L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VINET Félix, Séraphin, François


Félix Vinet est né le 9 novembre 1893 au lieu-dit l’Indivisio, à La Ferrière (canton des Essarts, Vendée). Il habite au 1 rue de l'Amiral Courbet à Maisons-Alfort (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Amélie Arcéau, 42 ans, cultivatrice et de François Vinet, 48 ans, cultivateur, son époux.
Conscrit de la classe 1913, Félix Vinet a été mobilisé pendant la grande guerre.
« Militant de la Fédération de la Seine du Parti communiste, Vinet fut élu membre du comité central de l’ARAC à son congrès de Clermont-Ferrand en juillet 1923 » (Le Maitron, notice Marc Lazar).
Félix Vinet est marié avec Lucie. Le couple a un fils, Roger, qui naît en 1921.
1 rue de l'Amiral Courbet
Félix Vinet est arrêté par la police française, vraisemblablement fin décembre 1940 comme d’autres maisonnais. Il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes.
Félix Vinet est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé le 29 décembre 1940 en attente de son jugement. Le 29 avril 1941 il comparait devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine avec une vingtaine d’autres militant(e)s, dont trois d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz (René Caron, Martial Georget et Lucien Tourte). Son affaire est disjointe de celle de ses co-inculpés. Il repasse en jugement le 6 mai 1941 devant la même 12ème chambre. Il est alors condamné à 18 mois d’emprisonnement. Il se pourvoit en appel.
Le 7 juin 1941, il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes. Son pourvoi au greffe du tribunal ayant rendu le jugement est suivi d’un arrêt de la cour d’appel de Paris le 28 juillet, qui entraîne une diminution de sa peine.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, Félix Vinet n’est pas libéré. Il est renvoyé au Dépôt de la Préfecture le 6 décembre 1941 (le préfet de police de Paris, François Bart, a en effet ordonné son internement administratif au CSS de Rouillé en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1).
Avis de transfert pour Rouillé
Félix Vinet est détenu au Dépôt jusqu’à son transfert, le 3 janvier 1942. Il fait partie d’un groupe de 50 internés administratifs (38 internés politiques (RG) et 12 indésirables (PJ) transférés du dépôt vers le CSS de Rouillé. Un avis du 31 décembre stipule les conditions de ce transfert : Ils seront conduits en autocars par la rue Sauvage jusqu’à la gare d’Austerlitz, où ils pourront pénétrer jusqu’à la voie 23 au train de voyageurs n° 3. Le chef du convoi disposera d’une voiture avec 10 compartiments. Le départ est fixé à 7h 55, l’arrivée à Rouillé à 18h 51, après un arrêt de 45 minutes à Poitiers.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). Le nom de Félix Vinet (n° 181 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Félix Vinet va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Les wagons de la Déportation
Félix Vinet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46197 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Félix Vinet meurt à Auschwitz le 16 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1277 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). La mention marginale portée sur son acte de naissance indique le 30 novembre 1942. Cette date fictive inscrite sur les registres d’état civil afin de permettre aux familles de toucher une pension est malheureusement reprise par un arrêté ministériel du 21 juillet 2001 paru au Journal Officiel du 1er septembre 2011, qui porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Faure. Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son nom est inscrit, avec celui des 7 autres maisonnais « 45000 » morts à Auschwitz sur le monument en hommage aux déportés de Maisons Alfort. On lit sur le bulletin municipal n° 1 de juillet 1946 « Le Maire André Saulnier et le Conseil, rendent hommage à tous les maisonnais et maisonnaises qui sont morts pour que la France vive et renaisse. Sont associés dans cette pensée, les camarades élus en 1935, morts dans les bagnes hitlériens victimes de la barbarie fasciste ». Suit une liste de 12 noms.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Mairie de La Ferrière 27 juin 1989, extrait de naissance du 26 avril 1946.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Marc Lazar : « 1917-1923, origines et débuts d'une organisation du mouvement ouvrier : l'ARAC (Association républicaine des anciens combattants). Mémoire de Maitrise 1975. Dir. J. Droz.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012.
  • Rouillé, liste des transferts du 10 novembre 1941.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne le 22 mai 1942, n° 181, (XLI-42, Centre de Documentation Juive Contemporaine, Mémorial de la Shoah, Paris IVème).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • © Maisons-Alfort, Google Maps.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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