L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MERCIER Roger, Charles


Mandat de dépôt pour la maison d'arrêt de Fresnes
Roger Mercier est né le 12 novembre 1923 à Reims (Marne). Il est le fils de Victorine Rosse et d’Eugène Mercier. Il habite chez ses parents au 26 rue Alphonse Karr à Paris (19ème) au moment de son arrestation.
Il est célibataire et apprenti lithographe.  
Sans travail dans l’imprimerie depuis juin 1940, il travaille comme manœuvre, emballeur. 
Il est membre d’un groupe de jeunes qui, sous la responsabilité de Camille Bouvinet et de Ventura, diffuse de la propagande communiste (témoignage de Camille Bouvinet (1). Le 22 octobre 1940, il colle des papillons gommés avec ses camarades.
La recrudescence d’inscriptions à la craie, d’affiches et de diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement alerte les services de la Préfecture de police, malgré l’arrestation d’Auguste Gacher, qu’ils considèrent comme l’instigateur de cette propagande.
Des enquêtes et filatures sont donc effectuées dans les milieux communistes du 19ème par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux ( Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux ). Les rapports de police ne font état d’aucune dénonciation ayant précédé les arrestations, contrairement à ce qu’a cru Mario Ripa (lettre de Mario Ripa à son retour de déportation).
Le 23 octobre 1940,  les inspecteurs de la BS procèdent par groupes de deux (« R. et M. », « T. et C. », « H. et R. »), à des perquisitions aux domiciles de 8 personnes : Maurice François, 18 ans, Paul Millet, 44 ans, Roger Mercier, 17 ans, Marcel Mercier, 18 ans, Georges Durand, 18 ans, Alfred Varlet, 19 ans, Henri Varlet 20 ans, Mario Ripa, 24 ans et son frère. 
Ils sont tous arrêtés et interrogés dans le cadre de l’« Affaire François, Ripa, Varlet, Mercier, Millet, Durand ».
Les inspecteurs trouvent sur Roger « une lettre au dos de laquelle sont inscrites au crayon des instructions reçues par lui de la part du nommé Gacher » (PV de saisie). Son frère Marcel « est trouvé porteur d’une liste de souscription de la Jeunesse communiste et de huit tracts ronéotypés ou imprimés d’inspiration communiste ».
La « visite domiciliaire effectuée au domicile des frères Ripa, des frères Varlet, des frères Mercier et de François n’a donné aucun résultat »(2), note le commissaire principal André Cougoule.
C’est donc au cours des fouilles à corps où les enquêteurs trouvent quelques tracts et des interrogatoires et confrontations que la police conclut que « ces individus ont reconnu, ou d’avoir diffusé des tracts clandestins d’inspiration communiste, ou collé des papillons gommés de même origine ou fait à la craie des inscriptions de même nature ». Lors de son interrogatoire, Roger Mercier reconnaît avoir fait à la craie des inscriptions sur les murs, les trottoirs et la chaussée, à l’instigation d’Auguste Gacher, inscriptions dont les modèles lui ont été donnés par celui-ci et qu’il a recopiés au dos de la lettre retrouvée sur lui. Il nie toute autre activité, « je n’ai jamais distribué de tracts ou collé de papillons » (PV d’interrogatoire).
Inculpé par le commissaire André Cougoule d’infractions aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, Roger Mercier est conduit au dépôt de la maison d’arrêt de Fresnes le 24 octobre, sur mandat du juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine.
A l’issue du procès qui a lieu le 21 décembre 1940 à la 15ème chambre, en présence de son père, légalement responsable, Roger Mercier est condamné à 6 mois de prison avec sursis et relaxé « en raison de son jeune âge ». Il est remis à sa famille. Son frère Marcel (3), également condamné à 6 mois de prison avec sursis, est interné au camp d’Aincourt, avec Mario Ripa et Georges Durand.
Roger Mercier est de nouveau arrêté, le 28 avril 1942 par des policiers allemands assistés de policier français.
Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. 
Lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Tampon du Frontstalag 122
Roger Mercier est interné le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122. A Compiègne il reçoit le matricule "4118".
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Mercier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "46252 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Roger Mercier meurt à Auschwitz, le 17 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 801).
Il n’a pas encore 19 ans.
Roger Mercier est homologué comme « Déporté politique ». Une plaque commémorative a été apposée sur son domicile.
La mention Mort en déportation est inscrite sur son acte de décès (arrêté du 15 juin 1995 paru au Journal Officiel du 28 juillet 1995). Cet arrêté corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne, mais  mentionne toujours une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soit les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Une plaque honore sa mémoire rue Alphonse Karr.
  • Note 1 : Camille Bouvinet, né en 1907, est cantonnier à la Ville de Paris. Militant communiste, il dirige les groupes communistes dans le 19ème arrondissement. Il est arrêté les 19 et 21 novembre 1941 et condamné à 15 mois de prison.
  • Note 2 : Mais au domicile de Paul Millet sont saisies des brochures et une arme à feu. Le commissaire principal écrit à la 1ère section des Renseignement généraux et au chef des autorités allemandes, que Paul Millet possède une arme à feu « un 6,35 à barillet, non chargé en bon état de fonctionnement ».
  • Note 3 : Selon Mario Ripa, Marcel Mercier serait mort avant la Libération. Cependant, je n’ai pas trouvé d’élément confirmant cette affirmation (décès au camp d’Aincourt, listes de déportés ou de fusillés).
Sources
  • Témoignage de Mario Ripa, rescapé du convoi.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Différents procès verbaux d’interrogatoires et mandats de dépôt des frères Varlet le 23 octobre 1940 : Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), Archives de la Préfecture de police de Paris. Le nom du magistrat a été occulté.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photo de la plaque commémorative @ Gérard Pellois in Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
Biographie rédigée en 2008, installée en septembre 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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