L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HERVY Paul, Charles

45662
Paul Hervy est né le 25 mars 1915 à Paris (11ème). Il est le fils de Marie Guilloux et de Charles  Hervy.
Il habite au 72 avenue de Versailles à Créteil (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation. Son père meurt pendant la Première guerre mondiale.
Paul Hervy travaille comme manœuvre.
Il est secrétaire des Jeunesses communistes de Créteil avant la guerre. René Besse, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui l’a bien connu pendant cette période raconte que les JC « se réunissaient souvent au café « le poisson rouge » le bien nommé, avant leurs affrontements avec les héritiers des « Camelots du Roy » de « l’Action Française ».
Paul Hervy est arrêté le 30 mai 1940 (selon sa mère) pour distribution de tracts. Le 1er juin 1940 est alors inculpé de propagande communiste et se retrouve en détention préventive à la Maison d’arrêt de Fresnes le 3 juin. Il en est élargi le 26 juin, lorsque les Allemands occupent Fresnes (1).
Fin septembre 1940, Paul Hervy fait alors le tour des anciens adhérents de la Jeunesse communiste de Créteil : ils se retrouvent à six « à vouloir continuer (…), poursuivre l’action désormais clandestine » (René Besse).
Outre René Besse, il y a là Guy Camus, Raymond Le Bihan, Georges Mapataud et Roger Mènielle (ils seront tous déportés avec lui à Auschwitz), Marguerite Camus et Raymond Labadie (déporté au Struthoff). Ils vont manifester par tracts et affiches leur opposition à l'occupation. Les tracts sont tapés par Marguerite Camus et imprimés sur la ronéo cachée dans le pavillon en face du sien, chez le cousin de René Besse, Jean Vial, dit « Julot ».
René Besse et Paul Hervy transportent chacun à vélo 2000 tracts du Parti communiste jusqu’à l’hôpital d’Avon (près de Fontainebleau).
Dans la nuit du 27 au 28 octobre 1940, Paul Hervy et René Besse effectuent à vélo un collage de papillons gommés  (René Besse a remplacé son cousin « Julot », lequel s’étant aperçu qu’il avait été filé, avait réussi à s’échapper et avait quitté Créteil). 
Deux gendarmes les prennent en chasse rue de Brie, vers quatre heures du matin. René Besse parvient à s’échapper, mais pas son camarade, dont la chaine de vélo a sauté. 
La gendarmerie de Créteil. X.Dr

Paul Hervy est arrêté le 28 octobre et emmené à la gendarmerie de Créteil où il est interrogé brutalement. Pensant que René Besse a réussi à échapper à ses poursuivants et a quitté Créteil, il finit par dire le nom de celui qui l'accompagnait. 
Mais René Besse s’est rendu à son travail le lendemain, et il est arrêté à 10 heures du matin à l’imprimerie Serge Beaune par des gendarmes français et emmené à la gendarmerie de Créteil où il retrouve Paul Hervy, en sang, le visage tuméfié. 
Ils sont tous deux transférés au commissariat de Saint-Maur,  inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Paul Hervy est emmené à la prison de la Santé le 30 octobre et écroué le 1er novembre 1940. Le 18 novembre, il est condamné par la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine à 13 mois de prison correspondant à son inculpation de juin. Le 9 janvier 1941, il comparait à nouveau devant le tribunal (10ème  chambre) qui aggrave sa peine et le condamne à 8 mois supplémentaires pour sa première inculpation du 30 mai 1940. Le 5 avril 1941, il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes. Sa deuxième peine d’emprisonnement est confirmée en appel le 28 mai.
Lorsqu’intervient la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement au Camp de séjour surveillé d’Aincourt par un arrêté en date du 5 février 1942 - en application du décret du 18 novembre 1939 (2). Il est interné à Aincourt du 9 février à la fin avril 1942. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.
Le 4 mai 1942, Paul Hervy est transféré au CSS de Voves (Vienne) où il est interné le 5 mai. Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans a envoyé au Préfet d’Eure-et-Loir à Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Paul Hervy figure sur la première liste. Le 10 mai, le directeur du camp fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’effectue à 10 h 30 à la gare de Voves.  « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux » (rapport du directeur du camp). Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Paul Hervy arrive le 10 mai 1942 avec ses camarades au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés de Voves, 87 seront déportés à Auschwitz.
A Compiègne, Paul Hervy reçoit le matricule "5701". Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Paul Hervy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Paul Hervy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45662». Ce numéro est désormais certain. Ayant dû reconstituer la liste du convoi, je lui ai attribué ce numéro, compte tenu de l’ordre des 4 listes alphabétiques, et j'avais maintenu cette hypothèse car le visage sur la photo d’immatriculation du déporté ayant ce numéro était jeune et porteur de lunettes - manifestement à fort grossissement -, ce qui était précisément le cas de Paul Hervy d’après le témoignage de René Besse. Depuis, une recherche au BAVCC effectuée à ma demande par M. Arnaud Boulligny a confirmé ce numéro : la photo d'immatriculation a été rendue comme beaucoup d'autres aux familles, et sa mère a cité le matricule au moment de la constitution du dossier de demande du titre de "déporté politique".
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Un soir vers 18 heures, c’est la dernière fois que René Besse voit son camarade Paul Hervy : porteur de lunettes, celles-ci lui ont été enlevées à la désinfection. « Il n’y voit rien et n’arrive pas à reprendre sa place exacte au moment de l’appel. Il tourne en rond. Un SS arrive par derrière et lui assène un grand coup de crosse sur la nuque. Il est laissé sur le sol ». René Besse ne l’a plus revu.
Paul Hervy meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 446). Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas eu connaissance de ces registres, fixe la date de son décès au 15 septembre 1942 sur la base de témoignages de compagnons de déportation.
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 4 novembre 1993 paru au Journal Officiel du 4 janvier 1994). Cet arrêté a repris la date fictive de l’état civil français. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Paul Hervy est homologué « Déporté politique » le 2 septembre1963.
Le 25 juin 1947, le conseil municipal de Créteil décide de baptiser le square «situé rue de Paris portera le nom de Paul Hervy jeune Cristolien également mort en déportation». (AM Délibération du conseil municipal D1/28). Il est inauguré le 28 septembre 1947 par le Docteur Casalis, Maire de Créteil.
Note 1 : Dès leur entrée dans Paris, les Allemands occupent une partie de la prison de Fresnes, qui va désormais comprendre deux quartiers : allemand et français. Et pour ce faire, ils libèrent des détenus politiques : « Entre le 17 juin et le 9 juillet 1940, 320 hommes et 93 femmes (principalement des communistes) sont libérés de Fresnes » (Patrice Périllat, professeur agrégé d’histoire, in Colloque « La prison sous Vichy », à Agen, les 14 et 15 février 2002).
Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. L'internement administratif est décidé par arrêté du préfet. Il est purgé par placement forcé dans un « camp d'hébergement ».
L’ordonnance du MBF du 19 septembre 1941 élargit la désignation des otages à « tous les Français de sexe masculin qui se trouvent placés sous mandat d’arrêt quel qu’il soit, pour activité communiste ou anarchiste" pour le compte des services français ». Leur libération n’est possible qu’avec l’accord du MBF, « même si la raison qui a déterminé l’arrestation de la part des autorités françaises disparaît » (Saint-Germain, 26 septembre 1941, CDJC XLV-28). Les critères politiques de ce choix sont définis de façon précise par le "Code des otages", daté du 28 septembre 1941, s'agissant des communistes et des anarchistes en vue de leur exécution.
Les autorités françaises, et pour Paris les préfets de police successifs, ont quasi systématiquement fait procéder à l’internement administratif des communistes libérables après avoir purgé leurs peines d’emprisonnement. Voir dans le blog : Le rôle de la police française dans la désignation des otages 

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  •  « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Préface de Marie-Jo Chombart de Lauwe, Les Ardents éd. 2009.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, tome 31, page 340, CD-Rom édition 1997, notice de Claude Pennetier.
  • Archives départementales du Val-de-Marne, dossiers individuels des détenus, libérés par l'autorité allemande, juin 1940.
  • Archives municipales de Créteil / Délibération du conseil municipal D1/26, fiche biographique établie pour l’inauguration du square.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • PDF « CreteilSeRaconte ».
  •   © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Dossier individuel consulté par Arnaud Boulligny (FMD Caen).
  •  Photo du wagon utilisé pour le transport des déportés, © FMD.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie installée en août 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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