L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CARON René, Armand

Photo Patriote Résistant

Matricule 45334 à Auschwitz
René Caron est né le 10 avril 1914 à Alfortville (Seine / Val-de-Marne). Il habite Alfortville au moment de son arrestation.
René Caron travaille comme employé de commerce.
Il épouse Jeanne Malite. Le couple a  deux enfants.
Militant du Parti communiste clandestin, René Caron est arrêté le 29 décembre 1940 comme "responsable d'un centre de propagande communiste et clandestin" à Alfortville et inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes.
René Caron est écroué à la Santé le 2 janvier 1941 en attente de son jugement, avec une vingtaine d’autres militant(e)s, dont trois d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz (Martial Georget, Lucien Tourte et Félix Vinet).
Le 29 avril 1941 il est condamné à 18 mois d’emprisonnement par la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Il se pourvoie en appel.
Il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes le 31 mai 1941. Sa peine est  ramenée à 12 mois.
Le 25 mars 1942, René Caron est envoyé au Dépôt, et à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, en application de la Loi du 3 septembre 1940 le Préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son « internement administratif » en Centre de séjour surveillé, le CSS de Voves.

Transfert à Voves
Le 16 avril 1942, à 5 h 50, René Caron fait partie d'un groupe de 60 militants "détenus par les Renseignements généraux", convoyé par les gendarmes de la 61ème brigade et transféré de la permanence du dépôt au camp de Voves (Eure-et-Loir) et  Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé n° 15.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp allemand de Compiègne, à la demande du Commandement militaire en France. René Caron figure sur la première liste (3).
Il est donc transféré le 10 mai 1942 depuis Voves au camp de Compiègne (Frontstalag 122) avec 81 autres détenus (1). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Caron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Photo d'immatriculation, 8 juillet 1942
René Caron est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45334» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
René Caron meurt à Auschwitz le 4 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 158 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Après la guerre, l'état civil français n'ayant pas eu connaissance de sa déportation, avait fixé son décès au « 6 juillet 1942 à Compiègne » (jugement déclaratif de décès daté du 24 décembre 1948). Un arrêté ministériel du 12 juillet 2007 paru au Journal Officiel du 7 août 2007 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Caron. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins encore une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soit les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Or celle-ci est pourtant connue. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates de décès entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
René Caron est homologué comme « Déporté politique » le 21 janvier 1955 et déclaré « Mort pour la France » le 26 mars 1955.
En février 1956, sa veuve, impotente, écrit au journal de la FNDIRP, le « Patriote Résistant » (n°156 de février 1956) afin d'entrer en contact avec des camarades de déportation de son mari. Cette demande est accompagnée d'une photo de René Caron avant sa déportation. 
La mention "Mort pour la France" est apposée sur son acte de décès (26-03-1955).
La mention "Mort en déportation" est apposée sur son acte de décès (J.O. du 7-08-2007).
Le nom de René Caron est inscrit sur une plaque apposée dans le square Jean Albert (mairie d’Alfortville).
  • Note 1 : Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite " afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation" ( La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves). " Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux". Il indique également : " ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ".  
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources  
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992 (sortie imprimée de microfilm, dossier n° 61776).
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Le Patriote Résistant (n°156 de février 1956).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp : Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Le CCS de Voves. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site " Les plaques commémoratives, sources de mémoire ".
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de " Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000» ", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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