L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOURDAIN, Esprit, Henri


Esprit Jourdain, le 8 juillet 1942
Matricule "45694" à Auschwitz


Esprit Jourdain est né à Concarneau, le 23 octobre 1913 et habite place Malakoff au moment de son arrestation. Il est le fils de Victoria Le Dars, 35 ans, ménagère et de son mari, Joseph Jourdain, 35 ans, ouvrier boitier. Il est manœuvre sertisseur à l’usine de conserves Provost-Barbe à Concarneau.
Conscrit de la classe 1936, Esprit Jourdain est recensé sous le matricule 997 à Quimper.
Esprit Jourdain adhère aux Jeunesses communistes en 1936 ou en 1937, puis rejoint le PCF en septembre ou octobre 1939. Il prend part à la restructuration de ce dernier et fait partie du premier groupe armé de l’OS (Organisation spéciale).
Arrêté probablement avec Victor Louarn le 11 juin 1941, Esprit Jourdain est déferré devant le parquet de Quimper avec Victor Louarn et deux autres suspects, le 12 juin 1941 pour diffusion de tracts et propagande communiste (infraction au décret du 26/9/1939).
Il est emprisonné à Quimper puis remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, probablement le 30 avril 1942, en vue de sa déportation comme otage. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Esprit Jourdain est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Esprit Jourdain immatriculé à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45694" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Le camp de Birkenau
Esprit Jourdain meurt d'épuisement à Birkenau, selon le témoigne de Victor Louarn qui l’a vu, la veille de sa mort, en février 1943, au Revier (l’infirmerie) grâce à André Seigneur qui y était infirmier.
Son nom ne figure pas dans les « Registres des morts d’Auschwitz » qui, pour cette période, comporte une lacune entre le 8 et le 16 février 1943. Il serait donc décédé entre ces deux dates.
La brochure « Concarneau sous l’occupation» mentionne son nom. 
En septembre 1945, le conseil municipal de Concarneau donne son nom à une rue de la ville, ainsi que ceux de huit autres résistants. Au cimetière de Concarneau, sur la tombe de son père figure une plaque "à la mémoire de Esprit Jourdain, mort à Auschwitz, 1942 ».

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources

  • Témoignage de Victor Louarn.
  • Archives municipales de Concarneau
  • Recherches de Michel Gueguen, historien (courrier 1993)
  • Brochure : « Concarneau sous l’occupation, 1985 ».
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve (N° 21488 / 8387), qui en réfère aux témoignages de deux rescapés Charles Lelandais (45774) et Eugène Beaudouin 45207
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Biographie rédigée en juillet 2001 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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