L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DAUDIN Maurice, Marcel, Michel



Maurice Daudin est né le 14 juin 1906 à Anetz (Loire-Atlantique).Il est le fils d’Anne et Pierre Daudin. Il  habite au 107 boulevard de l'Hôpital à Paris (13ème) au moment de son arrestation.
Il est marié avec Jeanne et père d'une toute petite fille, Jeanine (il se déclare sans enfant lors de son interrogatoire par la BS des Renseignements généraux (1) le 24 juillet 1941).
Maurice Daudin travaille à la SNCF comme homme d'équipe à la gare d'Austerlitz, secteur Sud-Ouest (matricule SNCF « 40.635 »). Il est syndiqué à la CGT.
Il est appelé au centre de recrutement de Tours en 1926, et il effectue 18 mois de service militaire au 1er régiment d’infanterie colonial.
A la mobilisation générale de 1939, il est affecté spécial SNCF, au salaire mensuel de 1400 F.
Il est arrêté le 23 juillet 1941 par la BS des Renseignements généraux « pour distribution de tracts communistes parmi le personnel employé et ouvrier de la gare ». Des tracts sont trouvés sur lui. Lors de son interrogatoire (daté du 24 juillet), il nie toute activité politique : « Je n’ai jamais appartenu au Parti communiste, jamais milité pour ce parti. Je n’ai jamais appartenu à d’autres organisations que les associations syndicales. J’ai remis spontanément lors de mon interpellation un lot de tracts que j’avais trouvé la nuit dernière sur la voie du chemin de fer. Je ne les ai même pas lus, les ayant mis dans ma poche comme tels. Je n’avais aucunement l’intention de les diffuser. J’ai également déposé deux carnets de souscription pour des familles d’emprisonnés (…) Je les ai achetés à des agents du train ». Il refuse en outre catégoriquement de corroborer des informations émanant soit disant de son collègue cheminot Amiel, arrêté le 21 juillet. La consigne donnée par le Parti communiste clandestin est de tout nier.
La 14ème chambre correctionnelle de Paris le condamne le 24 juillet 1941 à 8 mois de prison. Il est emprisonné à la Santé le 25 juillet, puis écroué à Fresnes le 8 août 1941. Après sa levée d’écrou, le Préfet de police de Paris, François Bard ordonne (le 26 mars 1942) son internement administratif au Centre de Séjour surveillé de Voves.
Le 16 avril 1942, à 5 h 50, un groupe de 60 militants dont Maurice Daudin fait partie, « détenus par les Renseignements généraux », est transféré de la permanence du dépôt au camp de Voves (Eure et Loir), convoyés par les gendarmes de la 61ème brigade. 

Le camp de Voves
Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé n° 15.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Commandement militaire en France.
Maurice Daudin figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Le directeur du camp fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Maurice Daudin est transféré au camp allemand de Compiègne le 10 mai 1942 (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Daudin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro «45426 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date du décès de Maurice Daudin à Auschwitz. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 22 octobre 2007, paru au Journal Officiel du 8 novembre 2007. Cet arrêté porte la mention décédé le 10 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le 10 juillet à Fresnes (Seine). 
Il est déclaré « Mort pour la France ».
Maurice Daudin est homologué comme « Déporté résistant » en 1959 grâce aux nombreuses démarche de sa veuve, Mme Jeanne Gachet.
Son nom est inscrit sur la plaque de la Bourse du travail, rue du Château d'Eau : «A la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France - Lorsqu'on ne tuera plus ils seront bien vengés et ce sera justice » Paul Eluard.
Note 1 : La Brigade spéciale des Renseignements généraux remonte à la « Drôle de guerre », en mars 1940, quand la lutte anti-communiste était d’autant plus à l’ordre du jour que le PCF était interdit. La structure ne fut réactivée pleinement qu’à l’été 1941 pour répondre à l’engagement des communistes dans la lutte armée. En théorie elle était rattachée à la Première section des RG, en charge de la surveillance de l’extrême gauche. Dans les faits, elle était sur un pied d’égalité (…). Si toutes les forces de police furent mobilisées peu ou prou dans ce que (le directeur de la police municipale) Hennequin appela une « lutte à mort », c’est la Brigade spéciale des RG qui joua un rôle central (…). En janvier 1942, elle fut même dédoublée, la BS2 étant plus spécialement chargée de la « lutte anti-terroriste ». (Denis Peschanski, « La confrontation radicale. Résistants communistes parisiens vs Brigades spéciales »), oai:hal.archives-ouvertes.fr:hal-00363336).

Sources
  • Dossier "statut" des archives aux ACVG du Val de Fontenay et au BAVCC à Caen (relevés André Montagne, Claudine et Pierre Cardon), juin 1992.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Photo de l'entrée du camp de Voves, amicale Voves-Rouillé-Châteaubriant
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com.
Biographie installée en septembre 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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