L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FLAGEOLLET André, Camille



Matricule "45543" à Auschwitz

André Flageollet, fils d’un voyageur de commerce à Versailles, est né le 22 août 1906 à Remiremont (Vosges). Il habite à Epinal (Vosges) au moment de son arrestation. Il est peintre en bâtiment, puis journaliste dans la presse communiste régionale (témoignage en 1972 de son épouse). Le Maîtron, dictionnaire du mouvement ouvrier le signale "forain".
Françoise
Flageollet 
Il est marié avec Françoise Flageollet (1). 
Militant communiste actif et syndicaliste, il dirige comme permanent (1200 F par mois) le journal de l'Union départementale CGT «Les Vosges ouvrières», du 1er mai 1937 au 2 juin 1939. « Pour des raisons financières, l’UD des Vosges dut alors supprimer son poste de permanent» (Le Maîtron). Il est le secrétaire départemental des "Amis de l'URSS" et membre du comité départemental du PCF.
Dans la clandestinité, il organise la Résistance au plan régional (témoignage de Françoise Flageollet).
André Flageollet est arrêté le 22 novembre 1940 en gare d'Epinal : il revenait de Bussang, où il était allé organiser un groupe de résistance. D'abord incarcéré à la prison d'Epinal, jugé et condamné à un an de prison, il est à l'isolement à Clairvaux où il accomplit sa peine. «Incarcéré à la prison de la ville, accusé d’action subversive contre l’Etat. Condamné à un an et un jour, il fut maintenu à la prison de Clairvaux, où il avait été transféré. C’est le jour-même de sa libération, alors qu’il avait été isolé des autres incarcérés, qu’il fut remis entre les mains de la Gestapo. Selon le directeur de la prison, une circulaire du ministre de la justice ordonnait aux directeurs de prison de ne pas libérer les détenus politiques. Il fut immédiatement remis à la Gestapo, avec un autre camarade de notre groupe Noël, et dirigé au camp de Compiègne» (Françoise Flageolet, 2 mars 1972).
L'entrée du souterrain
André Flageollet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 24 novembre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). 
Le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), à la suite de l’attentat contre le train militaire 906 à Caen (lire dans l blog) Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942), et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 / C.D.J.C). Les noms de cinq militants qui seront déportés avec André Flageolet à Auschwitz figurent également sur ces 2 listes (Alfonse Braud, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Paillole, André Seigneur). Il est transféré après cette date au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes.
A Compiègne, André Flageolet reçoit le matricule 2368. « Arrivé au camp de Compiègne, il organisa les camarades, et devait être parmi le second groupe qui devait s’enfuir par le souterrain qui avait été fait et par lequel le premier groupe avait réussi à s’enfuir». (Françoise Flageollet). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Flageollet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
L'entrée d'Auschwitz I
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45543.
André Flageollet est affecté à Birkenau. Robert Gaillard a témoigné des circonstances de sa mort dans une lettre à Françoise Flageollet (5 juin 1945). "J’ai été celui qui est resté le plus longtemps avec votre mari à Birkenau, et je peux vous donner dans la mesure où ma mémoire renaît, quelques précisions sur la date et la fin de ce cher camarade. André est tombé malade, une forte grippe, le premier novembre 1942, après avoir traîné quelques jours avec une forte fièvre, il est entré à l’infirmerie, où je suis allé le voir deux fois. La deuxième fois André ne m’a pas reconnu. Il avait le typhus et il divaguait par la fièvre. Je suis retourné une troisième fois, mais hélas je ne l’ai pas vu, il avait changé de block et était parti au trop fameux Block 7 (dont le camarade Dudal a dû vous parler très certainement, ayant eu lui aussi à faire avec ce Block.). Là il nous était impossible de voir nos camarades, ce qui était d’ailleurs difficile dans le Block précédent. J’ai donc été plusieurs jours sans nouvelles d’André. 
L'entrée de Birkenau
Le 11 novembre, j’ai tout de même pu voir mon camarade André et lui remettre un demi-pain à travers les fenêtres barbelées de ce Block 7. Il était je vous assure dans un triste état, amaigri, les yeux hagards. Il croyait avoir faim, mais trop malade, il ne put manger ce jour-là. Depuis, qu'est devenu André ? Nous ne savons pas exactement - ou plutôt nous le savons trop bien. La semaine qui suivit ma dernière visite, une commission est passée à ce triste et intenable Block 7 et un convoi pour la chambre à gaz fut préparé. Peut-être qu’André était mort avant, c’est ce que nous avons souhaité tous, et espéré».
André Montagne, rescapé n° 45912, et moi-même, avons relevé son nom sur les registres de l’infirmerie de Birkenau à la date du 2 novembre 1942, ce qui confirme bien l’exactitude du témoignage de Robert Gaillard. Mais son nom ne figure pas sur le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, qui publie les certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz), ce qui confirme aussi qu’il est mort dans une « sélection » pour la chambre à gaz. Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. L’arrêté du 20 mars 2009 (JO du 2 avril 2009) portant apposition de la mention « Mort en déportation » sur les actes et jugements déclaratifs de décès a repris la mention de 1945 « Décédé le 25 septembre 1944 à Auschwitz (Pologne)».
André Flageollet a été homologué Déporté politique. « Nous engageâmes une procédure pour l’obtention de sa carte de Résistant, et après plusieurs mois, le tribunal administratif nous accordait la carte de « Déporté résistant », pour mon mari et moi celle « d’internée résistante ». Cela a été fait car la preuve avait été donnée que c’était pour organiser le Front national que l’un et l’autre nous avions résisté à l’occupant » (Françoise Flageollet).
André Flageollet est décoré de la Légion d'Honneur à titre posthume. 

Françoise Flageolet
Note 1 :  Françoise Flageollet, née Dimeglio. « Née le 5 février 1907 à Djebel-Kouif (Constantine, Algérie), dactylographe, militante communiste des Vosges puis du XIIIe arr. de Paris, elle adhère au Parti communiste en 1935 et fut secrétaire d’une cellule. Membre des Amis de la nature, du comité antifasciste, de l’Union des Femmes françaises, elle fut secrétaire du Secours populaire pour le département des Vosges, de 1936 à 1939. Au cours de cette période, elle lança de nombreux appels et souscriptions en faveur de l’Espagne républicaine, et s’efforça d’aider les réfugiés espagnols dans les Vosges. Elle siégeait au comité départemental de Front populaire des Vosges». (Le Maîtron, notice Roger Martin, Claude Pennetier). En mai 1938, elle travaillait dans une usine d’impression à Épinal. Pendant la guerre, elle assura les liaisons entre les responsables clandestins dans les Vosges, la Bretagne… Arrêtée, elle fut internée dans différentes prisons, dont celles d’Epinal et Fresnes. « Elle participa activement à la libération du XIIIe arrondissement de Paris, devint une dirigeante communiste de cet arrondissement et fut conseillère municipale de Paris en 1945. Elle fut un temps secrétaire d’André Marty, conseillère municipale de Paris XIIIe arrondissement en 1945 » (Le Maîtron). Elle était membre du Comité national de la FNDIRP depuis 1972. Elle est décédée en 1981.

Sources
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • Liste d'otages XLV 33, n° 14 de la liste.
  • Témoignages de Robert Gaillard (5 juin 1945) et Georges Dudal.
  • Témoignage de Françoise Flageollet recueilli par Roger Arnould (2/3/72).
  • Lettre de Roger Arnould à André Sester, FNDIRP Epinal, 1973.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom 1997 et tome 28, page 48.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen).
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en mai 2011, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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