L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROSSIGNOL, ERNEST, FREDERIC



Matricule "46071" à Auschwitz

Ernest Rossignol est né le 25 décembre 1910 aux Essarts-le-Vicomte (arrondissement de Champernay, Marne). Il habite au 50 boulevard Gambetta à Issy-les-Moulineaux, puis 26 allée Hoch au moment de son arrestation. 
Il est marié avec Anne-Marie Sefrin. Le couple a deux enfants (Marie-Jeanne qui naît en 1929 et Guy qui naît en 1931).
Ernest Rossignol est ajusteur-rectifieur à l’usine SECMA (Gnome-et-Rhône de moteurs d’avions) du boulevard Kellermann à Paris).
Le 3 mai 1941, il est arrêté à son domicile par la police française, « pris comme communiste, alors qu'il était syndicaliste CGT » (témoignage d'Anne-Marie Rossignol, sa veuve), le même jour qu'onze autres militants. 

Le 4 mai, inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdisant le Parti communiste), il est écroué à la maison d’arrêt de la Santé. Le 28 avril 1941 il est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes. Le 10 mai 1941, il est condamné à 10 mois de prison par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine. Il fait appel de la sentence. Le 28 juillet, sa peine est réduite à 6 mois par la cour d’appel de Paris.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement  administratif, en application de la loi du 3 septembre 1940 (1). Maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris, Ernest Rossignol est transféré au camp de "séjour surveillé"de Rouillé (2) le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).  
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (2) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne. Le nom d’Ernest Rossignol (n°161) y figure.
Lettre jetée du train
C’est avec un groupe d’environ 160 internés (3) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Lettre jetée du train
La veille du départ du convoi pour Auschwitz, il prépare une lettre pour son épouse, qu’il lancera depuis le wagon. Le texte de cette  lettre a été publiée par "Le Patriote Résistant " de mars 1972.
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ernest Rossignol est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46071 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Ernest Rossignol meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1026).  Cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp. 
D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les Blocks d’infirmerie. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in "Triangles rouges à Auschwitz". 
Témoignage de Maurice Martin
Son camarade Maurice Martin de Gentilly a signé une attestation selon laquelle il est mort à Auschwitz, indiquant le mois de décembre 1942 comme date de décès. Ceux qui eurent ainsi à signer de telles attestations  étaient bien souvent incapable de fournir une date exacte.
Toutefois, Anne-Marie Rossignol aura-t-elle su que son mari était mort quelques mois après sa déportation.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, et une plaque en Mairie d'Issy-les-Moulineaux rappelle son souvenir.
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 14 septembre 1998 paru au Journal Officiel du 2 décembre 1998). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée basée sur le témoignage de Maurice Martin : « décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). 
Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français : Les dates de décès des "45000" à AuschwitzSon nom et celui de trois autres "45.000" est honoré sur le monument aux morts de la commune.
Stèle à Issy : Camille Delbès, Paul Dumont, 
Louis Lacour, Ernest Rossignol. 
Quatre "45000" sont honorés
Il y manque Marcel Burel.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés. 
Sources
  • Photos de sa dernière lettre, écrite la veille du départ et lancée du train. La plupart de ces lettres ont été ramassées par des cheminots et postées ou acheminées par eux.
  • Photo d'avant-guerre communiquée par son épouse.
  • Lettre de Mme Anne-Marie Rossignol, sa veuve (1989).
  • Correspondance avec M. L. Moreau, archiviste municipal.
  • Archives de la Préfecture de Police, cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42 N° 161.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet www. Mortsdanslescamps.com
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet, complétée en août 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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