L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUBOIS Edmond



Edmond Dubois est né le 2 janvier 1890 à l’hospice civil d’Angers (Maine-et-Loire), dans le 3 ème arrondissement. Au moment de son arrestation, il habite au 23 impasse Mirbeau à Villejuif (Seine / Val-de-Marne). 
Il est le fils d’Augustine, Marie Levêque, 23 ans, ménagère et d’Henri, Emile Dubois, 23 ans, lithographe, son époux.
Edmond Dubois est orphelin de sa mère dès l'âge d'un mois, et il est laissé par son père aux soins de ses grands-parents, six mois après, « très pauvres et déjà âgés » écrit René Herz (1).
Ils le placent en apprentissage à 12 ans chez un boulanger, où il travaille jusqu’à l’âge de 15 ans. René Herz poursuit : « il partit sur le trimard à l’âge de quinze ans, et après avoir parcouru plusieurs régions, tant dans le Maine-et-Loire que dans la Seine et la Seine-et-Marne, il vint enfin s’échouer à Paris à l’âge de vingt ans, où il se maria». En fait c’est à Melun qu’Edmond Dubois épouse Jeanne (2), Marie Sampaix (ou Sampoix), le 14 août 1909.  
« Son service militaire et sa participation à la Première guerre mondiale ne furent pas sans incidents. Anarchisant, il passa au conseil de guerre pour propagande subversive et fut versé dans le Bataillon d’Afrique « Bat’d’Af » (3) jusqu’en 1917, date de sa désertion » (Le Maitron). Désertion que René Herz relate ainsi : « première et dernière permission depuis six ans. A ce moment-là, il s’est libéré lui-même. A vécu dans l’illégalité pendant de longues années où des amnisties incomplètes le plongèrent ». Dans cette période de clandestinité, il semble avoir donné son adhésion morale à la IIIème internationale en 1920 (René Herz).
Edmond Dubois et son fils Jacques
© Mémoire pour demain p.47
« Avec sa femme, Jeanne, ils habitent dans un ensemble de taudis aujourd’hui disparus, proches de la porte d’Italie, ruelle Gandon dans le 13ème arrondissement. Il travaille donc à domicile, dans la chaussure d’enfant, avec un état d’esprit anarcho-syndicaliste. En 1923, les Dubois achètent un lotissement au 23 de l’actuelle rue Octave-Mirbeau, à Villejuif, dans les Monts-Cuchets, un lieu-dit consacré jusqu’alors à la vigne et aux champs de blé. Avec l’aide d’un ami maçon, Edmond y construit un deux-pièces-cuisine et continue, tant bien que mal, à travailler dans la chaussure » (Mémoire pour demain p. 47).
C’est seulement en 1929 ou 1930, après avoir acquis la certitude qu’il ne courait plus de risque, qu’Edmond Dubois adhère au Parti communiste au sein duquel il a tout de suite des responsabilités : « Il est bientôt secrétaire de la cellule des Monts-Cuchets et trésorier du sous-rayon de Villejuif » (Mémoire pour demain p. 47).
Le domicile d’Edmond Dubois est perquisitionné après l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939), sans que la visite domiciliaire ait donné des suites judiciaires. « Dès ce moment-là, il a toujours consacré toute son activité à son parti. C’est ainsi qu’il assuma de 1939 à 1941, jour de son arrestation la responsabilité du travail illégal à Villejuif » (René Herz).
Brochure de 1945
Dès octobre 1939, des militants communistes reconstituent en effet une section du Parti clandestin à Villejuif et relancent la diffusion des journaux désormais clandestins « Front Rouge » et « l’Humanité ». Selon René Herz le triangle de direction est composé d’Edmond Dubois, Louis Lequy (arrêté le 15 mars 1940) et d’André Guillaume (ce dernier assure la direction jusqu’en juin 1941 : menacé d’arrestation, il quitte Villejuif). D’autres militants vont les relayer : Renée Estrade,  déportée en 1944 à Ravensbrück, Maurice Cardin, Louis Garin, Robert Moussu et Léon Thibert  (tous 3 fusillés à Caen le 15 décembre 1941). Lire dans le blog l’article Les fusillés, déportés et internés de Villejuif .
Edmond Dubois est arrêté le 24 juin 1941 (ou le 25 selon la liste des RG) à son domicile par des Feldgendarmen. On connaît les circonstances de cette arrestation : « Edmond, qui se sait recherché par la police, se « planque » non loin de chez lui, chez un ami dans la friche du futur lycée Darius-Milhaud. Des policiers arrêtent sa femme et son fils et les emmènent au commissariat de secteur, situé à Gentilly. Pendant ce temps, Edmond, conscient qu’il doit prendre des précautions, mais soucieux de continuer à travailler, demande à quitter son emploi (il avait trouvé un poste dans la boulangerie, à Arcueil) et se rend à la mairie d’Arcueil pour y faire valider un certificat de travail. Souci fatal : c’est là qu’il est arrêté et conduit à son tour au commissariat ». (Mémoire pour demain p. 47).
Son arrestation s’inscrit dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ».
Extrait de la liste des RG du 25 juin 1941, elle ne comporte que deux noms
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 25 juin 1941, mentionne pour Edmond Dubois : « ex conseiller municipal de Villejuif. Ex chef de cellule. Meneur des plus actifs ».
Edmond Dubois est conduit au fort de Romainville (4) « où il séjourna huit jours et y subit les pires violences » (René Herz). Il est ensuite transféré (vraisemblablement le 2 ou 3 juillet 1941) au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui est devenu depuis le 27 juin 1941 un camp de détention des ennemis actifs du Reich. Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Les wagons de la Déportation
Edmond Dubois est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le premier jour, Edmond Dubois comme beaucoup de ses camarades réussit à jeter sur le ballast un message adressé à son épouse (il n’a pas été conservé).
On ignore le numéro d’immatriculation d’Edmond Dubois à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 45487 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Edmond Dubois meurt à Auschwitz le 17 février 1943 selon le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 242 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 17 janvier 1989, paru au Journal Officiel du 25 février 1989, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Edmond Dubois. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Edmond Dubois est homologué « Déporté politique » en 1954. Il est déclaré « Mort pour la France ».
Les villejuifois déportés le 6 juillet 1942
A la Libération la municipalité a donné son nom à une rue de Villejuif. Il est également honoré sur le monument commémoratif de la commune, dressé en 1999 dans le parc Pablo Neruda. En 2000, une cellule du PCF (avenue des Chardons et voie Dalou côté pair) portait toujours son nom.
  • Note 1 : Mention René Herz. La plupart des biographies de la brochure "Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste", éditée par « La vie nouvelle » sous l’égide de la municipalité et de la section communiste (29 septembre 1945), ont été rédigées par René Herz, j’ai donc choisi par commodité de mentionner son nom comme source.
  • René Herz, militant communiste depuis 1931 à l’Hospice, est arrêté le 6 décembre 1940. Interné à Aincourt, il en est libéré pour maladie. Il est alors responsable politique clandestin pour Vitry, puis du 3ème secteur. A l’insurrection de Paris, il est responsable politique de la section de Villejuif et membre du Comité local de Libération
  • Note 2 : « Après la déportation de son mari, Jeanne Dubois continuera de travailler dans un réseau de solidarité de la Résistance, le COSOR, distribuant argent et secours parmi les nécessiteux de Villejuif, en particulier les familles des personnes arrêtées. Elle distribue aussi des tracts en compagnie de Léa Garin, femme de Louis Garin , lui-même détenu avant d’être fusillé comme otage » (Mémoire pour demain P.48). Après l’arrestation de François Daoudal, Jeanne Dubois et Lucie Gratadoux apportent la solidarité à sa mère Louise et à sa sœur, Denise Hébrard.
  • Note 3 : « Les Bataillons d’Infanterie Légère d’Afrique. Les Bats d’Af’ ne sont pas des unités disciplinaires au sens strict. Elles ont néanmoins accueilli dans leur rang les jeunes hommes déjà condamnés dans le civil, au moment où ceux-ci devaient faire leur service militaire, et des militaires sanctionnés, après leur passage dans des compagnies de discipline. Cependant il est clair qu'il y régnait une discipline bien plus forte que dans les autres unités de l'armée. Initialement, les soldats du 1er BILA sont les Flore, ceux du 2e Zéphyr, ceux du 3e Chardonnet, puis le surnom de Joyeux s'impose pour tous, bien qu'on entrevoie encore celui de Zéphyr » (Wikipédia).
  • Note 4 : En 1940, les Allemands installèrent à Romainville un de leurs principaux camps d'internement. De 1940 à 1944, 7000 personnes (dont une moitié de femmes) y furent détenues : huit sur dix furent déportées, deux cents fusillées. Ce camp est une annexe du camp de Royallieu.
Sources
  • "Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste", brochure éditée par la Vie nouvelle sous l’égide de la municipalité et de la section communiste de Villejuif (19 septembre 1945). Imp. M. Boivent. Les documents ont été rassemblés par René Herz, employé à l’Asile, arrêté le 6 décembre 1940, et interné à Aincourt (collection Pierre Cardon).
  • Marcelino Gaton et Carlos Escoda, Mémoire pour demain, Graphein, 2000.
  • Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste. 50ème anniversaire de la Résistance (1940/1990).). Imp. M. Boivent. Les documents ont été rassemblés par René Herz, employé à l’Asile, arrêté le 6 décembre 1940, et interné à Aincourt (collection Pierre Cardon).
  • Marcelino Gaton et Carlos Escoda, Mémoire pour demain, Graphein, 2000.
  • Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste. 50ème anniversaire de la Résistance (1940/1990).
  • Le MaitronDictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012.
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973). 
  • Brochure « Des noms qui chantent la Liberté », ville d'Ivry 1994. 
  • Photographies du Fonds de la section d'Ivry de la FNDIRP, coté 88 Z. Ce fonds a été donné à la ville d'Ivry en 2006. 
  • Remerciements à Mme Nathalie Lheimeur, service des Archives municipales.
  • Contre l'oubli, brochure conçue et réalisée par le service culturel de Villejuif, février 1996.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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