieux, nous apprenions qu'ils emmenaient aussi Cariou (2) du syndicat du Gaz et Rechaussière du T.C.R.P. (Transport en commun de la région parisienne).
Nous avions décidé un coup; le moment était venu de le porter. Près de 8000 hommes se sont rangés seuls en un appel impeccable, saluant les trois d'une inoubliable Marseillaise.
Les trois sont passés, fiers, comme sur le front des troupes, emmenés par les Allemands. lls chantaient aussi, et saluaient en nous ceux qui verraient peut-être la victoire.

Paul Copin, 8 juillet 1942
Les S.S. étaient livides, apeurés ; l'un d'eux, le révolver à la main, tremblait de tous ses membres. Mon ami Paul Copin, mort ensuite à Auschwitz, me dit alors : " lls ont des gueules de vaincus ". »

Extrait de : « La Classe ouvrière dans la Résistance » par André Tollet (Ed. Sociales).
Pierre Rigaud
  • Note 1 : Pierre Rigaud est né le 5 novembre 1910 à Paris 18ème. Il habite Villeurbanne (Rhône). Il adhère en 1929 aux Jeunesses communistes. En 1930, il devient secrétaire de la 7ème Entente des J.C. à Lyon. Pressenti pour d'autres fonctions, il monte à Paris. Membre du bureau de la Fédération des J.C., il est particulièrement chargé, à partir de 1931, de la propagande antimilitariste. (…). Il entre au bureau du secrétariat des J.C. à l'issue du congrès de juin 1932. Il est responsabile du journal L'Avant-Garde. Secrétaire des J.C. pour la région Paris-ouest à partir de novembre 1932. Fin 1934, il est envoyé à Rouen où, dessinateur industriel chez Bréguet, il participe à la création de nombreuses cellules communistes. En décembre 1935, il devient permanent et secrétaire particulier de Maurice Thorez jusqu'à la guerre. Il habitait alors Ivry-sur-Seine. Mobilisé en 1939 à Nîmes il sert dans un régiment d'artillerie coloniale. Démobilisé en août 1940, il retrouve sa place chez Panhard qui l'avait embauché aux lendemains de la dissolution du Parti communiste. Responsable d'un groupe de l'Organisation spéciale, il est arrêté le 5 octobre 1940 sur son lieu de travail pour propagande clandestine. Il est interné successivement à Fontevrault, Clairvaux, Châteaubriant et enfin au camp de Compiègne. Pierre Rigaud est fusillé le 7 mars 1942 à Carlepont (Oise) comme otage à la suite d'un attentat commis le 1er mars 1942 contre une sentinelle allemande (extraits de sa biographie in Ivry94).
  • Note 2 : Corentin Cariou est né le 12 décembre 1898 à Loctudy (Finistère). Aide de forge, puis aide-ajusteur à la Société du Gaz de Paris ; syndicaliste ; membre du comité central du Parti communiste (1932-1936) ; conseiller municipal de Paris (1938-1940), quartier de Flandre (19ème). Il est fusillé le 7 mars 1942 à Carlepont (Oise) comme otage à la suite d'un attentat commis le 1er mars 1942 contre une sentinelle allemande. (Résumé in Le Maitron qui lui consacre une longue biographie).
  • Note 3 : Jean Baptiste Rechaussière, est né le 24 octobre 1900 à Gros-Chastang (Corrèze). Militant communiste entré en 1923 à la STCRP, il habite au 38 rue du Mautier à Aubervilliers. Son domicile est perquisitionné en septembre 1939 et février 1940. Il quitte la STCRP en juillet 1941. Il est arrêté le 20 mars 1941. Interné à Aincourt, Mantes puis Gaillon, il est transféré le 4 mars au Camp de Royallieu à Compiègne. Jean-Baptiste Rechaussière est fusillé le 7 mars 1942 à Carlepont (Oise) comme otage à la suite d'un attentat commis le 1er mars 1942 contre une sentinelle allemande (In Les fusillés de Carlepont, Mémoires de l’Oise n°3).

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