L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


WAJSBROT, Abraham ou Abram, Arthur




46312

Abraham Wajbrot est né le 18 novembre 1887 à Checzny (Pologne). Emigré en France, il y conserve la nationalité polonaise. Il est domicilié au 3 Cité Jandelle (au niveau du 55 rue de Rebeval), à Paris 19ème au moment de son arrestation. Il est commerçant.  
Il est arrêté vraisemblablement pour "activités politiques", dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables». 
Ceux-ci sont rassemblés à la prison des Tourelles et emmenés le jour même au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt.
Etant polonais, Abraham Wajbrot reste interné le 13 novembre 1940 à la caserne des Tourelles (1) dans le quartier des « indésirables » ici comme étranger). Il y est « chef de chambrée », au moins jusqu’au 14 août 1941. 

Le camp de Drancy
Puis Abraham Wajbrot est interné au camp de Drancy avec le matricule « 9325 ». On sait en effet qu’à partir du 26 août 1941, 4232 Juifs sont internés à Drancy à la suite de rafles ordonnées par le Préfet de la Seine, Pierre Charles Magny. Il est vraisemblable que les Juifs du camp des Tourelles aient été transférés à Drancy lors de cette opération. Le camp de la Cité de la Muette de Drancy devient une plaque tournante de la déportation des Juifs de France.
Abraham Wajbrot est transféré le 29 avril 1942 au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) : il fait partie du transfert de 784 Juifs de Drancy vers Compiègne. 751 d’entre eux sont déportés le 5 juin 1942 à Auschwitz, et quelques autres, dont  Abraham Wajbrot, sont déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Abraham Wajbrot est déporté comme otage juif à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Entrée de Birkenau
Abraham Wajbrot est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46312» selon la liste incomplète, par matricule du convoi, établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Abraham Wajbrot meurt à Auschwitz le 3 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1293 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 27 décembre 2001, paru au Journal Officiel du 1er mars 2002. 
Note 1 : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun»). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Ce « Centre de séjour surveillé » fonctionne dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d'eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l'étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C'est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s'ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.

Sources
  • © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste N°3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Photo du camp de Drancy, Bundesarchiv.
Biographie mise à jour et installée en octobre 2012 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association « Mémoire vive » par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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