L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CAMUSSON Marcelin


Marcelin Camusson
Matricule "45326" à Auschwitz

Marcelin Camusson naît le 11 janvier 1896 à Ambazac (Haute-Vienne), au village de Nouaillas, sur la commune d’Ambazac, au nord-est de Limoges (Haute-Vienne), chez ses parents, Anne Tagaud, 32 ans et Léonard Camusson, 35 ans, son époux, tous deux cultivateurs. Au moment de son arrestation, il habite au 63 rue Voltaire à Fresnes (Seine / Val-de-Marne).
La famille habite ensuite à Saint-Léger-la-Montagne canton de Laurière (entre Ambazac et Saint-Sulpice-Laurière). Selon sa fiche matricule militaire Marcelin Camusson mesure 1m 64 a les cheveux châtain et les yeux gris, le front moyen, le nez court et le visage ovale. Il travaille à Saint-Léger-la-Montagne comme cultivateur au moment du conseil de révision. Il sera par la suite cimentier, plâtrier, puis « fondeur spécialiste ». Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1916, Marcelin Camusson est mobilisé par anticipation d’un an (soit en avril 1915), comme tous les jeunes gens des classes successives depuis la déclaration de guerre.
Il est incorporé au 107ème Régiment d’infanterie le 10 avril 1915 et arrive au corps le même jour. Après l’instruction militaire, il participe aux combats avec son régiment (bataille de la Marne, Verdun, Champagne).
Le 16 novembre 1917, Marcelin Camusson fait partie du corps expéditionnaire français détaché en renfort après le désatre de Caporetto, où l’armée italienne, pays allié de la France, a été défaite par les troupes austro-hongroises. Le 26 octobre 1918 le 107ème RI participe à la contre offensive sur la Piave. 
Marcelin Camusson est cité à l’ordre du régiment le 23 novembre 1918 (o/j 786) : « a pris part le 27 octobre 1918 au passage de vive force du Piave et à la conquête de positions fortement organisées, s’y est fait remarquer par son courage ». 
Croix de guerre étoile de bronze
Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze.
Le 15 avril 1919, il est nommé caporal (ordre du régiment du 14 avril n° 820).
Le 12 septembre 1919, il est démobilisé au dépôt du 63ème régiment d’infanterie (affecté pour la réserve de l’armée active au 1er régiment de Zouaves), et « se retire » à Saint-Léger, « certificat de bonne conduite accordé ».
Le 2 octobre 1919, Marcelin Camusson est venu habiter en région parisienne, au 94, rue Bolivar, à Paris 19ème pour y trouver du travail.
Il se marie à Paris (4ème) le 6 décembre 1924 avec Germaine, Louise, Camille Martin, domestique. Elle est née en 1902 à Coulombiers (Sarthe). Le couple a un enfant, Robert, qui naît en 1927 à Antony (Seine / Hauts-de-Seine), où la famille va être alors domiciliée. Ils déménagent à Fresnes. Marcelin Camusson est candidat du Parti communiste aux élections municipales de 1929.
En 1937, le couple habite Fresnes au 63 rue Voltaire. Marcelin Camusson travaille alors comme ouvrier plâtrier. Il est militant communiste depuis 1936 et délégué syndical CGT.
Au recensement de population de 1937, il se déclare plâtrier travaillant en différents lieux, son épouse comme étant sans profession.
Marcelin Camusson est candidat du Parti communiste aux élections municipales de 1935. Puis est élu aux élections partielles des 27 juin et 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat (1).
"Front Rouge" du 19 juin 1937
Le « Front rouge » du 19 juin 1937, périodique du Parti communiste qui présente les candidats communistes « Des vieux habitants de Fresnes, des travailleurs honnêtes » le présente ainsi : « Marcelin Camusson. Plâtrier syndiqué, membre du Parti depuis 1936. Délégué syndical ».
Fête des écoles 1938
Il participe aux activités de la fête des écoles : on le voit sur cette photo de 1938. De gauche à droite : 3ème Georges Galbrun (ancien conseiller municipal de Fresnes, qui a remis la photo à Roger Pélissou), 4ème Elie Batôt (45205), 5ème Odette Soupion, 6ème Henri Soupion (46110), 7ème Marcelin Camusson, le poig gauche levé.
Le conseil municipal de Fresnes est suspendu par le décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale » (2).
Marcelin Camusson est déchu de son mandat le 9 février 1940, par le conseil de préfecture en application de la Loi du 21 janvier 1940 (3), comme 21 autres élus. 
Le 27 février 1940, Marcelin Camusson est mobilisé : mais il est alors classé « affecté spécial » sur son emploi de « fondeur spécialiste » à la société anonyme des établissements Panhard et Levassor.
Marcelin Camusson est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, avec douze autres membres du Conseil municipal déchu en 1940, et trois autres militants communistes de la commune, dans la grande rafle (4) organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. 210 élus, cadres du parti et de la CGT sont ainsi arrêtés. Sept anciens conseillers municipaux de Fresnes et trois autres de ses camarades Fresnois seront déportés avec lui vers Auschwitz le 6 juillet 1942, comme otages communistes.
Marcelin Camusson est emmené au Dépôt de la Préfecture puis interné, avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Marcelin Camusson on lit : « 44 ans. Ex conseiller municipal communiste de Fresnes. Propagandiste actif ».
Droit de visite : lettre collective au préfet de la Seine
Le camp est administré par le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’encontre des communistes. Pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé, les épouses, mères, fils et filles des détenus de Fresnes signent le 29 mars 1941, avec leurs noms et adresses (dont celui de Mme Conord et de leur fils) une lettre adressé au Préfet de la Seine : « Nous venons solliciter de votre haute bienveillance, l’autorisation de rendre visite à nos maris et pères, qui (sont) internés administrativement à Aincourt (Seine-et-Oise). Attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. Espérant que vous voudrez bien prendre notre requête en considération. Veuillez recevoir nos salutations empressées». La lettre, enregistrée le 3 avril, est barrée de la mention : Rep : impossible, à Mme Soupion qui portera cette décision à la connaissance des co-signataires. L’écriture de Mme Soupion étant parfaitement reconnaissable, c’est à elle que le chef de cabinet du Préfet charge le 11 avril le commissaire de la circonscription de Choisy-le-Roy « d’avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion, que le règlement intérieur du camp (ne permet pas) les visites au détenus ».
Le 6 septembre 1941, il est transféré au camp de Rouillé (5), au sein d’un groupe de 149 internés. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui de Marcelin Camusson Les dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941.
Le 9 février 1942, Marcelin Camusson fait partie d’un groupe de 52 internés communistes remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122). 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcelin Camusson est déporté depuis Compiègne à destination d’Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Marcein Camusson est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45326» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. La photographie anthropométrique correspondant à ce numéro d’immatriculation a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 1er novembre 1942. Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a établi des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz. Un arrêté ministériel du 6 octobre 1987, paru au Journal Officiel du 13 novembre 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Marcel Camusson. Cet acte reprend la date fictive.
24 août 1944
Le 24 août 1944 lors de la séance en Mairie qui consacre la « Libération de Fresnes et la reprise des pouvoirs par l’ancienne municipalité et Comité local de Libération », Maurice Catinat est désigné à l’unanimité comme président. Les membres du Comité local de Libération décident de céder leur place au conseil à leurs collègues internés et déportés au fur et à mesure de leur retour (décision conforme à l’esprit du gouvernement d’Alger). Marcelin Camusson est indiqué : interné et déporté en Allemagne.
Plaque commémorative dans le hall de la mairie
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, dans le cimetière, et sur la plaque commémorative dans le hall de la mairie de Fresnes : « Hommage du conseil municipal et de la population de Fresnes à leurs conseillers municipaux victimes de la barbarie Nazie. Le 11/11/1945 ».
Note 1 : Aux élections du 12 mai 1935 la liste d’Unité d’action antifasciste est élue. Maurice Catinat est désigné comme premier adjoint. Mais, le conseil de la préfecture annule l’élection du conseil le 26 juin 1935. « Maurice  Catinat conduisit alors à un succès total une liste de vingt-trois candidats communistes aux élections municipales partielles des 27 juin et 4 juillet 1937. Il remplaça Arthur Tellier dans les fonctions de maire. Solidaire du Parti communiste lors du Pacte germano-soviétique, Catinat fut envoyé en séjour surveillé le 19 décembre 1939 »  (Le Maitron, notice de Jean Maitron, et Claude Pennetier).
Note 2 : Le gouvernement Daladier promulgue un décret le 4 octobre 1939, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre précédent, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine et 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ».
Note 3 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 «Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
Note 4 : « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ». Rapport des Renseignements généraux du 7 octobre 1940.
Note 5 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles (site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé).

Sources
  • Plaquette-souvenir éditée par la municipalité de Fresnes.
  • Recherches menées en 1973 et 74 par Roger Pélissou, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui vint habiter Fresnes à la Libération.  Il a fait reproduire certaines photos de famille par la FNDIRP ©
  • Archives départementales de la Haute Vienne (Alain Dubreui, 7 décembre 2012).
  • Souvenirs de René Denizou, fils de Géry Denizou.
  • Témoignages de Maurice Catinat, arrêté le 5 octobre 1940, ancien maire et d’Auguste Monjauvis et Roger Pélissou.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Délibération du 24 août 1944, photocopie fournie par Maurice Catinat (21 avril 1993).
  • Photo de la fête des Ecoles 1938 : remise à Roger Pélissou (45957) par Georges Galbrun.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau. Collection André Montagne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • Registre matricule militaire
  • Historique du 107ème régiment d'infanterie (© Wikipédia).
Biographie rédigée en février 2007, mise à jour et installée en décembre 2012, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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