L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


OLIVO François


François Olivo est né le 14 novembre 1899 au Bourg de la commune de Guern canton de Pontivy (Morbihan). Il habite Orsonville (Seine-et-Oise / Yvelines) au moment de son arrestation (1). Il est le fils d’Anne Le Pennec, 30 ans, ménagère et de Joseph Olivo, journalier, 61 ans.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Bobigny au 59 rue de Saint-Denis au moment du conseil de révision et travaille comme manœuvre. Il sera maraîcher ultérieurement, puis cheminot.
Conscrit de la classe 1919, il est mobilisé par anticipation en avril 1918, comme tous les jeunes gens de sa classe. Il est incorporé au 18ème Régiment d’infanterie à compter du 18 avril 1918 et arrive au corps le 23 du mois. Après 5 mois d’instruction, il « passe » au 116ème Régiment d’infanterie le 28 août « aux armées », dans la région de la ferme et du fort St Hilaire (offensive de Champagne).
Après l’armistice, au cours d’une permission, François Olivo épouse Henriette Taupin, 18 ans, maraîchère, le 4 décembre 1918, à Bobigny (Seine / Seine-Saint-Denis). Revenu à l’armée, il passe au 118ème Régiment d’infanterie le 1er mars 1919 : il est affecté à la 9ème compagnie le 9 mai. Il passe ensuite au 2ème Régiment de chasseurs à pieds le 26 juillet 1919, et va participer au sein de celui-ci, à l’occupation des pays Rhénans. Il est « renvoyé dans ses foyers » le 25 mars 1921, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » à Saint-Denis, au 159 route de Bobigny.
En application du traité de Versailles, la première occupation militaire de la Rhur par l’armée française va avoir lieu en mai 1921 (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent de 100.000 à 210.000 hommes) : le gouvernement rappelle les réservistes. François Olivo est donc « rappelé à l’activité » (article 33, loi 8 mars 1905) et arrive au 2ème Régiment de chasseurs le 4 mai 1921. Il est affecté au 8ème régiment de dragons le 9 mai, puis réaffecté au 2ème Chasseurs le 3 juin. Il est démobilisé le 7 juin 1921. Le 2 mars 1921, le couple habite Orsonville (Seine-et-Oise / Yvelines). En avril 1923, ils ont déménagé à Chalo Saint-Mars (Seine-et-Oise / Essonne).
En avril 1925, François Olivo est embauché à la Compagnie des chemins de fer d’Orléans, comme cantonnier à Paray-Douaville (matricule « 11343 »).   Pour la réserve de l’armée, cet emploi le fait automatiquement « passer » à la 3ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’ « affecté spécial » (il sera mobilisé à son poste de travail en cas de conflit). En 1927 son registre matricule indique qu’il habite Ablis-Paray (Paray-Douaville).
Le 1er mars 1936, il est domicilié à Bienville-la-Gaillarde (Seine-et-Oise), puis revient habiter Orsonville.
La mairie d’Orsonville rapporte que d’après son fils « il s'occupait de défendre les droits des agriculteurs ».
En septembre 1939, François Olivo est arrêté pour « distribution de tracts d’origine étrangère ». Le 13 septembre 1939, il est suspendu de son emploi (note de la SNCF). Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, il est condamné à six mois d’emprisonnement. Le 31 janvier 1940, François Olivo est officiellement révoqué de son emploi à la SNCF par arrêté ministériel pour « menées antinationales depuis le début de la guerre ». Il est libéré à l’expiration de sa peine.
22 juin 1941, opération Barbarosa
François Olivo est à nouveau arrêté, à Orsonville, le 22 juin 1941 par des policiers allemands cantonnés à Auneau (Eure-et-Loir), à moins de 6 kilomètres. Sa peine d’emprisonnement pour motifs politiques a entraîné son inscription aux sommiers judiciaires de la préfecture (mention RG sur sa fiche au BAVCC), ce qui explique qu’il soit arrêté dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique.
Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». 
Le camp de Compiègne
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du ReichA Compiègne il reçoit le n° matricule 1342.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
François Olivo est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Les wagons de la Déportation

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro "45935 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Un des fours crématoires du camp
François Olivo meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 882 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Ce certificat porte comme cause du décès « Phlegmone Enterite» (Entérite et phlegmon). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient par ailleurs de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 6 juillet 1995 paru au Journal Officiel du 6 septembre 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de François Olivo.
François Olivo est déclaré « Mort pour la France » le 11 août 1950.
Son nom figure sur le Monument aux Morts de Boinville-le-Gaillard (78) et une plaque honorant sa mémoire a été apposée dans la gare de Paray-Douaville (78), gare commune aux 3 communes de Boinville, Paray et Orsonville.
  • Note 1 : Sur l’acte du 11 août 1950 du Ministère des Anciens Combattants, il est indiqué qu’il est domicilié rue d’Anneau à Orsonville-par-Ablis (Seine-et-Oise / Yvelines). De même c’est la localité que François Olivo a indiquée lors de son interrogatoire à Auschwitz. On sait également que son fils était domicilié 12 rue d’Aunay à Orsonville. Mais c’est sur le monument aux morts de Boinville-le-Gaillard que son nom est inscrit d’après le site © Genweb.
Sources
  • Dossier ministère des ACVG n° 12502 (11 août 1950.
  • Recherches de la Mairie d'Orsonville (18 juillet 1992).
  • Avis de décès et acte de mariage : pièces fournies par son fils par l'intermédiaire du  secrétaire de la Mairie d'Orsonville. 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. Liste V (N°  31738) -  Liste S (N° 261) 
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Internet Rail et mémoire, notice de François Olivo.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • © FMD : Photo d’un wagon utilisé pour le transport des déportés.
  • Bundesarkiv, Barbarosa
  • Registres matricules militaires du Morbihan.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013, complétée en mai 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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