L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PLATIAU Raoul


Raoul Platiau est né le 8 octobre 1917 à Paris 13ème. Il habite au 27 avenue Jean Jaurès à Suresnes (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est chauffeur-livreur. Il est marié. Le couple a un fils, Claude Platiau, né le 4 mai 1935
Militant communiste, il est arrêté le 2 octobre 1940 (BAVCC) ou le 5 (d’après la Préfecture de Police de la Seine), à Puteaux, par la police française, après une distribution de tracts sur le marché des Cités-Jardins de Suresnes (avec Emile Bouchacourt, René Jodon et Clément Pellerin). Il est interné à la Santé début octobre. Il est condamné à 6 mois de prison par la 12ème chambre correctionnelle le 14 janvier 1941. Il fait appel de la condamnation. Le 28 mars 1941, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, Camille Marchand, le fait interner à Clairvaux (lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux) en application du décret du 18 novembre 1939 (1).
Le 6 avril, Raoul Platiau est ramené à la Santé avec Emile Bouchacourt, Boucherie et René Jodon pour le jugement en appel. Les peines sont confirmées. 
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Raoul Platiau, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 5 octobre 1940 pour distribution de tracts et condamné à 6 mois de prison par la 12ème chambre, le 14 janvier

 1941». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Raoul Platiau demeure 4 mois et demi à la Santé au lieu d’être ramené à Clairvaux, car le camp est saturé. Il est alors transféré en septembre 1941 au camp de Gaillon, où il est enregistré avec le numéro 53.740. Le 18 février 1942, le nom de Raoul Platiau (ainsi que ceux deux autres suresnois, Emile Bouchacourt et René Jodon) figure sur une liste de militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti (2).
Voves (  ©  VRID)
Le 4 mai 1942, Raoul Platiau est transféré avec ses deux camarades suresnois  au camp français de Voves, où il ne reste que deux semaines. Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande.
­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Raoul Platiau arrive avec ses camarades, Emile Bouchacourt et René Jodon, à Compiègne le 21 mai 1942.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raoul Platiau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "46256 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Raoul Platiau meurt à Birkenau le 5 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 940).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : Décédé le 1er septembre 1942 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Il est homologué "Déporté politique".
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941.
  • Note 2 : Le 18 février 1942, dans un pli confidentiel adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris, l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure». Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur.
Sources

  • Mairie de Suresnes, 15 septembre 1988.
  • Témoignages : Emile Bouchacourt, rescapé « 45000 » de Suresnes, Mme Buchaille, sœur de René Jodon, 5 avril 1992
  • Internés au camp de Gaillon, Archives de la préfecture de police, BA 2374.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC)
  • Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande communiste clandestine ».
  • Archives de la Police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
Biographie installée en août 2012 (complétée en juin 2016), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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