L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUILLOU Alexandre, Joseph


Matricule "45645" à Auschwitz

Alexandre Guillou est né le 13 novembre 1898 à Bannalec (Finistère).
Il habite au 69 rue Montaigne à Bonneuil-sur-Marne (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Salaün et d’Yves Guillou, cultivateur.
Conscrit de la classe 1917, Alexandre Guillou signe un engagement volontaire de 3 ans dans les équipages de la Flotte, à la mairie de Brest le 16 décembre1916.
Le registre matricule militaire (créé en 1920) d’Alexandre Guillou indique qu’il est domicilié à Bannalec au moment de la rédaction de la fiche. Il est indiqué cultivateur comme profession, puis chauffeur. Il mesure 1m 68, a les cheveux châtain, les yeux gris-bleus, le nez moyen et le visage large. Il arrive au 2ème dépôt des équipages de la Flotte à Brest le même jour. Il est « apprenti marin » le 7 décembre 1916.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 8 décembre 1920 et « se retire » à Bannalec. Il a effectué 5 mois et 19 jours de service « à terre » et de 31 mois et 15 jours « en mer ». Fin décembre il rejoint la région parisienne et habite à Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise) au 22 rue de Paris.
« Guillou s’était marié le 9 janvier 1926 à Boissy-Saint-Léger (Seine-et-Oise) avec une originaire de Corse, ouvrière raffineuse chez Say (Paris XIIIe arr.) et avait un fils vérificateur au Printemps » (Le Maitron). En février 1930, le couple déménage au 20 rue de Paris à Boissy-Saint-Léger.
Puis ils emménagent à Bonneuil-sur-Marne. « Alexandre Guillou fut élu conseiller municipal communiste de Bonneuil-sur-Marne le 12 mai 1935, en 15ème position (sur 16) de la liste dirigée par Henri Arles et fut délégué titulaire aux élections sénatoriales en 1938 » (Le Maitron). Henri Arlès rejoindra les maquis durant l’occupation et sera réélu maire jusqu’en 1971.
En 1936 Alexandre Guillou est mécanicien aux Etablissements Darras et Jouannin de Neuilly-sur-Seine.
Il entre à la STCRP, au métro, toujours comme mécanicien, en 1939.
Alexandre Guillou est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale. mobilisé le 3 septembre 1939 au 215ème régiment régional de Versailles, qui devient le Cataillon de défense pasqsive de Seine-et-Oise. 
Il est déchu de son mandat le 9 février 1940 par le conseil de préfecture avec sept autres élus de Bonneuil en vertu de la loi du 21 janvier 1940 (1).
Après sa démobilisation, Alexandre Guillou est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine (élus, cadres du Parti et de la CGT). Il est interné le 6 octobre avec ses camarades, au camp de «Séjour surveillé» d’Aincourt, en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt). Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement. Pour Alexandre Guillou on lit : « Ancien conseiller municipal. Agent très actif de la propagande clandestine. Dangereux ».
Le 11 février 1942, il fait partie d’un groupe de 21 internés (2) qui est transféré d’Aincourt au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Repas fraternel
A Compiègne, Il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, on trouve sa signature, au bas du menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, à côté de 33 autres signatures, dont celles de plusieurs "45000" (3).
Pour comprendre la politique de l’occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alexandre Guillou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auschwitz, Immatricule lé 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45645».  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Sa photo d’immatriculation a été identifiée par René Besse lors de la réunion organisée par l'Amicale d'Auschwitz le 10 avril 1948. 
Alexandre Guillou meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 409).
L'entrée d'Auschwitz I
René Besse, rescapé qui l’avait connu avant guerre a raconté le départ de son  camarade pour l’infirmerie du camp, le « Revier ». « Jusqu'en 1943, personne n’était soigné et ne ressortait vivant de l’infirmerie. (…) Des camarades allaient malgré tout au Revier car ils ne supportaient plus leur condition et espéraient un miracle ou, pire encore, cherchaient à en finir plus vite ». René Besse voit ainsi partir au Revier ses camarades Camus et Guillou en octobre ou novembre 1942, dit-il. Il ne les reverra plus. « Alexandre Guillou est parti au Revier avec une grosse fièvre, en portant autour de lui et sur moi un regard indéfinissable. Celui d'un homme qui se sait perdu. Des yeux vides, comme s’il était déjà passé de l'autre côté (…). Pour moi, avant, c’étaient des « vieux », des militants chevronnés que j’admirais».
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 mai 1994 paru au Journal Officiel du 21 juin 1994). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé en novembre 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date exacte portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Une rue de Bonneuil-sur-Marne porte son nom qui est inscrit sur le monument aux morts de la commune. Son camarade René Besse habitera dans la rue Alexandre Guillou après guerre.

  • Note 1 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 « Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
  • Note 2 : La liste est datée du 11 février 1942. Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger. Petitjean.
  • Note 3 : Le menu dit de Gabriel Torralba : Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris XXème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles deux bordelais, Eustache (45522 de Pessac), Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
Sources
  •         Témoignages de René Besse, rescapé du convoi.  
  •     Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 31, page 129.
  •          Biographie par Eugène Kerbaul.
  •          Liste des 21 internés d’Aincourt remis à la disposition des autorités d’occupation le 11 février 1942 (Archives de la Préfecture de Police, BA 2374 / C 331 / 7).
  •       Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  •          © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  •         © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Registres matricules militaires du Finistère
  • Biographie installée en août 2012, complétée en février 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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