L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TIL Edouard, Jean


Matricule "46147" à Auschwitz

Edouard Til est né le 5 décembre 1887 à Paris (XXème). Il habite au 17 rue du Rû Grand, aujourd'hui rue Edouard Til. Il est le fils de Jeanne Magnaudet, 20 ans, journalière et de Victor Til, 22 ans, polisseur, habitant au 78 boulevard de Belleville. 
Sportif, il pratique la boxe dans le même club que son frère cadet Paul (1).
Il  épouse Désirée, Marcelle, Cordier le 2 septembre 1911 à Arcueil-Cachan (Seine / Val de Marne). 
Le couple a trois enfants : Jeanne, qui nait en 1912, Georges, né en 1914, et Albert, né en 1922 (ce dernier meurt à l’âge de dix ans).
Edouard Til est orfèvre de formation, puis travaille aux Halles, puis comme manœuvre spécialisé aux Forges de Vitry, et enfin comme ajusteur.
Ancien combattant de la 1ère guerre mondiale, il est décoré de la Croix de guerre avec palme.
Sur le perron de la Mairie aux côtés de Charles Rigaud 
Militant communiste, il est élu conseiller municipal de Vitry en mai 1935, et devient l'est adjoint du maire,  Charles Rigaud.
Il s'inscrit à la Défense passive : il reçoit une affectation comme chef du 2ème secteur de Vitry, le 27 janvier 1939. Il est doté d’un masque à gaz. Dans les écoles « chaque élève est pourvu, comme tous les Vitriots, d'un masque à gaz. Des essais d'utilisation sont effectués rue Montébello, dans un local de l'ancien dispensaire. Un peu partout dans Vitry des abris en tranchées sont établis pour compléter les caves des immeubles jugées assez solides » (société d’histoire de Vitry).
Trois semaines après la déclaration de guerre, le Parti communiste est dissous, le  26 septembre 1939. Edouard Til est déchu de son mandat municipal « pour appartenance au Parti communiste ». Il est relevé de ses fonctions de chef du 2ème secteur de la Défense passive par le secrétariat permanent en date du 19 octobre 1939 : il rend sa lettre d’affectation, sa carte de service et son ordre de réquisition le  20 octobre 1939. Il continue à militer au parti communiste clandestin.
Au moment de son arrestation, Edouard Til est employé aux établissements Lemoine à Ivry (fonderies, matériels automobiles, puis d’armement en 1939 et ensuite fabrication d’essieux agraires en 1940).  
Edouard Til est arrêté le 26 juin 1941 à 7 h du matin, à son domicile par le commissaire de police d'Ivry pour « distribution de tracts » le même jour qu'un autre conseiller municipal, M. Lagaisse, dont la fiche a été « réactualisée » par le commissariat de police de Vitry, le 28 mai 1941. 
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Edouard Til : « Meneur particulièrement actif ».
Ces arrestations suivent celles de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française en application du décret-loi du 18 novembre 1939 : « individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique ». D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des ennemis actifs du Reich.
Incarcéré au fort de Romainville, lieu de détention allemande, Edouard Til est transféré le lendemain au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Edouard Til est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Edouard Til est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46247» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Edouard Til  meurt à Auschwitz le 18 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1246).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 mars 2000 paru au Journal Officiel du 23 juin 2000). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé en décembre 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le  1er janvier 1948, Edourad Til est homologué comme sergent au titre de la Résistance intérieure française (8188). Il est déclaré « Déporté politique ». 
La rue du Rû Grand où il habitait à Vitry, porte désormais son nom. Un arrêt du bus 132 porte également son nom.
  • Note 1 : Paul Til est né le 6 novembre 1891. Dans les années qui précèdent la guerre 1914 il est un boxeur poids plume connu (il a gagné 9 combats, dont 2 par K.O., et en a perdu 13 dont 3 par K.O.).  
Sources
  • © Archives en ligne de Paris XXème
  • Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942. Classeur Ausch. 1/19, liste N°3, Bureau des archives des victimes des conflits contemporains BAVCC, Ministère de la Défense, Caen).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin 1992.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 42, page 219, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Homologation RIF / MRN Champigny 
  • Carte de la Défense passive
  • Brochure en Mairie
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  •  © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie installée en août 2012, complétée en 2016  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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