L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PLATTEAUT Marcel, Roger



Marcel Platteaut vers 1938
Matricule 45992 à Auschwitz

Marcel Platteaut est né le mardi 28 février 1911 à Condé-Sainte-Libiaire (Seine-et-Marne) près de la Chapelle-sur-Crécy où habitent ses parents. Il est le fils de Rosalie, Véronique, Pauline Laborde, 21 ans, blanchisseuse, et de Léon, Jules Platteaut, 29 ans, cocher-jardinier. Marcel Platteaut est l’ainé de quatre enfants.


Marcel Platteaut en  1937
Au moment de son arrestation, il habite au 91 bis rue d’Aguesseau à Boulogne Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine) .

Du 10 juin au 5 novembre 1928, il est manœuvre chez M. Rateau (entreprise de maçonnerie), au 56 rue des volontaires à Paris 15ème

A bord de l'Ernest Renan
Le 28 novembre 1928, Marcel Platteaut s’engage pour cinq ans dans la Marine nationale (matricule 5.380 C-28) (1). Il a successivement comme port de rattachement : Lorient, Toulon, Bastia, Casablanca, Halifax (Canada), les îles des Açores, Tanger, Tunis, Bizerte, Carthage, Mers-el-Kébir, Zarzis (Tunisie), Oran, Mogador, Mazagan (Maroc), Sfax, Saïgon, Tientsin (aujourd'hui Tianjin), Colombo (île de Ceylan), Djibouti, Rabat, Lisbonne, Saint-Nazaire.
Il navigue sur le croiseur cuirassé « Ernest Renan » (du 1 janvier 1929 au 1 juillet 1929). A ses débuts, il est matelot breveté canonnier (« Mousse » ou « Mataf »). Il embarque ensuite sur la frégate « Primauguet » (du 1 juillet 1929 au 14 janvier 1930), sur le torpilleur « Mars » (du 14 janvier 1930 au 4 décembre 1930),  puis sur l’aviso « Suippe » (du 4 décembre 1930 au 25 juillet 1931). Il est nommé au grade de quartier maître de deuxième classe canonnier (« crabe ») le 1er juillet 1931. 

Du 25 juillet 1931 au 1 septembre 1931, il est à terre à la base navale de Toulon à l’EMC (Ecole des Mécaniciens, Chauffeurs, Scaphandriers).
Il embarque sur le croiseur léger « Duguay-Trouin » du 1 septembre 1931 au 20 mai 1932, puis sur le transport d’hydravion « Commandant Teste » du 20 mai 1932 au 26 novembre 1933. Il retourne à la vie civile le 23 novembre 1933.
Le 26 octobre 1933 à la mairie du 15ème, Marcel Platteaut épouse en première noce Marie Félicie Hainaut, née le 26 août 1908 à Gosnay (Nord). Il habite alors au 29 rue de Saint-Cloud à Boulogne-Billancourt.
Le 30 novembre 1933, il est embauché comme chocolatier chez M. Lemaire, chocolatier belge au 6 rue des Pâtures à Paris 16ème. Il déménage au 131 rue de Billancourt à Billancourt.

Le 10 mai 1935, il est embauché comme caoutchoutier aux usines Renault de Boulogne-Billancourt (atelier 28). Il habite alors au 121 rue de Silly à Boulogne-Billancourt.


Le 2 juin 1937, il est embauché à la Compagnie du Métropolitain de Paris (matricule 14252, FEM) comme «Garde Métropolitain» auxiliaire, agent de la CMP (Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris). Le 2 août 1937 il est « garde stagiaire », rattachement Porte de Saint-Cloud. Le 7 septembre, il est « garde automotrice », rattachement Pont de Saint-Cloud. Il est en instance de divorce dans cette période : celui-ci est prononcé le 23 décembre 1937 par la 18ème chambre du tribunal civil de la Seine. Il est nommé « garde commissionné » de 3ème classe le 1er juillet 1938.


Mariage avec Ida 12/11/1938
Le 12 novembre 1938, Marcel Platteaut épouse en secondes noces Ida Génard, née le 13 juillet 1908 à Fontenelle (Aisne), domiciliée au 131 rue de Billancourt à Boulogne, où le couple va  habiter.

Marcel Platteaut est membre du Parti communiste avant la dissolution de 1939 (selon sa sœur Paulette).
Il est mobilisé au "Havre Naval", comme réserviste quartier-maître cannonnier, le 2 septembre 1939. Le 16 septembre 1939, il embarque sur le «Pessac», patrouilleur auxiliaire 23 de l’Escadre de la Mer du Nord et participe aux opérations navales franco-britanniques de l’hiver 1939-1940 en mer du Nord. Le 1er novembre 1939, il est nommé second maître canonnier avec citation. Le 12 août 1940, son bâtiment est à proximité des côtes anglaises, dont le port de Liverpool. « La nouvelle de l’Armistice, du 25 juin 1940 le laisse atterré » (1). Marcel Platteaut est démobilisé le 16 août 1940. 
« Et puisqu’il ne peut combattre en uniforme, il continuera la lutte par tous les moyens ».
Il reprend son travail de garde à la STCRP le 1er octobre 1940, comme garde de 2ème classe.
Selon  sa sœur, qui reprend les termes des certificats pour homologation d’après guerre, il mène des actions contre l’Occupant : « sabotage des voies ferrées, distribution de tracts, propagande anti-allemande ». Selon sa sœur il est membre du comité de libération du Métropolitain, appartenant au « groupe Danton » (du nom de guerre de René Pajon l’un de ses deux chefs directs) : « Il avait sous ses ordres un groupe de 10 hommes » (déclaration du chef du groupe FFI du Métro, le commandant Bouton, dit « La Bruyère ».

La lettre qu’il adresse à sa sœur Paulette le 2 janvier 1942 exprime son état d’esprit et son engagement.
« Si l’équipe de Paulette a son message, pour lequel  je la remercie, je t’envoie le mien pour 1942. Nous souhaitons à tous les Français, et en particulier à nos familles : paix dans l’honneur ; liberté dans une France libre et heureuse ; travail dans la libération contre l’esclavage ; fraternité de tous les Français, quelles que soient leurs opinions ou leur croyances ; et l’extermination de tous les traîtres, d’où qu’ils viennent et où qu’ils se trouvent.
Vois-tu, ma chère sœur, ton message est heureux pour des jeunes filles qui n’ont pas encore eu à subir tous les sacrifices. Le mien est plus long et plus sévère, mais, ajouté au tien, ces deux messages sont en tous points français, le tien pour les jeunes et le mien pour les adultes qui s’occupent  en ce moment de libérer la France. Mes vœux sont : santé, joie et bonheur pour vous».
Marcel Platteaut est arrêté le 28 avril 1942 « par la Gestapo » écrit sa sœur. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police ce qui est sans doute le cas de Marcel Platteaut. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). 

Le 28 avril 1942, Marcel Platteaut est interné au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne (Oise).  


Lettre de suspension de la CMP
Le 4 mai 1942, le service du mouvement de la CMP envoie une lettre recommandée à son domicile pour lui annoncer sa suspension, en date du 28 avril 1942. Le motif de cette suspension, conforme au règlement intérieur de la CMP vaut néanmoins d’être cité si l’on prend en compte qu’il est alors interné à Compiègne : « en raison de votre absence sans autorisation depuis le 28 avril 1942, je vous avise qu’à partir  de cette date vous êtes suspendu de vos fonctions (…) ».

Lettre de Compiègne du 6 juin 1942
Dans une lettre adressée le 9 juin 1942 à sa sœur depuis le camp de Compiègne il écrit : «Notre martyr est plus supportable par notre esprit de fraternité, à moins que le soir on en choisisse 5 ou 6, comme cela se présente souvent. Mais rien ne m’ébranlera ; vous pouvez être fiers de moi et avoir la tête haute. Toute la famille ne doit rien craindre ; aucun reproche ne doit lui être adressé. Courage, Patience et Force : on les aura tous. C’est nous qui les garderons dans les barbelés».
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Son épouse multiple les démarches, notamment auprès de l'assistante sociale de la mairie de Boulogne, qui essaie d'obtenir des secours de la CMP.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Platteaut est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Platteaut est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Marcel Platteaut entre à l’infirmerie de Birkenau le 1er janvier 1943. 
Il meurt à Birkenau le 12 février 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 940 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
En 1945 et 1946, son épouse Ida entreprend des recherches auprès du ministère des Anciens combattants et Victimes de Guerre.
Marcel Platteaut est homologué « Déporté politique » (n° 110123843). Il n’est  déclaré « Mort pour la France » que le 11 juillet 1963.
L’arrêté ministériel du 13 mars 1995 apposant la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 26 avril, porte la mention « décédé en décembre 1942 à Birkenau (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995.  Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz .


Cérémonie le 11 novembre 1995 (in"La Marne")
Son nom est inscrit depuis 1995 sur le monument aux morts de la commune de La Chapelle-sur-Crécy où Paulette et Marcel Platteaut ont été élevés. Une cérémonie en son honneur a eu lieu en présence de sa famille et des corps constitués le 11 novembre 1995 (2).
Ses camarades de la CGT interviennent auprès de la RATP en 1946, pour connaître les circonstances de son arrestation. 
Une plaque honore sa mémoire de Résistant du Métro à la station « La Chapelle ».
  • Note 1 : Il mesure 1m 65 et porte un tatouage au bras gauche (un cœur percé d’un poignard).
  • Note 2 : Article paru dans « La Marne » du 16 novembre 1995, transmis par Paulette Platteaut
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Paulette Platteaut le 4 septembre 1995. Elle m’a transmis également de nombreux et précieux documents.
  • Archives définitives de la RATP, Maison de la RATP, dossier personnel de Marcel Platteaut. Remerciements à Mme Laurence Loy et Mr. Thiriau.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l’Infirmerie de Birkenau entre le 1er novembre 1942 et le 28 mars 1943.
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz, Registre des décédés (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie mise à jour et modifiée en avril 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association « Mémoire vive » par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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