L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELAUME Edmond, Marie, Laurent



Edmond Delaume en 1938

Edmond Delaume est né le 6 mai 1901 au domicile de ses parents rue de Queune à Souvigny (Allier). Il est le fils de Marie-Louise Villechenon, 31 ans, sans profession, et de Gustave Delaume, 30 ans, sabotier, son époux.
Au moment de son arrestation, il habite Paris 19ème.
Titulaire du Certificat d’études primaires, il exerce d'abord dans les années 1920, le métier d'électricien.
Edmond Delaume est appelé sous les drapeaux au bureau de recrutement de Moulins le 5 avril 1921. Il est affecté le 17 avril 1921 au 4ème régiment de Tirailleurs Tunisiens, dépôt de Béziers. Il est rayé des contrôles d'activité avec le grade de caporal de réserve, le 30 mai 1923 (26 mois d’armée).
Edmond Delaume est embauché à la S.T.C.R.P. comme receveur stagiaire (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne) le 23 juin 1923.
Il va ensuite résider  au 140 avenue Victor Hugo à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis) le 9 juillet 1923. Il épouse Odette, Rose Villemain, dont il divorcera.
Photos d'Edmond Delaume  1923, 1928, 1933, 1938 (dossier à la STCRP)
Il est titularisé à la STCRP le 1er août 1924. Puis il y devient machiniste le 6 février 1924. Il est confirmé comme receveur en 1927 au dépôt du Hainaut. En 1927, Edmond Delaume déménage à nouveau, au 37 rue du Goulet, toujours à Aubervilliers.
A partir du 15 février 1930, il habite au 41 rue de Nantes à Paris (19ème). Il est reçu receveur de tramway le 14 novembre 1930. Il fait une demande de mutation en 1933 pour le dépôt de Flandres, « pour suivre la ligne 50 » écrit-il (République-Aubervilliers).
Il déménage au 96 de la même rue en 1926.
Edmond Delaume est membre du Parti communiste, " meneur particulièrement actif " selon sa fiche de police.
Il se remarie avec Marie, Annonciation Lallain à Paris (19ème) le 27 octobre 1936. Le couple est domicilié au 41 rue de Nantes et a un enfant.
La STCRP affecte Edmond Delaume sur la ligne BH (Pantin-Porte Chaumont-Les Halles).
Edmond Delaume est mobilisé le 2 septembre 1939, affecté au 5ème et 53ème R.I.C. (Régiment d'Infanterie Coloniale), dépôt N° 59. Il est démobilisé le 16 décembre 1940.
Edmond Delaume est arrêté le 12 juin 1941 comme "communiste" (fiche au BAVCC). Il est inculpé et en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1) qui proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes. Un autre agent de la TCRP, Victor Jardin, est arrêté le même jour.

Caserne des Tourelles ©Mauzas
Le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif. Il est placé au Centre de séjour surveillé des Tourelles (2) le 12 juillet 1941 (Etat n°2 des détenus communistes, caserne des Tourelles).
Le 5 mai 1942 Edmond Delaume fait partie de la trentaine (34 ou 36) d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables »), et extraits de Centre de séjour surveillé des Tourelles pour être conduits à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages. Ces « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, Edmond Delaume est déporté à destination du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

L'entrée du camp d'Auschwitz
Le numéro d’immatriculation d’Edmond Delaume lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "45438 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. De surcroit la photo d’immatriculation à Auschwitz du déporté portant ce numéro n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Ce numéro ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Edmond Delaume meurt à Auschwitz le 6 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218).

Edmond Delaume est déclaré « Mort pour la France » le 9 juillet 1947 et homologué « Déporté politique » en 1955. Un arrêté ministériel du 28 janvier 1988 paru au Journal Officiel du 10 mars 1988, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 1er janvier 1943 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Sa mémoire est honorée sur une plaque apposée sur le mur du 168 avenue Jean Jaurès, à l'entrée du dépôt RATP de Pantin.


  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes
  • Note 2 : Ce « Centre de séjour surveillé » fonctionne dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. «Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir) ». France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010.  
Sources
  • Archives Départementales de l'Allier, état civil de Souvigny.
  • Archives définitives de la RATP, Maison de la RATP, dossier personnel d'Edmond Delaume. Remerciements à Mme Laurence Loy et Mr. Thiriau.
  • Biographie d’Edmond Delaume in © AFMD de l'Allier.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • © Plaque RATP, relevé Claude Richard.
Biographie mise à jour et installée en janvier et avril 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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