L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CONORD Léon


Matricule 45391 à Auschwitz

Léon Conord est né le 29 juin 1896 à Paris (5ème). Il est le fils d’Alphonsine Dayez, âgée de 35 ans, blanchisseuse, demeurant 20 rue des Fossés Bernard. Son mariage à la mairie d’Ivry avec Adolphe Conord, maçon, légitime son enfant le 13 juillet 1901.
Au moment de son arrestation, Léon Conord est domicilié au 35 Grand Rue à Fresnes (Seine / Val-de-Marne), à côté du Centre de Santé. Après la Libération cette rue portera le nom de Maurice Ténine, fusillé en 1942.
Léon Conord travaille d’abord comme ouvrier ébéniste. 
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation comme le sont tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre (matricule 1102). Il est titulaire de la carte du combattant.
Il habite boulevard Daumesnil à Paris (12ème). Il se marie à Fresnes le 13 juillet 1920 avec Joséphine, Claire Hassinger, brocheuse. 
Léon Conord entraîne les minimes du foot
Le couple s’installe Fresnes où demeurent les parents de Joséphine. Le couple a trois enfants (Roger, Marcel et Madeleine)
Léon Conord adhère au Parti communiste en 1921. Il se syndique à la CGTU puis à à la CGT après la réunification des deux syndicats. Il travaille comme plombier-couvreur.
Front Rouge 16 juin 1937
Léon Conord est présenté par le Parti communiste aux élections municipales. Il est élu lors des scrutins partiels des 27 juin et 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat (1). Le « Front rouge » du 19 juin 1937, périodique du Parti communiste qui présente les candidats communistes « Des vieux habitants de Fresnes, des travailleurs honnêtes » le présente ainsi : « Conord Léon. Plombier syndiqué, membre du Parti en 1921».
Géry Denizou (à gauche) et Léon Conord
Sportif, Léon Conord est un des animateurs du Club FSGT de Fresnes. Il entraîne les footballeurs (on le voit à droite de l’image ci-contre aux côtés de l'équipe de football des minimes. L’autre entraîneur est Géry Denizou, également conseiller municipal communiste).
Léon Conord est employé comme sapeur-pompier municipal. Les attributions du corps des sapeurs-pompiers sont étendues à la protection et à la sauvegarde des populations civiles face aux risques que représenteraient les bombardements aériens en cas de conflit. C’est à ce titre que Léon Conord est « affecté spécial » à Fresnes lors de la mobilisation générale de 1939.
Il maintient ses activités communistes dans la clandestinité après l’interdiction des organisations communistes le 26 septembre 1939.
Le conseil municipal de Fresnes est suspendu par le décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale » (2).
Léon Conord est déchu de son mandat le 9 février 1940, par le conseil de préfecture en application de la Loi du 21 janvier 1940 (3). Lire dans le blog La municipalité communiste  de Fresnes élue en 1937 décimée par Vichy et l'occupant nazi.
Léon Conord est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, avec douze autres membres du Conseil municipal déchu en 1940, et trois autres militants communistes de la commune, dans la grande rafle (4) organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. 210 élus, cadres du parti et de la CGT sont ainsi arrêtés. Sept anciens conseillers municipaux de Fresnes et trois autres de ses camarades Fresnois seront déportés avec lui vers Auschwitz le 6 juillet 1942, comme otages communistes.
Léon Conord est emmené au Dépôt de la Préfecture puis interné, avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Léon Conord on lit : « 44 ans. Ex conseiller municipal communiste de Fresnes. Agent actif de la propagande clandestine ».
Lettre des épouses, mères, filles et fils des internés de Fresnes
Le camp est administré par le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’égard des communistes. Pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé, les épouses, mères, fils et filles des détenus de Fresnes signent le 29 mars 1941, avec leurs noms et adresses (dont celui de Mme Conord, et leurs enfants, Madeleine, Marcel et Roger) une lettre adressé au Préfet de la Seine : « Nous venons solliciter de votre haute bienveillance, l’autorisation de rendre visite à nos maris et pères, qui (sont) internés administrativement à Aincourt (Seine-et-Oise). Attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. Espérant que vous voudrez bien prendre notre requête en considération. Veuillez recevoir nos salutations empressées». La lettre, enregistrée le 3 avril, est barrée de la mention : Rep : impossible, à Mme Soupion qui portera cette décision à la connaissance des co-signataires. L’écriture de Mme Soupion étant parfaitement reconnaissable, c’est à elle que le chef de cabinet du Préfet charge le 11 avril le commissaire de la circonscription de Choisy-le-Roy « d’avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion, que le règlement intérieur du camp (ne permet pas) les visites au détenus ».
11 février 1942 : 21 militants transférés à Compiègne
Le 11 février 1942, un groupe de 21 militants communistes internés à Aincourt, dont Léon Conord et un autre Fresnois, Elie Batôt, est « extrait» du camp d’Aincourt par les autorités allemandes qui les transfèrent au camp de détention de Royallieu, à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122, administré par la Wehrmacht. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, Léon Conord est déporté à destination d’Auschwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Léon Conord est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45391» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Sa photo d’immatriculation a été identifiée par des rescapés de son convoi et ce numéro est confirmé par la comparaison entre sa photographie prise avant-guerre et celle (sans nom patronyme) du détenu portant le n° 45391.
Il meurt le 16 novembre 1942, d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Fresnes : séance du CLL du  24 août 1944
Le 24 août 1944 lors de la séance en Mairie qui consacre la « Libération de Fresnes et la reprise des pouvoirs par l’ancienne municipalité et Comité local de Libération », Maurice Catinat est désigné à l’unanimité comme président. Les membres du Comité local de Libération décident de céder leur place au conseil à leurs collègues internés et déportés au fur et à mesure de leur rentrée (décision conforme à l’esprit du gouvernement d’Alger). Léon Conord est indiqué : interné et déporté en Allemagne.
Un arrêté ministériel du 12 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 126 février 1988, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Faure. Mais il comporte une date erronée : « décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite sur le certificat de décès d’Auschwitz et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Plaque dans le hall de la mairie
Le nom de Léon Conord est inscrit sur le monument aux morts de la commune, dans le cimetière, et honoré sur la plaque commémorative dans le hall de la mairie de Fresnes : « Hommage du conseil municipal et de la population de Fresnes à leurs conseillers municipaux victimes de la barbarie Nazie. Le 11/11/1945 ».

En haut à gauche, Maurice Catinat. 
A droite devant les grilles, peut être Léon Conord







Note 1 : Aux élections du 12 mai 1935 la liste d’Unité d’action antifasciste est élue. Maurice Catinat est désigné comme premier adjoint. Mais, le conseil de la préfecture annule l’élection au conseil le 26 juin 1935. « Maurice  Catinat conduisit alors à un succès total une liste de vingt-trois candidats communistes aux élections municipales partielles des 27 juin et 4 juillet 1937. Il remplaça Arthur Tellier dans les fonctions de maire. Solidaire du Parti communiste lors du Pacte germano-soviétique, Catinat fut envoyé en séjour surveillé le 19 décembre 1939 »  (Le Maitron, notice Jean Maitron, Claude Pennetier).
Note 2 : Le gouvernement Daladier promulgue un décret le 4 octobre 1939, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre précédent, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine et 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ».
Note 3 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 «Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
Note 4 : « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ». Rapport des Renseignements généraux du 7 octobre 1940.

Sources
  • Plaquette-souvenir éditée par la municipalité de Fresnes.
  • Recherches menées en 1973 et 74 par Roger Pélissou, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui vint habiter Fresnes à la Libération.  Il a fait reproduire certaines photos de famille par la FNDIRP ©, dont celles de Léon Conord.
  • Souvenirs de René Denizou, fils de Géry Denizou (photo de l’équipe de foot).
  • Témoignages de Maurice Catinat, ancien maire, arrêté le 5 octobre 1940, d’Auguste Monjauvis et  Roger Pélissou.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012. Ed. papier, Tome 23, page 137
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UFR des Sciences sociales et des Humanités).
  • Délibération du 24 août 1944, photocopie fournie par Maurice Catinat (21 avril 1993).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Jean Michel Conord, 11/04/2009.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie rédigée en février 2007, mise à jour et installée en novembre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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