L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LACASSAGNE Gabriel, Jean


Matricule 45709 à Auschwitz

Gabriel Lacassagne, dit  «Lacass’» est né le 25 juillet 1920 au domicile de ses parents à Fontenay-sous-Bois (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils d’Antoinette Regaudie, 30 ans, sans profession et d’Antoine Lacassagne, 35 ans, livreur, son époux.
Au moment de son arrestation, Gabriel Lacassagne habite chez ses parents au 15 rue Dalayrac à Fontenay-sous-Bois.
Il est ajusteur, « au salaire horaire de 9 francs », aux Etablissements « Hervieu », rue de Rosny à Fontenay, dont les bâtiments étaient encore utilisés par les services municipaux en 2009.
Il est adhérent des Jeunesses communistes (du Parti communiste selon les RG). Marceau Lannoy, ancien déporté, le décrit comme "un grand garçon, boute-en-train".
Les halles Roublot à Fontenay
Pendant l’Occupation, « Membre des Jeunesses communistes, il commence avec ses amis par lancer des drapeaux tricolores dans les fils électriques, pavoiser de nuit sur le marché Roublot, distribuer des tracts dans les rues, coller de petits papillons sur les poteaux télégraphiques» (Marceau Lannoy). 
Le 1er mai 1941, Gabriel Lacassagne est arrêté, en même temps que son père Antoine (1), connu comme sympathisant communiste par les services de police, et que sa sœur Madeleine, par les inspecteurs «Bl… » et « Po… »  de la Brigade spéciale. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Ces arrestations font suite à une série «d’enquêtes et de surveillances effectuées dans la commune de Fontenay-sous-Bois» menées par les inspecteurs de la BS «à la suite d’une certaine recrudescence de la propagande communiste clandestine» et qui établissent qu’Antoine Lacassagne «bien connu dans son entourage pour les sympathies qu’il professait avant les hostilités en faveur du Parti communiste ; prenait une part active » à cette diffusion.
Scellés : lire le détail en note 2
Lors de la perquisition, les inspecteurs saisissent environ 200 tracts et deux brochures (2). Lors des interrogatoires, son père reconnaît avoir connaissance de la présence de ces tracts dans une armoire de la maison et sa sœur avoue les y avoir placés après qu’un inconnu les lui ait confiés.  Pour sa part, Gabriel Lacassagne nie toute participation à une activité de propagande, dit ne pas avoir connaissance de ces tracts et s’étonne que sa sœur ait pu les rapporter.
Inculpés par le commissaire principal André Cougoule (chef de service), d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdisant le Parti communiste), ils sont conduits tous les trois au Dépôt et mis à la disposition du procureur. Gabriel Lacassagne est incarcéré successivement à la Santé, le 2 mai 1941, puis à la Préfecture le 4 mai. Le vendredi 2 mai 1941 la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le relaxe ainsi que sa sœur, faute d’éléments suffisants, alors que son père est condamné à 6 mois d’emprisonnement.
Mais le 28 avril 1942, Gabriel Lacassagne est arrêté à son domicile, comme otage. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine, voir relaxés comme Gabriel Lacassagne. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Il est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. Il y reçoit le matricule 4003. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Lacassagne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Gabriel Lacassagne est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45709» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Birkenau, lorsque le convoi est scindé en deux, il fait partie des « 45000 » qui retournent à Auschwitz 1 en raison de leur qualification professionnelle. 
Kommando de la Forge
Il est affecté au Block 16 et au Kommando Schmiedere, (« la Forge»). Il y travaille avec Ferdinand Bigaré, Raymond Boudou, Eugène Charles, Marceau Lannoy, Jules Le Troadec et Victor Louarn. Selon Marceau Lannoy, il contracte le typhus.
Gabriel Lacassagne meurt le 15 mai 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 684). Ce certificat porte comme motif du décès : «Herzschwäche» (insuffisance cardiaque). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Il est homologué comme «Déporté politique» (la carte a été adressée à son père).
Plaque 15 rue Dalayrac
L’immeuble où il habitait porte une plaque honorant son nom. En 1974, la municipalité, dont le maire est alors le communiste Louis Bayeurte et dont le père est mort à Mauthausen, donne son nom à rue de Fontenay-sous-Bois. Gabriel Lacassagne est honoré sur la plaque des victimes civiles, au carrefour des Martyrs de la Résistance. Un arrêté ministériel du 6 mars 1992 paru au Journal Officiel du 16 avril 1992 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Gabriel Lacassagne.

  • Note 1 : Antoine Lacassagne est condamné à six mois de prison pour distribution de tracts par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes le 23 mai. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris ordonne le 17 septembre son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940.
  • Note 2 : sept scellés : 70 tracts imprimés intitulés « vive l’union de la nation française » ; 40 tracts imprimés intitulés : « Peuple de France » ; 28 tracts imprimés intitulés : « Le parti communiste avec la classe moyenne » ; 14 tracts imprimés intitulés « Lettre à un travailleur radical » ; 6 affichettes intitulées : « A bas la presse aux ordres du capitalisme » et « Mères, réclamons un peu de joie pour nos petits » ; 1 brochure « L’Urss est-elle vraiment la patrie des travailleurs ? » ; 1 brochure  «  L’histoire du Parti communiste ».
La plaque sur sa maison à Fontenay 
Sources
  • Photo transmise à Roger Arnould par Jacques Damiani, ancien résistant et déporté à Dachau, président de l'association des déportés du 94 (5 mars 1972).
  • Fiche d’état civil de Fontenay, adressé par Loïc Damiani (mars 2012).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), Procès verbaux des interrogatoires.
  • Témoignage de Marceau Lannoy : propos tenus par Gabriel Lacassagne lorsqu’ils étaient tous deux au Kommando « la Forge » à Auschwitz (enregistrement sur cassette recueilli par Claudine Cardon-Hamet).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo du 15 rue Dalayrac à Fontenay-sous-Bois : © Google Maps.
  • Photo de la plaque © Loïc Damiani, conseiller municipal de Fontenay -sous-Bois.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • Photo de Gabriel Lacassagne, © Musée de la Résistance Nationale, Champigny. Mes remerciements à Céline Heytens.
Biographie mise à jour et installée en novembre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: