L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SAVOYE Fernand, Ernest


Fernand Savoye 
 © « Femmes et Hommes de Romainville »
Matricule 46098 à Auschwitz

Fernand Savoye est né le 12 décembre 1903 à Ozoir-La-Férière (Seine-et-Marne). Il est le fils d’Henriette Renvier, 35 ans, sans profession et d’Arthur Savoye, charretier, 35 ans son époux. Son père habite à Paris, 92 rue des Marais.
Fernand Savoye habite au 69 rue Jean Jaurès à Romainville au moment de son arrestation.
Il a une éducation primaire.
Le CNEP, future BNP rue Bergère
Il travaille comme garçon de bureau au Comptoir National d’Escompte, 14 rue Bergère à Paris.
Il a une cicatrice à la joue droite. Le 8 mai 1926 au Pré-Saint-Gervais, Fernand Savoye épouse Charlotte, Louise Wagner.
Elle est concierge à l’Ecole Fraternité-Aubin, dite aussi Ecole des Grands-Champs à Romainville. 
Ecole Fraternité
Le couple est alors domicilié à l’école, au 79 rue de la Fraternité.
Ils ont deux filles : Jeannine, née le 15 juillet 1929, et Ginette, née le 31 mars 1935.
Son épouse a peut-être été mutée dans un autre bâtiment public, au 69 rue Jean Jaurès (l’emplacement correspondant à ce numéro est occupé aujourd’hui par l’Ecole maternelle Chaplin de la rue Jean Jaurès), ce qui expliquerait leur nouvelle adresse en 1941.
Selon Albert Giry, il participe aux réunions clandestines de la rue Jean Jaurès, et diffuse l'Humanité interdite.
Fernand Savoye est connu comme militant communiste, car il est arrêté le 26 juin 1941 à son domicile sur indication des Renseignements généraux dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. Cette arrestation se fait en présence de ses parents, de sa femme et de ses enfants. La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Fernand Savoye : « Meneur particulièrement actif ».
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent en effet plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.
Mirador à Compiègne
Fernand Savoye est interné au camp de Royallieu («Frontstalag 122»), camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. Il y reçoit le matricule n° 266. Edouard Driessens un autre Romainvillois a été arrêté le 24 juin dans le cadre de la même rafle décidée par l’Occupant. Il sera lui aussi déporté à Auschwitz depuis le Frontstalag 122, où il porte le matricule 447. 
Malade, Fernand Savoye est envoyé à l'hôpital du Val de Grasse, puis il est transféré au Fort de Romainville, prison d'où il est à nouveau interné au camp de Compiègne.
Depuis ce camp, ils vont être déportés à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation et note 2
Fernand Savoye est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviksresponsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Fernand Savoye est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45920» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Henri Gorgue seul romainvillois rescapé, lorsqu'il nomme ses camarades de Romainville à Auschwitz dit « … et puis Fernand Savoye, un brave type, un brave gars avec deux ou trois gosses » (extrait du spectacle écrit par Jean-Louis Sagot-Duvauroux "les années 40 à Romainville", le 7 septembre 1985).
Fernand Savoye meurt à Auschwitz le 1er novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1069 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
Henri Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi il est mort « quelques mois après notre arrivée ».
Un arrêté ministériel du 1er avril 1998 paru au Journal Officiel du 14 juillet 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Fernand Savoye. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait « mort le 6 juillet 1942 à Compiègne » mentionne néanmoins encore une date erronée « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz » soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz.
Or celle-ci est pourtant connue ! Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le nom de Fernand Savoye est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
  • Note 2 : Le 6 juillet 1942 gare de Compiègne « Les soldats comptent les hommes par cinquante et les poussent vers les wagons. (…). Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l'inscription : 40 hommes - 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l'odeur déjà les incommode ». « Triangles rouges à Auschwitz » prologue, p.11). Photo du wagon @ Mémorial de Langeais
Sources
  • Remerciements à Mme Isabelle Denis, chef du service des archives de Romainville (1988).
  • © Les Ecoles de Romainville, un patrimoine pour demain. Guy Auzolles, association des Amis du château de Romainville.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Témoignage d’Henri Gorgue (11 janvier 1973).
  • Photo de Fernand Savoye in « Femmes et Hommes de Romainville », de la Résistance à la Libération. Par Guy Auzolles et Albert Giry, édité par la ville de Romainville, 1999.
  • Lettre d'Albert Giry à Louis Odru pour l'ANACR 93 concernant les dates de naissance des "45000" de Romainville (27 juin 2003). Ce document m'a été transmis par Madeleine Odru.
  • © Dessin Frontstalag 122, in Mémorial de Compiègne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie mise à jour en 2016 (installée en juin 2013) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.
éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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