L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SOUPION Henri, Célestin, Joseph



Matricule "46110" à Auschwitz

Henri Soupion est né au domicile de ses parents au 2 Cloître Saint-Martin, le 1er avril 1898 à Angers (Maine-et-Loire). Au moment de son arrestation, il habite au 8 avenue Paul-Vaillant-Couturier rue de Versailles à Fresnes (Seine / Val-de-Marne).
Il est le fils de Louise Plassé, 26 ans, chemisière et de Joseph, Julien Soupion, 28 ans, domestique (puis manœuvre), son époux.
Le registre matricule militaire d’Henri Soupion indique qu’il habite Beaumont-sur-Oise (Seine-et-Oise) où il est mouleur en fer. Il mesure 1m 70, a les cheveux bruns foncés, les yeux marrons, le front vertical, le nez rectiligne. Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et écrire). Il a le permis de conduire (autos et poids lourds).
Conscrit de la classe 1918, il est mobilisé par anticipation en 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Le 15 avril 1917 il est mobilisé au 3ème dépôt des équipages de la flotte à Lorient. Il y arrive le jour même, comme soldat de 2ème classe et est affecté au 61ème régiment d’artillerie lourde. Puis il passe successivement aux 105ème, 117ème, 11ème, 111ème régiments d’artillerie lourde. Il est affecté au 503ème régiment d’artillerie d’assaut le 16 juin 1919, puis 506ème RAL le novembre 1919. il est « renvoyé dans ses foyers » le 17 juin 1920, « certificat de bonne conduite accordé ». En septembre 1920, il habite Bezons (Seine-et-Oise / Val d’Oise) au 55 rue Jean Jaurès. En août 1921 il revient habiter dans le Maine et Loire à Saint-Barthélemy d’Anjou, près d’Angers.
Henri Soupion se marie à Rennes, le 23 novembre 1922 avec Eugénie, Marie Maury. Le couple aura une fille, Odette, qui naît en 1924.
En 1923 ils habitent Servon-sur-Vilaine entre Rennes et Vitré. En septembre 1929, la famille rejoint définitivement la région parisienne et s’installe à Antony (Seine / Hauts-de-Seine) au 42 route de Choisy.
"Front Rouge "du 16 juin 1937
Henri Soupion est candidat du Parti communiste aux élections municipales de 1929 et 1935, et il est élu aux élections partielles des 27 juin et 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat (1). Le « Front rouge » du 19 juin 1937, périodique du Parti communiste qui présente les candidats communistes comme « Des vieux habitants de Fresnes, des travailleurs honnêtes » le décrit ainsi : « Henri Soupion. Petit commerçant, membre du Parti depuis 1934. Plâtrier syndiqué, membre du Parti depuis 1936. Délégué syndical ».
Fête des écoles 1938
Henri Soupion participe aux activités de la caisse des Ecoles. 
Légende de la photo : de gauche à droite : 3ème Georges Galbrun (ancien conseiller municipal de Fresnes, qui a remis la photo à Roger Pélissou), 5ème Elie Batôt (45205), 6ème Odette Soupion, 7ème Henri Soupion, 8ème Marcelin Camusson (45000).
Henri Soupion est mouleur en fonte de métier mais il ouvre un débit de boisson en juillet 1932 : le 16 décembre 1933, il est condamné par la 10ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine à 100 + 500 F d’amende pour « ouverture illicite » d’un débit de boisson en 1932. 
Henri Soupion adhère au Parti communiste en 1934.
Ils déménagent pour Fresnes, et en janvier 1935, ils habitent au 1 rue Voltaire. En juin 1935, Henri Soupion est condamné à 50 F d’amende pour « outrage à agents »…
Il tient par la suite avec son épouse un petit commerce d’épicerie en 1936. IIs habitent alors au 71-73, avenue de Versailles à Fresnes, puis après 1937 au 8 avenue Paul-Vaillant-Couturier rue de Versailles à Fresnes.

En 1939, Henri Soupion est « rappelé à l’activité » à la déclaration de guerre et mobilisé le 2 septembre 1939 au bataillon de l’air 109 à Tours.
Le conseil municipal de Fresnes est suspendu par le décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale » nommé par le préfet (2).
Henri Soupion est déchu de son mandat le 9 février 1940, par le conseil de préfecture en application de la Loi du 21 janvier 1940 (3). Lire dans le blog La municipalité communiste élue de Fresnes élue en 1937 décimée par Vichy et l'occupant nazi
Henri Soupion est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, avec douze autres membres du Conseil municipal déchu en 1940, et trois autres militants communistes de la commune, dans la grande rafle (4) organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. 210 élus, cadres du parti et de la CGT sont ainsi arrêtés. Sept anciens conseillers municipaux de Fresnes et trois autres de ses camarades Fresnois seront déportés avec lui vers Auschwitz le 6 juillet 1942, comme otages communistes.
Henri Soupion est emmené au Dépôt de la Préfecture puis interné, avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Henri Soupion on lit : « 42 ans. Communiste notoire. Participe à la propagande communiste. Ex conseiller municipal de Fresnes».
Droit de visite : lettre commune au Préfet de la Seine
Le camp est administré par le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’égard des communistes. Pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé, les épouses, mères, fils et filles des détenus de Fresnes signent le 29 mars 1941, avec leurs noms et adresses (dont celui de Mme Soupion et de sa fille Odette) une lettre adressé au Préfet de la Seine : « Nous venons solliciter de votre haute bienveillance, l’autorisation de rendre visite à nos maris et pères, qui (sont) internés administrativement à Aincourt (Seine-et-Oise). Attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. Espérant que vous voudrez bien prendre notre requête en considération. Veuillez recevoir nos salutations empressées». La lettre, enregistrée le 3 avril, est barrée de la mention : Rep : impossible, à Mme Soupion qui portera cette décision à la connaissance des co-signataires. L’écriture de Mme Soupion étant parfaitement reconnaissable, c’est à elle que le chef de cabinet du Préfet charge le 11 avril le commissaire de la circonscription de Choisy-le-Roy « d’avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion, que le règlement intérieur du camp (ne permet pas) les visites au détenus ».
Le 6 septembre 1941, Henri Soupion est transféré au camp de Rouillé (5) dans un d’un groupe de 149 internés. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui d’Aristide Bessé. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941. La mention le concernant est quasiment la même qu’à Aincourt : « Communiste notoire. Participe à la propagande clandestine. Ex conseiller municipal de Fresnes ».
Le 9 février 1942, Henri Soupion fait partie des 52 internés communistes remis aux autorités allemandes et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122). 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis Compiègne, il est déporté à destination d’Auchwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Henri Soupion est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Henri Soupion est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46110» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. La photographie anthropométrique correspondant à ce numéro d’immatriculation n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Henri Soupion meurt à Auschwitz le 4 décembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1150). Après guerre, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 décembre 1942 (dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 28 juillet 2003, paru au Journal Officiel du 27 septembre 2003, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Henri Soupion. Cet acte reprend la date fictive, certes proche, mais le ministère aurait pu prendre en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945 et accessibles depuis 1995.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, dans le cimetière, et sur la plaque commémorative dans le hall de la mairie de Fresnes : « Hommage du conseil municipal et de la population de Fresnes à leurs conseillers municipaux victimes de la barbarie Nazie. Le 11/11/1945 ».
Le 24 août 1944 lors de la séance en Mairie qui consacre la « Libération de Fresnes et la reprise des pouvoirs par l’ancienne municipalité et Comité local de Libération », Maurice Catinat est désigné à l’unanimité comme président. Les membres du Comité local de Libération décident de céder leur place au conseil à leurs collègues internés et déportés au fur et à mesure de leur rentrée (décision conforme à l’esprit du gouvernement d’Alger). Henri Soupion est indiqué : interné et déporté en Allemagne.
Le 1er octobre 1944, Eugénie Soupion, son épouse est désignée comme déléguée à l’hygiène et sécurité de la « délégation spéciale » de Fresnes, qui sera entérinée le 15 novembre 1945 par le préfet.
A son retour de déportation, le 18 mai 1945, le plus jeune des déportés communistes de Fresnes à Auschwitz en 1942, Raymond Saint-Lary, libéré le 5 mai, annonce le décès de ses camarades à leurs familles.
  • Note 1 : Aux élections du 12 mai 1935 la liste d’Unité d’action antifasciste est élue. Maurice Catinat est désigné comme premier adjoint. Mais, le conseil de la préfecture annule l’élection au conseil le 26 juin 1935. « Maurice  Catinat conduisit alors à un succès total une liste de vingt-trois candidats communistes aux élections municipales partielles des 27 juin et 4 juillet 1937. Il remplaça Arthur Tellier dans les fonctions de maire. Solidaire du Parti communiste lors du Pacte germano-soviétique, Catinat fut envoyé en séjour surveillé le 19 décembre 1939 »  (Le Maitron, notice Jean Maitron, Claude Pennetier).
  • Note 2 : Le gouvernement Daladier promulgue un décret le 4 octobre 1939, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre précédent, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine et 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ».
  • Note 3 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 «Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
  • Note 4 : « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ». Rapport des Renseignements généraux du 7 octobre 1940.
  • Note 5 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Archives en ligne du Maine-et-Loire.
  • © Registres matricules militaires du Maine-et-Loire.
  • Plaquette-souvenir éditée par la municipalité de Fresnes.
  • Recherches menées en 1973 et 74 par Roger Pélissou, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui vint habiter Fresnes à la Libération. © Il a fait reproduire certaines photos de famille par la FNDIRP.
  • Souvenirs de René Denizou, fils de Géry Denizou.
  • Témoignages de Maurice Catinat, arrêté le 5 octobre 1940, ancien maire, d’Auguste Monjauvis et  Roger Pélissou.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Délibération du 24 août 1944, photocopie fournie par Maurice Catinat (21 avril 1993).
  • Photo de la fête des Ecoles 1938 : remise à Roger Pélissou (45957) par Georges Galbrun.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie rédigée en février 2007, installée en novembre 2012 et complétée en janvier 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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