L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BONDU André, Louis


André Bondu le 8 juillet 1942
Matricule « 45267 » à Auschwitz

André Bondu est né le 28 juillet 1900 à Mustapha (Algérie). Il habite 72 boulevard Jeanne d'Arc à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Antoinette Canizarès, 25 ans et d’Henri Bondu, 37 ans, ajusteur, son époux. Ses parents habitent rue Paul Flatters (aujourd’hui Bénairia) à Mustapha.
Selon sa fiche matricule militaire André Bondu mesure 1m 56, a les cheveux marron foncé et les yeux bleus gris, le front haut, le nez rectiligne et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire élevée).
Au moment du conseil de révision, il travaille comme électricien chez T.A. à Alger où il habite au 6 rue Hoche. Conscrit de la classe 1920, André Bondu est appelé au service militaire le 15 mars 1920 et affecté le même jour au 9ème Tirailleurs. Le 21 janvier 1921, il est nommé caporal. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 1er mars 1922, «  de bonne conduite accordé »  et « se retire » au 6 rue Hoche  à Alger.
Le 6 mars 1922, André Bondu travaille au Maroc comme électricien à la Compagnie marocaine, place du Marché à Rabat. Il est domicilié dans cette ville à l’Hôtel de la gare, rue de la République.

En septembre 1923, il est employé comme électricien chez Bert à Rabat.
André Bondu travaille comme monteur électricien, mécanicien (cf. dossier du camp de Gaillon).
Le jour de son mariage
Le 14 avril 1929 il épouse Louise Coudène à la mairie du 17ème arrondissement de Paris. 
Avec Louise et leurs enfants
Le couple a quatre enfants. Une fille est née le premier novembre 1930, mais décède le 7 mai 1931 à Chalon sur Saône. Jean naît le 5 avril 1932 à Paris. Claude naît le 21 mars 1934 à Paris et André qui naît le 18 septembre 1936 à Montreuil.
Militant communiste, André Bondu est connu des Renseignements généraux comme « un des principaux organisateurs de la propagande communiste parmi les chômeurs de Montreuil ».

Le décret de mobilisation générale du 2 septembre 1939 le « rappelle à l’activité », quoique rattaché à la classe 1914 comme père de 3 enfants, et il est mobilisé au 182ème Régiment d’artillerie le même jour. Puis au 4ème Régiment de Tirailleurs Marocains le 11 octobre. Affecté au noyau des commis ouvriers le 21. Il est envoyé en stage radio à Meknès (Maroc) le 18 novembre. Il ne réussit pas ce stage (« inapte ») et rejoint son dépôt d’origine le 11 avril 1940. Il est alors dirigé sur le camp de travail de Salbris (Loir-et-Cher) à l’atelier de chargement de la compagnie des CTE compagnie des travailleurs étrangers le 18 avril. Il est démobilisé en août 1940.
Revenu à Montreuil, André Bondu est membre de la direction du Parti communiste clandestin dans cette ville, au début de l'Occupation. Il participe à des collages d'affiches et distributions de tracts (certificat du Parti communiste, 10 mars 1950).
Attribution de vêtements à Aincourt
Il est arrêté le 26 octobre 1940 par décision du Préfet de police de Paris qui ordonne son internement administratif (1) à Aincourt avec 37 militants du département de la Seine en application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940. Cette mesure fait suite aux internements massifs du 5 octobre 1940. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Le 20 novembre 1940, le directeur du camp d’Aincourt reçoit la liste des internés d’octobre avec les motifs de leur arrestation : son numéro de dossier est le 253.580. André Bondu reçoit la visite de sa femme et de ses enfants.
Lettre à son épouse, 16 juillet 1941.
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Le 24 juin 1941, André Bondu est transféré avec un groupe de «meneurs indésirables» à la Maison d’arrêt de Rambouillet, avec le statut d’interné administratif à la suite d’incidents qui les ont opposés aux partisans de Gitton (2). 
On notera que cette mesure de transfert coïncide avec le début de l’opération Theoderich. Il reste à Rambouillet jusqu’au 26 septembre 1941 avec d'autres militants qui seront déportés à Auschwitz avec lui.
Prison de Rambouillet (verso) 
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Il écrit à son épouse le 16 juillet 1941 (lettre ci-contre), une lettre où il écrit longuement sa certitude dans un avenir et un monde meilleurs.
Le 27 septembre 1941, André Bondu est transféré au centre d’internement administratif (CIA) de Gaillon (2) dans l’Eure avec 22 autres internés administratifs (dont Clarin Baixas, Maurice Bertouille, Dominique Ghelfi, René Guiboiseau, Alexandre Hurel, André Salmon).
Le 5 mars 1942, il est remis aux autorités d’occupation à leur demande, avec 15 autres internés de Gaillon. Ils sont transférés en autocar au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp de Compiègne, André Bondu va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Son épouse va connaître de nombreuses difficultés pour survivre avec ses trois enfants. Elle a, outre l'inquiétude due à l'incertitude de la déportation de son mari, eu la tristesse de perdre sa mère, décédée - triste ironie du sort - le 6 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Bondu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942
André Bondu est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Témoignage de Pierre Monjault
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, mais le témoignage de Pierre Monjault, rescapé du convoi, atteste qu'il est resté au camp de Birkenau.
André Bondu meurt à Auschwitz, le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 116). Ce certificat porte comme cause du décès « Herzanfall » (crise cardiaque). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp qui ont été enregistrés à ces mêmes dates. 
Vers la chambre à gaz. Dessin de Franz Reisz
D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 25 août 1987, paru au Journal Officiel du 30 septembre 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Albert Dugalès. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
André Bondu a été homologué "Déporté politique".
Plaque en mairie
Son nom figure sur la plaque commémorative apposée en Mairie, intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
  • Note 1 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des « individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy : la loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit également l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Marcel Gitton, secrétaire national à l’organisation, rompt avec le Parti communiste après la signature du Pacte germano soviétique le 23 août 1939. Il crée le POPF, proche de la «Révolution nationale». «Il voulait rassembler les dissidents communistes autour de lui et se fixa comme une priorité absolue la libération d'un maximum d'internés après, s'entend, les avoir récupérés. (…) Quant au directeur du camp d'Aincourt, il comprit le parti qu'il pouvait en tirer. En février 1941 il recevait dans son bureau les amis (internés) de «Gitton, Clamamus, Doriot» et entretint des contacts réguliers avec Gitton et Capron. Avant juin 1941, il fut relayé par la presse parisienne visant la clientèle anciennement communiste, ainsi de « La France au travail » et du « Cri du peuple » qui lancèrent une campagne pour la libération des internés. Le POPF suscita ainsi, avec le soutien du chef du camp, une véritable dissidence parmi les internés d'Aincourt. Effectivement, les tensions furent très importantes au sein du camp et les nombreux indicateurs permirent de démanteler trois directions communistes clandestines (…). Le résultat était là : selon un rapport en forme de bilan, le chef d'Aincourt estimait, en février 1942, à quelque 150 le nombre de membres du POPF, soit 13 % des internés passés par le camp. En outre, la moitié des signataires de la première «Lettre ouverte aux ouvriers communistes» du POPF et le cinquième de la seconde étaient des anciens du camp. On mesure l'ampleur de la fracture, même si les déclarations de reniement méritent d'être nuancées à l'aune du marché implicite. En fait, la libération obtenue au prix d'un reniement officiel et du soutien des gittonistes ne déboucha que pour une petite minorité sur un engagement au sein du POPF" (Denis Peschanski, in « La France des camps », p. 515 à 517).
  • Note 3 : Camp de Gaillon. Après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en centre de séjour surveillé. De septembre 1910 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des communistes, quelques gaullistes, des juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives nationales d’Outre-mer en ligne.
  • Denis Peschanski, « La France des camps ».
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Daniel Tamanini (FNDIRP, lettre du 23 avril 1989).
  • 3 courriels de son fils André Bondu (précisions sur l'état civil de sa mère et de ses frères et sœur, une carte d'attribution de vêtements à Aincourt, une lettre de la prison de Rambouillet, une photo de mariage, des photos avec ses enfants, une attestation de Pierre Monjault et une du Parti communiste), septembre 2013.
  • Registres matricules militaires.
Biographie mise à jour en septembre 2013 et 2017 à partir de la note succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi et publiée dans une brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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