L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SAGUET Fernand


Fernand Saguet est né le 9 janvier 1899 à Vertus (Marne).
Il habite au 1 rue de Londres à Maisons-Alfort (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Louise Grelois, 38 ans, et de Jean, Baptiste Saguet, 64 ans, charpentier, son époux, domiciliés rue des Lombards à Vertus.
Fernand Saguet est aide ouvrier soudeur (pilonnier-frappeur, matricule n° 43610) à la Compagnie du PLM (1).
Il épouse Germaine, Eugénie Dubuc le 1er septembre 1927 à Paris 11ème.
Militant communiste, il est membre du Rayon d'Alfortville de la Région Paris-Est. 
Fernand Saguet se remarie avec Marguerite Cheyron, le 23 mars 1929 à Maisons-Alfort. 
Le couple aura deux enfants.
Le 5 mai 1935, il est élu conseiller municipal de Maisons-Alfort sur la liste du Parti communiste dirigée par Albert Vassart. Quelques jours plus tard, il est désigné comme  deuxième  adjoint.
Fernand Saguet est déchu de son mandat le 16 mars 1940 par le Conseil de Préfecture.
Il a renoué contact avec ses camarades du Parti clandestin. Le 25 juillet 1940, Fernand Saguet est l'un des organisateurs - avec d'Alphonse Bernhard, Paul Giloux, Marcel Névraumont, Edmond Verrier et Maurice Wind  ex- conseillers municipaux communistes - d'une manifestation d'opposition à la "Délégation spéciale" mise en place en octobre 1939 par le gouvernement Daladier pour remplacer la municipalité communiste élue en 1935 : il est arrêté le soir même par les agents du commissariat de Charenton.
Neuf "meneurs", ex élus communistes des villes de Maisons-Alfort et d'Alfortville sont arrêtés par la police pour "attroupement de rue et manifestation non approuvé par les autorités allemandes" (il s'agit d'Henri Hannhart, Gaston Ruan et Gilbert Lasséchère d'Alfortville, d'Alphonse Bernhard, Paul Giloux, Marcel Névraumont, Fernand Saguet, Edmond Verrier, Maurice Wind de Maisons-Alfort).
Ils sont tous conduits au commissariat du 12ème, puis au Dépôt, puis à la Maison d'arrêt de la Santé le 26 juillet.
Ils sont relâchés le 4 octobre, après intervention des autorités allemandes (2) "vu la fragilité de cas, rien ne peut être retenu contre", et après qu'ils aient signé un engagement à "ne pas faire de propagande contre les autorités occupantes".
PV du 7 octobre 1940
Durant toute cette période la Préfecture de police effectue des démarches pour que les autorités allemandes ne contrecarrent pas la répression anticommuniste poursuivie par Vichy et demande aux commissariats de faire « remonter » toutes les affaires au cours desquelles les autorités allemandes ont fait libérer des communistes.
(...) Leur arrestation paraît s'imposer
Et c'est ainsi que le 7 octobre 1940, le commissaire de police de la circonscription de Charenton rend compte au directeur des RG de l'arrestation des 9 meneurs le 25 juillet précédent et de leur libération le 4 courant. Il spécifie à son attention : "il est à peu près certain que tous ces militants vont reprendre une activité. Leur arrestation s'impose donc".
Fernand Saguet et ses huit camarades sont à nouveau arrêtés le 10 octobre, emmenés au dépôt et par décision du Préfet de Paris Roger Langeron, "internés administratifs" au camp de "Séjour surveillé" d'Aincourt ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
En décembre 1940 le CSS d'Aincourt est totalement rempli. Les autorités françaises examinent des solutions pour le désengorger : transfert des éléments les plus dangereux à Fontevraud le 4 décembre (3) et " transportation en Afrique du Nord (4).
Gaston Ruan fait partie des "100 communistes les plus dangereux" qui sont transférés le 4 décembre 1940 à la Maison centrale de Fontevraud (Maine-et-Loire), considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. Quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l'avancée allemande.
Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
De Fontevraud, Fernand Saguet est transféré à Clairvaux le 20 janvier 1941. Le groupe d'internés parmi lesquels il se trouve transite par les gares de Saumur et d'Austerlitz. Ils sont rejoints à la gare de l'Est par un groupe de 68 autres militants communistes, arrêtés le jour même à Paris. A leur arrivée à "l'arrêt Clairvaux" de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d'un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d'Henri Hannhart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
A Clairvaux le directeur du camp reçoit le 26 février 1941, via le préfet de police de l'Aube, un courrier émanant du Préfet de police délégué (Camille Marchand) - une liste répertoriée comme "confidentiel" de "militants communistes internés administrativement au centre d'Aincourt, conduits le 4-12-40 à la prison de Fontevrault et transférés le 20-01-41 à la Maison centrale de Clairvaux" dont le nom est accompagné des motifs de l'arrestation.
Les causes de l'arrestation (RG)
Pour Fernand Saguet sont les mêmes mentions que celles portées pour Gaston Ruant : "ex cons. Munc.pal com. d'Alfortville. A été l'un des principaux organisateurs de la manifestation du 25-07-40 ayant pour but de reprendre possession de la mairie d'Alfortville ".  Il suffit de remplacer Alfortville par Maisons-Alfort !
Le 23 septembre, le préfet Jean-Pierre Ingrand, représentant du ministre de l'Intérieur au sein de la délégation de Vichy auprès des Allemands, demande au préfet de l'Aube de retirer de Clairvaux les internés administratifs qui y sont "hébergés".
Le 26 septembre 1941, Fernand Saguet est transféré au CSS de Rouillé (5) où il arrive le 27 avec un groupe d'une cinquantaine d'internés.
Le 9 février 1942, il fait partie d'un groupe de 52 internés communistes du CSS de Rouillé remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l'internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il est déporté à destination d'Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Fernand Saguet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Fernand Saguet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46086» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Fernand Saguet est affecté au Block 15 d'Auschwitz I et au Kommando « Faulgas » (6) avec son camarade Henri Hannhart (ils ont tous deux fait les mêmes prisons et camps en France - Santé, Aincourt, Fontevrault, Clairvaux, Rouillé, Compiègne). 
Témoignage d'Henri Hannhart
sur la mort de Fernand Saguet
Ce Kommando travaille au filtrage des boues d’épuration pour l’assèchement des marais à Birkenau.  Dans un témoignage qu'il adresse au Ministère des Anciens combattants qui souhaite avoir la certitude que Fernand Saguet est bien décédé à Auschwitz, Henri Hannart raconte comment "un soir du mois de septembre 1942, je l'ai ramené sur mes épaules au camp d'Auschwitz, complètement exténué et malgré les pauvres soins que j'ai pu lui donner, il est mort deux ou trois jours après".
Fernand Saguet meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1058 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). 
Cette date n'infirme pas la véracité du témoignage d'Henri Hannhart : les rescapés ont tous fait des approximations avec les dates dans l'enfer des premiers mois de leur déportation.
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Fernand Saguet, mais il porte une date portée sur l’avis de décès, qui correspond en fait à la date approximative donnée au ministère par Henri Hannhart « décédé en septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable néanmoins que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
« La nouvelle de son décès n’étant pas connue, son nom figura sur la liste des membres du conseil municipal provisoire nommé en novembre 1944 » (Le Maitron).
Le titre de «Déporté politique» est attribué à Fernand Saguet.
Quai Fernand Saguet. Montage photo © Pierre Cardon
Le nom de Fernand Saguet est honoré à Maisons-Alfort : dans le Bulletin municipal n°1 de juillet 1946 (édition interrompue depuis 1939) on peut lire : Le Maire, André Saulnier, et le Conseil rendent hommage à tous les maisonnais et maisonnaises qui sont morts pour que la France vive et renaisse. Sont associés dans cette pensée, les camarades élus en 1935, morts dans les bagnes hitlérien victimes de la barbarie fasciste. Parmi les douze noms cités figure celui de Fernand Saguet. Et son nom sera donné, par délibération du 18 mai 1948, à la rue longeant la Marne, anciennement quai d’Alfort (Marcelle Aubert in © Le blog du CGMA).
  • Note 1 : La Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, communément désignée sous le nom de Paris-Lyon-Méditerranée ou son sigle PLM, est l'une des plus importantes compagnies ferroviaires privées françaises entre sa création en 1857et sa nationalisation en 1938, lors de la création de la SNCF (Wikipédia).
  • Note 2 : Fin juin 1940, période qui suit l’arrivée des Allemands à Paris, une partie de la direction communiste clandestine croit pouvoir obtenir de ceux-ci la reparution de L’Humanité et des démarches sont effectuées en ce sens. Parallèlement, elle suscite des manifestations en direction des villes administrées par des « délégations spéciales » depuis octobre 1939 sur les thèmes : « Pour la réintégration de nos élus propres et honnêtes » et « réintégrez les communistes ». 
  • Note 3 : note du 28 décembre 1940 « Ce centre étant entièrement rempli, j’ai dû, en présence de la nécessité de continuer les internements pour enrayer la propagande communiste, prendre la décision d’envoyer à la prison de Fontevrault les 100 plus dangereux, et notamment les anciens députés communistes, mais cette situation ne saurait s’éterniser, ces locaux ne pouvant, en aucun cas, continuer à servir de centre d’internement
  • Note 4 : Le préfet Ingrand représentant du ministre de l’Intérieur au sein de la délégation de Vichy auprès des Allemands à Paris, envisage la « transportation » des individus les plus dangereux du camp en Afrique du nord, suivant en cela les préconisations du cabinet De Brinon (1) : le 28 décembre 1940, note du cabinet de De Brinon au chef du 2ème bureau : « Jusqu’en novembre dernier, le seul camp dont la création avait été autorisée officiellement par les Autorités allemandes, était celui du sanatorium d’Aincourt, pouvant contenir environ 500 personnes et qui était uniquement destiné à recevoir les indésirables français de la Seine et de Seine-et-Oise. (…). J’ai demandé, à plusieurs reprises, que l’on envisage le transfert, en Afrique du Nord, des individus les plus dangereux qu’un coup de main pourrait facilement délivrer en raison des faibles moyens de gardiennage et de l’armement insuffisant du personnel ».
  • Note 5 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 6 : L’assèchement des marais à Birkenau auquel sont affectés des milliers de déportés dont beaucoup de « 45.000 » et de Juifs a été l’occasion pour les SS d’utiliser industriellement le tourteau produit par le filtrage des boues d’épuration. Un « Kommando » de travail spécialisé (Faulgas Kommando) convertissait par pyrolyse ce tourteau de filtrage de boues d'épuration en huile, gaz et coke (un procédé qui sera homologué industriellement par des ingénieurs allemands… en 1993). Ce Kommando « Faulgas » est mentionné dans les minutes du procès de Nüremberg.
Sources
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012. La notice biographique a été rédigée par Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule (tome 41, page 59)
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin et juillet 1992.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires. 
  • Archives de la police APP / BA 2374 Clairvaux : archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.  
  • © Le blog du Cercle généalogique de Maisons-Alfort.
  • Les 2 photos de Fernand Saguet figurent dans son dossier au DAVCC, envoi de M. Rodolphe Pérot (mai 2016).
  • Courriel de M. Rodolphe Pérot novembre 2017 : envoi du témoignage d'Henri Hannhart figurant dans le dossier d'Henri Saguet au DAVCC. Recherches de Pierre Cardon sur le Kommando "Faulgas".
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 (complétée en 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel  à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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