L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECOMTE Pierre, Roger



Pierre Lecomte est né le 28 mars 1906 à Moyenmoutier (Vosges). Il habite Clichy (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est marié, exerce la profession de monteur.
Il est arrêté le 25 octobre 1940 à Clichy par la police française pour propagande et détention de tracts communistes
Il est condamné le 28 octobre 1940 par la 12ème chambre du Tribunal Correctionnel de la Seine à 6 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Il effectue sa peine d'emprisonnement à la Maison centrale de Poissy. 
Aincourt
A la date d'expiration normale de sa peine de prison, le Préfet le fait interner admnistrativement le 19 avril 1941 - en application du décret du 18 novembre 1939 -au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val-d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.

Voves
Pierre Lecomte est ensuite transféré au camp de Voves. Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Pierre Lecomte figure sur la première liste. Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation. La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises.
Pierre Lecomte est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 10 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Entrée du camp d'Auschwitz
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Lecomte est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. On ignore également la date de décès de Pierre Lecomte à Auschwitz.  Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a fixé la date de son décès au 15 août, vraisemblablement sur la base d’une déclaration de René Petitjean, seul rescapé de Clichy.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts, place de la République (aujourd’hui place François Mitterrand) à Clichy.

Sources

  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • Journal officiel 23 mars 1994 page 4416
  • Archives de Clichy (92).
  • Archives de la Préfecture de police. Fiche individuelle Poissy-Aincourt BA 2374.
  • Camp d'Aincourt.  Photo in «Aincourt, le camp oublié» de Roger Colombier paru aux éditions Le Temps des Cerises.
  • Camp de Voves
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association «Mémoire vive» et la municipalité de Gennevilliers.
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