L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MENIELLE Roger, Henri


Roger Ménielle (1) est né le 12 juin 1921 à Paris 12ème. Il habite à Créteil, au 81 grande rue (Seine  / Val- de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Lucienne Préau et de Maurice Ménielle, mariés à Paris 12ème le 26 février 1921. Ses parents sont des ouvriers très pauvres, écrit René Besse.
Roger Ménielle est marinier. Sportif, il fait de la boxe et se distingue au niveau régional.
Il est membre des Jeunesses communistes. Fin septembre 1940, Paul Hervy ancien secrétaire des Jeunesses communistes de Créteil fait le tour des anciens adhérents : ils se retrouvent à six « à vouloir continuer (…), poursuivre l’action désormais clandestine » (René Besse).
Outre Paul Hervy, il y a là René Besse, Guy Camus, Raymond Le Bihan, Georges Mapataud et Roger Ménielle (ils seront tous déportés avec lui à Auschwitz), Marguerite Camus et Raymond Labadie (déporté au Struthoff). Ils vont manifester par tracts et affiches leur opposition à l'occupation. Les tracts sont tapés par Marguerite Camus et imprimés sur la ronéo cachée dans le pavillon chez le cousin de René Besse, Jean Vial, dit « Julot ». Raymond Labadie écrit en 2010 « les jeunes Résistants ne se méfient pas assez et diffusent leurs tracts à dates et heures fixes, au risque d’être arrêtés, comme Georges Mapataud qui sera déporté ».
Roger Ménielle est arrêté le 10 octobre 1940 avec Georges Mapataud pour « propagande communiste ». Emmené à la gendarmerie de Créteil, il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute), et il est écroué le 13 octobre à la Maison d’arrêt de la Santé. 
Le lendemain, comme Georges Mapataud, la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine le condamne à six mois de prison. Roger Ménielle est transféré à Fresnes le 26 octobre.
Ayant moins de 20 ans, il est libéré à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, sans être placé dans un camp d’internement.
Il est arrêté une deuxième fois le 28 avril 1942 : ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Roger Ménielle est  interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
L’hypothèse d’une arrestation le 28 avril 1942 est d’ailleurs étayée par le fait qu’il ne figure pas dans la liste de recensement en décembre 1941 des jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922 et aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV - 198).
A Compiègne, il donne des exhibitions de boxe selon le témoignage de plusieurs rescapés de son convoi. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Ménielle est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "45868 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Roger Ménielle est affecté à Birkenau. Henri Peiffer raconte qu'il fait des combats de boxe au début de sa détention à Birkenau.
René Besse qui est au camp principal, entendra parler de ces combats lors de la quarantaine au Block 11. Roger Mènielle « alors qu’il était déjà très affaibli, se portait volontaire pour des combats de boxe, au risque de se faire « démolir »  contre des Kapos ou des chefs de Block, dont les forces physiques étaient bien mieux conservés. L’enjeu était de gagner des boules de pain, partagées ensuite avec les copains… ». Pour René Besse et ses camarades, il s’est sacrifié en toute lucidité « ces combats inégaux ont fini de le tuer, en novembre ou décembre 1942. Mais grâce à ses boules de pain, il avait contribué à prolonger quelques vies ».
On ignore la date précise de sa mort à Birkenau. Deux versions des circonstances de sa mort ont été avancées : Henri Peiffer écrit qu’il se jette sur les barbelés, dénude sa poitrine et crie à la sentinelle du mirador : " Tire, salaud ".
D’après Pierre Monjault, il aurait été pris dans une sélection pour la chambre à gaz (sa fiche aux ACVG indique d’ailleurs qu’il fut gazé fin novembre 1942). Pierre Monjault écrit «  Nos camarades sont embarqués dans les camions qui les emmenaient vers les chambres à gaz : Nous souffrions de les voir partir. Quand il y avait des Français, nous les entendions chanter "La Marseillaise". Nous nous mettions au garde-à-vous avec un grand respect et un sentiment douloureux dans le cœur. Un jour, il y avait Ménielle et d'autres d'entre nous ».
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 27 avril 1993, paru au Journal Officiel du 10 juin 1993, avec la mention « décédé en novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Son nom et celui de son père sont inscrits sur le monument aux morts de Créteil, avenue Maréchal Delattre de Tassigny.
Son père, Maurice Ménielle, né le 14 novembre 1892 à Paris 7ème est déporté le 24 janvier 1943 vers le camp de Sachsenhausen (n° 58973). Il est transféré à Dachau. Après Dachau, il est transféré dans les Kommandos de Schönebeck, Aschersleben et finalement Langenstein où il meurt le 16 mars 1945. 
  • Note 1 : Son nom a été orthographié « Méniel » au BAVCC à Caen, d’où la reprise de cette orthographe dans mes 3 livres. Roger Arnould l’avait également utilisée à partir des témoignages de rescapés. 
Sources 
  • Témoignages de Pierre Monjault, Henri Peiffer et René Besse, recueillis par Roger Arnould le 18 avril 1982.
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Préface de Marie-Jo Chombart de Lauwe Les Ardents éd. 2009.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  •  © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne de Paris
  • Dossier individuel consulté par Arnaud Boulligny (FMD Caen).
  • Dessin camion vers la chambre à gaz © 1945, Franz Reisz, Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie installée en août 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: