L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SARTORIO Hilaire


Hilaire Sartorio © Alain Sartorio D.R.
Matricule "46097" à Auschwitz

Hilaire Sartorio est né le 2 janvier 1899 à Paris 19ème.  Il est le fils de Victoire, Marie, Clotilde Morel, 37 ans, blanchisseuse et d’Emmanuel Sartorio, 41 ans, fumiste. Il naît à leur domicile, au 13 rue Riquet.
Il habite au 28 rue du Poitou au Vert-Galant, à Tremblay-lès-Gonesse (Seine-et Oise / Val d’Oise) au moment de son arrestation.
Le 24 juin 1922, Hilaire Sartorio épouse, à la mairie du 19ème arrondissement, Sylvie, Françoise, Hortense Thienpont. 
Sylvie Sartorio et Georges
Le couple aura un garçon, Georges (3).
Hilaire Sartorio est chaudronnier à la Société du Gaz de Paris, rue de Courbevoie (19ème) selon son petit-fils Alain Sartorio, et à l’Usine à goudron et de dépôt de Coke (« Goudrons-Gaz ») au 15 rue de Cambrai (19ème) selon les rapports de police.
Il y rencontre Corentin Cariou (1), aide de forge, puis aide-ajusteur à la Société du Gaz de Paris à l’usine des goudrons de la Villette, militant syndical et candidat du Parti communiste aux élections. 
Au centre le couple Sartorio. Il est possible 
que l'autre couple soit Corentin Cariou et son épouse
Selon les renseignements généraux, il est devenu l’ami intime de Corentin Cariou et Hilaire Sartorio est décrit comme distribuant « des tracts à l’usine et des collectes au profit des emprisonnés politiques. Chargé de recueillir les fonds des ex-membres de la cellule des Goudrons ». C’est un « meneur très actif, principal animateur de la propagande communiste auprès du personnel de la société du Gaz » (liste des RG renseignant succinctement le directeur du CSS d’Aincourt sur le CV des communistes arrêtés le 6 décembre 1940).
Selon son petit-fils, Hilaire Sartorio fait partie est actif depuis août 1940, au sein du Parti communiste clandestin.
Hilaire Sartorio est arrêté à son travail avec 8 autres militants le 6 décembre 1940 « en vue de leur internement à Aincourt (2)». Son arrestation est effectuée par l’inspecteur « Cl… du commissariat du Pont de Flandre». Selon les souvenirs de Georges Sartorio (3) le fils d’Hilaire et père d’Alain, Hilaire Sartorio aurait été victime d’une dénonciation. Georges Sartorio avait caché derrière un lampadaire mural une petite coupure de presse qui en aurait apporté la preuve.

Note des Renseignements généraux
Toutefois, il convient de souligner que les RG connaissent bien les activités d’Hilaire Sartorio et son amitié avec Corentin Cariou, dirigeant notoire du Pc et que 68 autres militants communistes, bien connus des Renseignements généraux, sont arrêtés à la date du 6 décembre, leur internement administratif étant décidé par arrêté du Préfet de police de Paris Roger Langeron, en  application de la Loi du 3 septembre 1940 (le dossier d’internement d’Hilaire Sartorio porte le numéro 338.456). 
Enfin, outre la liste générale qu’ils vont transmettre au directeur du camp d’Aincourt avec les motifs des internements, les RG ont également dressé une « liste des fonctionnaires employés des services publics ou assimilés, internés administrativement le 6 décembre 1940 par application de la Loi du 3 septembre 1940 (4) » où figure le nom d’Hilaire Sartorio. La liste des militants devant-être arrêtés « en vue de leur internement à Aincourt » avec en face de leur nom celui des inspecteurs de police qui sont chargés de ces arrestations montre bien qu’il s’agit d’une rafle concertée.
Hilaire Sartorio et ses camarades sont d’abord conduits à la caserne des Tourelles, boulevard Mortier. Puis ils sont transférés au Centre de séjour surveillé CSS d’Aincourt le jour même.
Courrier du Préfet de Seine et Oise
Pendant son internement, son nom et celui de 5 autres internés fait l’objet d’un épisode de la bureaucratie préfectorale : habitant la Seine-et-Oise, c’est le préfet de ce département qui aurait du signer son arrêté d’internement. Aussi, le Préfet de Seine-et-Oise s’adresse-t-il le 14 février 1941 - note classée secret - au Préfet de police de Paris et aux services des RG en lui communiquant les noms et adresses de ces 6 internés tous domiciliés en Seine-et-Oise « il me paraît anormal qu’ils fassent l’objet d’arrêtés d’internement pris par vos soins, et c’est la raison pour laquelle je serais désireux de régulariser cette situation. Je vous serais donc reconnaissant de bien vouloir prendre des arrêtés d’élargissement, qui resteraient théoriques, n’étant suivis d’aucun effet, et que je  compléterais immédiatement à la même date par des arrêtés d’internement signés par moi-même ». Les archives de la Préfecture ne nous apportent pas la réponse à cette demande… Mais quoique il en soit, Hilaire Sartorio reste interné à Aincourt !
Le 6 septembre 1941, Hilaire Sartorio est transféré au Centre de Séjour Surveillé de Rouillé, avec 149 autres internés d’Aincourt. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui d’Hilaire Sartorio. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941 : la note concernant Sartorio est identique à celle communiquée au directeur d’Aincourt.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (5) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Hilaire Sartorio (n° 166 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (6) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Hilaire Sartorio le 8 juillet 1942
Grâce à l'envoi par son petit fils, M. Alain Sartorio, d'une photo d'avant-guerre répondant à notre questionnement, nous pouvons désormais officialiser son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 : c'est le "46.097". Jusque là nous n'avions que des probabilités, correspondant à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules.
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement - au cours duquel il est inscrit comme athée -, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Hilaire Sartorio meurt à Auschwitz le 2 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1067 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 24 février 1998 paru au Journal Officiel du 19 mai 1998, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Hilaire Sarorio. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) », qui correspond à l’acte fictif établi par le ministère des Anciens combattants le 16 / 12 /1946. Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son nom est inscrit sur une stèle en mairie de Tremblay, ainsi que sur le monument aux morts du cimetière communal.
Corentin Cariou
  • Note 1 : Corentin Cariou : Né le 12 décembre 1898 à Loctudy (Finistère), fusillé le 7 mars 1942 à Carlepont, près de Compiègne (Oise) ; aide de forge, puis aide-ajusteur à la Société du Gaz de Paris ; syndicaliste ; membre du comité central du Parti communiste (1932-1936) ; conseiller municipal de Paris (1938-1940), quartier de Flandre (XIXe arr.) Le Maitron.
  • Note 2 : Le camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), est ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
  • Note 3 : Georges Sartorio est requis par le gouvernement de Vichy afin de participer à l’effort de guerre allemand (Service du travail obligatoire). Il s’évade du STO à sa première permission. Il rejoint les FTPF et s’engagera dans l’armée d’Alsace (informations par téléphone de M. Jean Blanchot qui était aux FTP à Tremblay avec lui). Georges Sartorio et sa mère Sylvie sont bien les résistants FTP mentionnés dans un article de la Société d'études historiques de Tremblay qui cite les 20 noms des membres du groupe FTPF créé par Fernand Dive (dit Gouget), dont ceux de « Georges et Sylvie Sartorio  et « deux aviateurs russes cachés chez les Sartorio ». Il est décédé en mai 1997. L’article cite également les noms de Madeleine, Louise et Jean Blanchot : Madeleine, sœur de Jean Blanchot, sera la première épouse de Georges Sartorio.
  • Note 4 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des « individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 5 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Georges Sartorio
  • Note 6 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Archives  numérisées : © état civil du 19ème arrondissement.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Informations par téléphone communiquées par M. Jean Blanchot qui était FTP à Tremblay avec Georges Sartorio.
  • Lettre à Georges Sartorio  (18 avril 1992).
  • Lettre de M. Alain Sartorio (28 août 1998).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photos d'Hilaire, Sylvie et Georges Sartorio : ©  envoi de M. Alain Sartorio le 10 mai 2016.
Biographie mise à jour en 2016 (installée en mai 2013) à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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