L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEPRIESTER Gustave, Léon, Lucien


Gustave Depriester est né au 52 rue du Four à chaux le 7 janvier 1901 à Calais (Pas-de-Calais). 
Au moment de son arrestation, il habite au 100 rue d’Amsterdam (Paris 9ème).
Il est le fils d’Hélène, Rachel Normand et de Fortuné, Gustave Depriester son époux.
Il est employé de commerce, mention portée lors du Conseil de révision et habite alors au 96 rue Masséna à Arras. 
Il est incorporé au 8ème Régiment d'Infanterie le premier avril 1921. Sa fiche matricule militaire indique qu’il a les cheveux châtain, les yeux bleus et qu’il a un niveau d’instruction « de niveau 3 » (sait lire et écrire).
Il est réformé temporaire à deux reprises pour bronchite chronique et « rayé des contrôles » le 28 janvier 1922. Il sera alors affecté dans la réserve (chasseurs mitrailleurs puis dans l’infanterie en 1929). Le 26  décembre 1921, il habite 52 rue Méaulens à Arras. 
Gustave Depriester épouse Marthe, Juliette Isaert. Le couple a une fille, Sylvette qui naît le 13 octobre 1922 (elle est décédée le 24 octobre 2013). Le couple déménage au 2 rue du Larcin à Arras le 2 octobre 1923.
Le 27 février 1929, la famille habite au 57 rue Custine à Paris 18ème.
Gustave Deprieseter devient secrétaire de la section du Parti communiste du 18ème lorsque Louis Houard (1) part combattre comme volontaire en Espagne républicaine (en 1936 ou en 1937). 
Gustave Deprieseter se sépare de son épouse et il emménage en 1937 au 100 rue d’Amsterdam avec son amie Isabella Bureau, téléphoniste, militante communiste.
Gustave Depriester travaille comme secrétaire administratif au journal du Parti communiste "Ce Soir" jusqu'à l’interdiction de celui-ci le 26 août 1939.
Gustave Depriester est mobilisé le 3 septembre 1939 à la déclaration de guerre. Affecté au 5ème bataillon du 301ème Régiment d'Infanterie, il est classé dans les services auxiliaires le premier septembre 1939 et démobilisé en juillet 1940.
En juillet 1940, un triangle de direction clandestin fonctionne depuis plusieurs mois pour le 18ème. Il est composé de Spilers, Guilleminot et Maurice Rioux. Avec le retour de l’armée de plusieurs militants, le triangle est modifié et constitué de Laprade, Armand Skolnic (responsable à l’organisation) et Maurice Rioux (responsable agitation propagande) jusqu’au soir du 26 novembre 1940 où ils sont arrêtés (sur dénonciation pense-t-il).
Gustave Depriester est en novembre 1940, le responsable politique du quartier des « Grandes Carrières », au sein du triangle de direction clandestin qu’il forme avec  Maurice Rioux et Alex Le Bihan, qui lui succédera après son arrestation.
Gustave Depriester est arrêté le vendredi 29 novembre 1940, à 13 heures devant son immeuble, par les inspecteurs H. et G. de la Brigade spéciale des RG : lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux
En effet, lors de leurs filatures et de leurs surveillances, les inspecteurs avaient remarqué les visites fréquentes de plusieurs personnes au 52 rue du Ruisseau, où habitaient les époux Legendre (2) : un couple de militants communistes qu’ils soupçonnaient d’être les principaux organisateurs de l’activité communiste dans le 18ème. Au nombre de ces visiteurs se trouvaient Gustave Depriester, le docteur Israël W. (dont la BS savait qu’il avait été médecin au Centre médical CGT, 40 rue des Cloÿs Paris 18ème), et la bonne de celui-ci, Yvonne J.
Les inspecteurs les placent aussi sous surveillance et constatent que le médecin et sa bonne rendent séparément de fréquentes visites à Gustave Depriester («alors qu’il n’est pas malade» écrivent-t-ils dans leur PV), mais dont le passé d’ancien secrétaire de la section du Parti communiste du 18ème leur est connu. Ils décident de perquisitionner aux domiciles des trois suspects.  Chez Gustave Depriester, au « 6ème étage, fond du couloir », ils trouvent sur la table de nuit de la chambre un exemplaire de « La vie du Parti » d’octobre 1940, et un certain nombre de brochures antérieures à la dissolution du PC dans le salon.
En application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940, le Préfet de Paris Roger Langeron ordonne le 29 novembre l’internement administratif de Gustave Depriester. Celui est placé le 1er décembre au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Les "cages à poules" de Fontevraud
Le 4 décembre 1940, il est transféré à la Maison centrale de Fontevraud-l'Abbaye  (près de Saumur), avec une centaine d’internés d’Aincourt (cf. Fernand Devaux). Fontevraud est considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux (plusieurs de ses détenus en ont témoigné à la Libération : Fernand Alby, Gaston Bernard, Lucien Chapelain). En juin 1940, environ 80 militants communistes, emprisonnés à Poissy avant la débâcle, y ont été enfermés, comme Henri Asselineau (déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942).).
Le 20 janvier 1941, Gustave Depriester est transféré à la Maison centrale de Clairvaux (Aube). Lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux. Le 26 septembre 1941, dans un groupe de 52 internés de Clairvaux, il est transféré au centre de séjour surveillé de Rouillé (3), près de Poitiers.
On sait par sa nièce, Mme Maryse Lageyre-Depriester, qu'il écrit à cette période à une autre de ses nièces, née en 1934.
Le 9 février 1942, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes remis aux autorités allemandes à leur demande, et qui sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122). 37 d’entre eux seront déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942. A Compiègne, il reçoit le matricule « n° 3530 ».
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Depriester est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Le numéro d’immatriculation de Gustave Depriester lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro  « 45458 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Gustave Depriester meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 221). Ce certificat porte comme cause fictive du décès «Pleuritis». L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives. Gustave Depriester est déclaré « Mort pour la France » le 4 septembre 1947 et homologué « Déporté politique ».
Un arrêté ministériel du 19 février 1988 paru au Journal Officiel du 27 mars  1988, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Gustave Depriester.
  • Note 1 : Houard Louis : « Né le 16 octobre 1911 à Paris (18ème), secrétaire de la section communiste du 18ème, membre de l’Union syndicale des travailleurs de la Métallurgie, membre du bureau de la Région Paris-ville, Louis Houard partit comme volontaire en Espagne républicaine et fut commissaire politique de la 13e Brigade internationale. Il fut tué à Romanillos le 25 juillet 1937 (front de Brunete) ». Le Maitron.
  • Note 2 : André Legendre est candidat du Parti communiste aux élections législatives de 1932 dans le 18ème arrondissement de Paris (Grandes-Carrières). Le Maitron.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Etat civil d’Arras, 1994. Registre matricule militaire (2015)
  • Photo transmise par sa nièce en janvier 2015 , Mme Maryse Lageyre-Depriester, que je remercie vivement.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Dossier prison de Clairvaux.
  • Témoignages de Maurice Rioux (6 mars 1981) et d’Alex Le Bihan (janvier 1991), qui avaient milité avec lui dans le 18ème.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • Liste établie à partir des Livres des morts d’Auschwitz (archives des ACVG). Mention de la main de René Petitjean concernant Gustave Depriester à Rouillé.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie installée en novembre 2012 (mise à jour en janvier 2015) à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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