L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUGALES Albert, Julien, Marie


Albert Dugalès à Auschwitz le 8 juillet 1942
Matricule 45500 à Auschwitz

Albert Dugalès est né au Bourg de Guehenno (Morbihan), le 25 septembre 1894.
Au moment de son arrestation il habite au 16 rue de Noailles à Versailles (Seine-et-Oise / Yvelines) où il tient un café-bar.
Il est le fils de Jeanne, Marie Baucher, 27 ans, ménagère et d’Eugène Dugalès, 29 ans, menuisier, son époux.
Lors du conseil de révision, il a été classé dans la première partie de la liste du canton de Saint-Jean-Brévelay (Morbihan). Ses parents habitent à Billio dans ce canton.
Selon sa fiche matricule militaire Albert Dugalès mesure 1m 58 a les cheveux blond foncé et les yeux bleu-clair, le front étroit et le nez rectiligne, le visage rond.  
Au moment de l’établissement de sa fiche matricule, Albert Dugalès habite à Versailles (ancienne Seine-et-Oise). Il y travaille comme maçon.
Conscrit de la classe 1914, il va être mobilisé en septembre 1914. Il est incorporé le 5 septembre 1914 et arrive au 109ème Régiment d’infanterie le 10 septembre. Du 10 septembre au 10 novembre 1914, il est « à l’intérieur » (à l’instruction militaire, un mois seulement !). Le régiment est en appui du front vers Suippes. Il est envoyé « aux armées » (sur le front) à partir du 11 novembre. Albert Dugalès est blessé par un éclat d’obus (plaie main droite et poignet droit) dans le secteur de Perthes-les-Hurlus, le 20 décembre 1914. Il est hospitalisé du 22 décembre au 11 février 1915 à l’hôpital militaire n° 2 à Abbeville, puis à l’hôpital militaire n° 22 de Versailles du 16 février au 18 avril. Il est transféré à l’hôpital Michelet de Vannes du 29 avril au 7 juillet 1915.
Il est proposé pour la réforme n°1 par la commission de réforme de la Seine du 3 juillet 1915. Il est « réformé n° 1 » par décision ministérielle du 15 novembre 1915, avec gratification renouvelable de 5ème catégorie.
Le 21 septembre 1921, à Paris 15ème, il épouse Louise Bousquet, née à Paris en 1896. Ils ont une fille, Simone, née en 1921 à Versailles. Le couple habite alors Orgerus (ancienne Seine-et-Oise).
Albert Dugalès est membre du Parti communiste. Le couple vient s’installer à Versailles au 16 rue de Noailles à Versailles, non loin de la gare de Versailles-Chantier et de la caserne Hoche (sise au 33) où il tient un café-bar.
Déjà « réformé définitif n° 1 », Albert Dugalès est proposé pour une pension d’invalidité permanente de 50 % pour mutilation de la main droite consécutive à une blessure de guerre par éclat d’obus (commission de réforme de Versailles du 11 juin 1930). La fracture mal consolidée a entraîné perte de mobilité, raideur, immobilisation en flexion de trois doigts, pince imparfaite du pouce (…). 
Les cheminots communistes de Versailles se réunissent chez lui (note du commissariat de Versailles). Albert Dugalès tient la buvette lors des fêtes champêtres de la section communiste.
Albert Dugalès est arrêté le 5 janvier 1941. Il est condamné par le tribunal correctionnel de Versailles à 2 mois d’emprisonnement et  200 F d'amende pour « propos communistes ».  A la fin de sa peine d’emprisonnement, il est libéré le 19 mars 41, mais il est arrêté de nouveau le 21 mars 1941. 
Le sanatorium d'Aincourt en 1939
Durant cette période en effet la Préfecture de police accentue la répression anticommuniste et nombreux sont les militants internés après la fin normale d’une peine d’emprisonnement. Albert Dugalès est déféré au Dépôt et par décision du Préfet de police de Paris, Camille Marchand, en application de la Loi du 3 septembre 1940, il est « interné administratif » (1) au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt ouvert spécialement le 5 octobre 1940 pour y enfermer sans jugement les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Albert Dugalès est remis à disposition des autorités allemandes à leur demande le 27 juin 1941 au sein d’un groupe de 88 internés du CSS d’Aincourt. D’abord conduits à l’Hôtel Matignon, ils sont ensuite dirigés sur le camp allemand de Compiègne, le Frontstalag 122 (Mémoire de maîtrise d’Emilie Bouin). Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec l'aval du préfet de Seine-et-Oise.
Après avoir fait une demande de libération auprès du directeur du camp (témoignage de son épouse note 2) il est renvoyé dans ses foyers quelques jours plus tard. Mais le 25 août 1941, il est à nouveau arrêté et reconduit à Aincourt.
Au début de 1942, Vichy décide de fermer le camp des hommes, «afin que la Résistance ne soit pas tentée de libérer «ce brûlot communiste» aux portes de Paris » (3). Albert Dugalès est à nouveau transféré au camp de Compiègne, le 22 janvier 42, convoyé par un inspecteur des Brigades spéciales. A Compiègne, Albert Dugalès reçoit le matricule n° 2357 (source BAVCC).
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Dugalès est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Albert Dugalès est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45550» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (5) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Albert Dugalès est parmi ceux-là.
Louise Dugalès  effectue des démarches auprès de la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari et d'obtenir le versement de la pension militaire de son époux (mention d’un dossier dit « de Brinon » (4) au BAVCC). Le 30 décembre 1942, les services de Brinon demandent aux autorités allemandes un « certificat de vie » pour que madame Dugalès puisse toucher la pension militaire de son époux. 
Albert Dugalès meurt à Auschwitz le 24 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 245) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 14 février 1989, paru au Journal Officiel du 24 mars 1989, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Albert Dugalès. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Albert Dugalès est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». Il est homologué comme appartenant aux FFI au titre des FTP de Versailles pour la période du 1er janvier 1941 au 5 janvier 1941. Son nom est inscrit sur le monument aux morts 1939-1945, près de la mairie de Versailles.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Louise Dugalès est décédée en 1972. Son témoignage a été rapporté par Hélène Solomon à Marie Elisa Cohen (15 décembre 1972), toutes rescapées d'Auschwitz.
  • Note 3 : citation in blog-de-roger-colombier.over-blog.com.
  • Note 4 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives municipales de Versailles (François Le Meigne, conservateur, 8 septembre 1988).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel consulté en 1989.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374.
  • Liste des 88 internés d’Aincourt (tous de l’ancien département de Seine-et-Oise) remis le 27 juin 1941 à la disposition des autorités d’occupation (Centre de Documentation Juive Contemporaine).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 ; édition des registres (incomplets) de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés dans le camp.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème
  • Registres matricules militaires.
Biographie mise à jour en août 2016 (installée en mars 2013) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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