L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VARLET Alfred, Germain



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Alfred Varlet est né le 30 mai 1923 au Pré Saint-Gervais (Seine-St-Denis). Il est le fils de Victorine Huguet et d’Henri Varlet.
Il habite chez ses parents au 51 rue de l'Ourcq à Paris (19ème) au moment de son arrestation.
Il travaille chez un opticien, au salaire horaire de 4 francs 50.
Alfred Varlet est membre des Jeunesses communistes clandestines depuis juillet 1940. Il a été contacté par Auguste Gacher. Il distribue à plusieurs reprises des tracts ronéotés qu’il reçoit par paquets de 60 ou 65 et colle des papillons gommés qu’il reçoit par paquets de cent.
Il est arrêté le 22 octobre 1940 pour activité communiste.
En effet, la recrudescence d’inscriptions à la craie, collage de papillons gommés et diffusions de tracts dans le 19ème arrondissement a alerté les services de la Préfecture, malgré l’arrestation d’Auguste Gacher, qu’ils considèrent comme l’instigateur de cette propagande.
Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes du 19ème par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Les rapports de police ne font état d’aucune dénonciation précédant les arrestations, contrairement à ce qu’a pu écrire Mario Ripa à son retour de déportation.
Le 23 octobre 1940,  les inspecteurs de la BS procèdent par groupes de deux (« R. et M. », « T. et C. », « H. et R. »), à des perquisitions aux domiciles de 8 personnes : Maurice François, 18 ans, Paul Millet, 44 ans, Roger Mercier, 17 ans, Marcel Mercier, 18 ans, Georges Durand, 18 ans, Alfred Varlet, 19 ans, Henri Varlet 20 ans, Mario Ripa, 24 ans et son frère. Ils sont tous arrêtés et interrogés dans le cadre de l’« Affaire François, Ripa, Varlet, Mercier, Millet, Durand ».
Le domicile de la famille Varlet est perquisitionné le 23 octobre 1940.
Lors de son interrogatoire, Alfred Varlet qui reconnaît avoir collé des papillons et distribué des tracts, dit qu’il ne connaissait pas le contenu des tracts qu’il distribuait « étant analphabète ». Il reconnaît comme son frère avoir participé deux mois auparavant à une réunion organisée un soir place de Bitche par Gacher, avec quatre autres jeunes.
La « visite domiciliaire effectuée au domicile des frères Ripa, des frères Varlet, des frères Mercier et de François n’a donné aucun résultat » (2), note le commissaire principal André Cougoule.
C’est donc au cours des fouilles à corps où les enquêteurs trouvent quelques tracts et des interrogatoires et confrontations que la police conclut que « ces individus ont reconnu, ou avoir diffusé des tracts clandestins d’inspiration communiste, ou collé des papillons gommés de même origine ou fait à la craie des inscriptions de même nature ».
Inculpé par le commissaire André Cougoule d’infractions aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est conduit au dépôt de la maison d’arrêt de Fresnes le 24 octobre sur mandat du juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine André Trouillard.
A l’issue du procès qui a lieu le 21 décembre 1940 à la 15ème chambre, en présence de son père légalement responsable, Alfred Varlet est relaxé « en raison de son jeune âge » et remis à sa famille. Son frère aîné est condamné à 6 mois de prison, qu’il effectue à la Santé.
Il est de nouveau arrêté à son lieu de travail, comme son frère, le 28 avril 1942. 
Ce jour là une rafle est effectuée par l’Occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette « politique des otages », les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice puis libérés soit à l’expiration de leur peine soit après leur interrogatoire. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Les deux frères sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir l’article du blog : «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alfred Varlet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Entrée du camp d'Auschwitz
Alfred Varlet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46175» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Alfred Varlet  meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1272). Il vient d’avoir 19 ans.
Il faut souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 mai 2001 paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001).
Alfred Varlet  est homologué comme « Déporté politique ».

  • Note 1 : Mais au domicile de Paul Millet sont saisies des brochures et une arme à feu. Le commissaire principal écrit à la 1ère section des Renseignement généraux et au chef des autorités allemandes, que Paul Millet possède une arme à feu « un 6,35 à barillet, non chargé en bon état de fonctionnement ».
Sources
  • Témoignage de Mario Ripa, rescapé du convoi.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Différents procès verbaux d’interrogatoires et mandats de dépôt des frères Varlet le 23 octobre 1940 : Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie rédigée en 2008, installée en octobre 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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