L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEHMANN Lucien, Léopold


Matricule "46293" à Auschwitz

Lucien Lehmann est né le 16 juillet 1895 à Sedan (Ardennes). Il habite avenue de la Marne à Cabourg (Calvados) au moment de son arrestation.
"Lucien a été mobilisé en 1914. Très myope, il a passé la guerre à Paris en travaillant dans l’approvisionnement et comme adjoint d’officiers supérieurs. Il avait quitté Sedan dès le début de la guerre, pour marcher jusque dans les environs de Rethel, d’où un train l’a conduit à Paris. Il a été sans nouvelle de ses parents pendant quatre ans. C’est d’ailleurs à Paris qu’il a rencontré Simone" (Julien Morissette, son arrière petit-fils).

Il est marié avec Simone Ach, père de deux filles (Geneviève et Francine : elles ont 20 et 16 ans au moment de son arrestation). 
Le couple qui habitait Sedan, est venu s'installer dans la région Caennaise peu avant guerre. Lucien Lehmann a trouvé du travail comme employé de bureau à Cabourg. 
M. Julien Morissette écrit : " Mon arrière-grand-père Lucien était homme d’affaires, avec des activités dans la métallurgie et le recyclage de métaux. Mon arrière-grand-mère Simone était femme au foyer, ce qui était la norme à cette époque pour les familles pouvant se le permettre. Lucien et Simone avaient acquis une maison de vacances en Normandie avec prise de possession à l’automne 1939. Lors de la déclaration de guerre, ils prirent la décision d’y déménager leurs filles, ce qui fut fait peu après. Ils restèrent à Sedan jusqu’à l’attaque allemande en mai 1940, moment auquel ils partirent aussi pour la Normandie. Les parents de Lucien avaient vécu sous l’occupation allemande pendant quatre ans pendant la première guerre mondiale. Mes arrière-grands-parents craignaient d’être en première ligne d’une nouvelle invasion s’ils restaient à Sedan. L’histoire leur a donné raison".
En 1939, certains des biens de l’entreprise familiale ont été réquisitionnés, mais selon son arrière petit-fils, Lucien lui-même n’a pas été mobilisé.
Extraits d'une lettre de Simone Lehmann
à André Montagne.
Montage photo de 2 pages
Dans une des lettres de sa veuve à André Montagne (rescapé de Caen) elle décrit son mari : "de taille moyenne, il portait obligatoirement des lunettes étant très myope". Il était, se souvient-elle, beaucoup avec le Docteur Pecker, déporté dans le même convoi.
Lucien Lehmann, figurant comme Juif sur une liste d'arrestations demandées par la Kommandantur, est arrêté par la police française, le 1er mai 1942 (document ci-après).
Montage photo : liste de Juifs désignés par Feldkommandantur 723 pour être arrêtés
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire dans le blog : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).

Lucien Lehmann est amené à la gendarmerie de Dives-sur-Mer, puis est remis aux autorités allemandes à leur demande. Le 4 mai 1942, il fait partie du groupe de détenus conduits à la gare de marchandise de Caen pour être transféré à Compiègne en vue de leur déportation comme otages. Ils arrivent le 5 mai, en soirée au camp de Royallieu à Compiègne,  Lucien Lehmann y est enregistré sous le matricule 5293.
Lire les deux articles du blog présentant les circonstances de leur déportation : «Les otages juifs du convoi» et Liste des déportés juifs du convoi
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Lehmann est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46293" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Le camp de Birkenau
Lucien Lehman meurt à Auschwitz le 10 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 706).
Selon le témoignage d'un rescapé, il semble que les déportés Juifs sont séparés des autres déportés du convoi dès leur arrivée et transférés à Birkenau (excepté David Badache).
La mention « Mort en déportation » est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 mai 1994 paru au Journal Officiel du 21 juin 1994). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : « décédé le 15 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Après la libération, son épouse a cherché à recueillir des témoignages auprès des rescapés du convoi. Revenue habiter chez son beau-père à Sedan au début 1946, elle a pris contact avec David Badache, Pierre Lelogeais et André Montagne. Ses demandes font preuve d'une grande délicatesse.
Tous trois on témoigné que Lucien Lehmann était mort très tôt.
Témoignage d'André Montagne. Octobre 1945
Ci-contre le témoignage manuscrit d’André Montagne, caennais rescapé du camp d’Auschwitz et d’autres camps de concentration, envoyé en octobre 1945 à Madame Simone Lehmann sur le décès de son mari survenu selon lui « entre le 10 et le 15 juillet 1942 » au camp d’Auschwitz, « à la suite des mauvais traitements que lui ont infligé les nazis » afin qu’elle puisse obtenir un certificat officiel de décès.

Sources

  • 3 lettres de Simone Lehmann à André Montagne (entre le 6 octobre 45 et le 8 septembre 47) et une à la sœur de celui-ci.
  • Témoignages de David Badache et Pierre Lelogeais.
  • Blog : ardennetiensferme.over-blog.com/article-20421877.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Courriels de son arrière petit-fils, Julien Morissette, juin et décembre 2016, janvier 2017.
Biographie rédigée en janvier 2001 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé),. à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association "Mémoire Vive". Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: