L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOUFFE Louis, Clément


Matricule 45620 à Auschwitz

Louis Gouffé est né le 11 novembre 1901 à Romainville (Seine /Seine-Saint-Denis). Il est le fils de Mlle Brun et de M. Gouffé son époux.
Il habite 5 rue Vassou à Romainville au moment de son arrestation.
Louis Gouffé est titulaire du Certificat d’Etudes Primaires. Il a une formation de plombier.
Il est marié avec Charlotte. En 1940 le couple a sa maman et quatre enfants à charge : Lucien (né le 7 novembre 1921), Solange (née le 19 avril 1924), Odette (née le 14 juin 1926), et Madeleine (née le 15 mars 1933).
Louis Gouffé est embauché le 11 juillet 1938 comme cantonnier par la Mairie de Romainville.
Il est secrétaire du centre intersyndical CGT (union locale de Romainville).
Lors de la mobilisation générale, il est rappelé le 22 août 1939, et affecté à la 22ème section d’infirmiers militaires (SIM). Il est démobilisé pour cause de charge de famille le 31 octobre 1939.
Louis Gouffé est révoqué par la délégation spéciale présidée par Félix Dargent, mise en place par le Conseil de préfecture en 1939.
Louis Gouffé est arrêté à son domicile pour «ses idées politiques », devant sa femme et ses enfants, le 9 novembre 1940, en même temps que Félix Néel.
Charlotte Gouffé et Yvonne Néel pensent qu’ils ont été dénoncés. Il est en tout cas vraisemblable que Louis Gouffé a fait partie du même groupe de militants communistes de Romainville, créé à l’initiative de Jean Lemoine, composé de Félix Néel, Eugène Ducret et Albert Belli qui « assurent l’impression et la diffusion de journaux et de tracts clandestins à Romainville, Noisy-le-Sec et Bondy » (Monique Houssin).
Le même 9 novembre 1940, le préfet Roger Langeron ordonne son internement administratif (1) et le fait transférer au CSS d’Aincourt, un camp ouvert spécialement en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt). 

Sur la liste des militants communistes internés le 9 novembre reçue des Renseignements Généraux à la demande du directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Louis Gouffé on lit : «Meneur très actif». Le terme de Propagandiste a été raturé.
Louis Gouffé - comme plusieurs communistes, dont Félix Néel - écrit en ces termes au directeur du camp le 11 février 1941, à propos de la révision de son dossier « Ignorant actuellement les motifs de mon arrestation, mais supposant que c’est d’avoir appartenu au Parti communiste, j’ai cessé toute activité politique depuis sa dissolution». Et il demande sa mise en liberté pour subvenir aux besoins de sa famille. Celle-ci ne lui est pas accordée.
Le 6 septembre 1941, Louis Gouffé est transféré au CIA de Rouillé (2) avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt.

Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. Pour Louis Gouffé le motif porté sur la liste par les R.G. est presque le même qu’à Aincourt, « communiste » a été rajouté : «Meneur communiste très actif».
Le 9 février 1942, Louis Gouffé comme Félix Néel fait partie d’un groupe de 52 internés communistes de Rouillé qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.

Menu d'un repas fraternel
A Compiègne, il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier la sienne, celle de Félix Néel, et celle d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Depuis ce camp, Louis Gouffé va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».


Les wagons de la Déportation
Louis Gouffé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Louis Gouffé est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45620» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. C’est le cas pour Louis Gouffé.
Louis Gouffé meurt à Auschwitz le 19 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz sous le nom de Gonffe © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, avec son numéro matricule). Henri Gorgue, de Romainville, rescapé du convoi a confirmé cette date.
Un arrêté ministériel du 9 déc. 1993 paru au Journal Officiel du 10 févr. 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Louis Gouffé, en reprenant une date voisine de celle de la date de décès du camp d’Auschwitz (le 15 novembre 1942).
Louis Gouffé est déclaré « Mort pour le France » et homologué « Déporté Politique ».
Le nom de Louis Gouffé est inscrit en lettres d’or sur la plaque de marbre à l’intérieur de la Mairie (Victimes de la guerre 1939-1945 - Morts dans la Résistance).
  • Note 1 : L’internement administratif a été institué par le décret du 18 novembre 1939, et donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : « Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941 (…), pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles ». / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Remerciements à Mme Isabelle Denis, chef du service des archives de Romainville.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Témoignage d’Henri Gorgue (11 janvier 1973).
  • Photo de Louis Gouffé in « Femmes et Hommes de Romainville », de la Résistance à la Libération. Par Guy Auzolles et Albert Giry, édité par la ville de Romainville, 1999.
  • Lettre d’Albert Giry à Louis Odru pour l'ANACR 93, concernant les dates de naissance des "45000" de Romainville (27 juin 2003). Ce document m'a été transmis par Madeleine Odru.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. Dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
  • Monique Houssin, « Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire », Les éditions de l’Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 168. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie mise à jour et installée en juin 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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