L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CARDIN Etienne, Aimable, Jules


Matricule "45329" à Auschwitz


Etienne Cardin est né le 12 janvier 1893 à Auvers (Manche) au village de la Godillerie, au domicile de ses parents.
Il habite au 13 rue Montoir Poisonnerie à Caen (Calvados), au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Augustine, Victoire Yvetot, 34 ans, ménagère et d’Etienne, Louis Cardin, 35 ans, journalier, son époux.
Au moment du conseil de révision, Etienne Cardin  habite La Cambe (canton d’Isigny). Il travaille comme forgeron-ajusteur. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 75, a les cheveux châtain, les yeux bleus clair, le front moyen et le nez cave.
Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1913, Il est affecté au 2ème Dépôt des équipages de la flotte à compter du 2 novembre 1913.
Il est nommé matelot de 1ère classe-mécanicien le 1er novembre 1918.
Etienne Cardin épouse Yvonne, Désirée Chagny le 3 juin 1918, à Caen. Le couple aura trois enfants.
Mis en congé de démobilisation le 1er septembre 1919, il se retire au 37 rue du Jougarel à Caen.Le 6 novembre 1919, il habite Bretteville-sur-Odon, commune limitrophe de Caen.
En avril 1921, il travaille aux ateliers des chemins de fer de l’Etat (ancienne compagnie de l’Ouest) comme ajusteur. Il est à ce titre classé comme « Affecté spécial » dans la réserve militaire en cas de mobilisation. Il en est rayé en 1924 par changement de domicile et réaffecté au 1er Dépôt des équipages de la flotte… Puis à nouveau classé « AS ». En novembre 1924 il habite à Ryes à 5 km de Bayeux.
En mai 1932, il habite au 71 rue Saint-Pierre à Caen.
Devenu veuf, il se remarie avec Jeanne, Henriette, Marie, le 6 octobre 1933 à Caen.
Le couple habite au 132 rue d’Auge à Caen en juillet 1936.
Militant communiste actif, Etienne Cardin est très lié à Marguerite Buffard, secrétaire régionale du Parti communiste qui deviendra responsable FTP dans le Jura et à laquelle Paul Langevin rendit hommage.
Etienne Cardin est secrétaire général du syndicat des Métaux CGT de Caen (André Montagne « 45912 » rescapé, dont le père était trésorier de ce même syndicat l’a souvent rencontré à la Maison du peuple). Il est également conseiller aux prud'hommes.
Lettre de juin 1941.
Le 22 juin 1941 il est arrêté une première fois. Emprisonné à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (appelée également prison Beaulieu), il est libéré au début décembre, peut-être en raison de son état de santé (cf sa lettre de juin 1941). 
Cette arrestation a vraisemblablement eu lieu dans le cadre de la grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
Libéré, il n'en est pas moins désormais fiché par la préfecture du Calvados, qui trouvera dans ce fichier les futurs otages réclamés ultérieurement par l'Occupant.
Il rend visite - accompagné de sa fille - à l'épouse d'un des deux militants fusillés le 9 décembre 1941 (1) à la Caserne du 43è Régiment d'Infanterie de Caen. "il apporte un peu de réconfort et de fraternité" rapporte sa fille Lucienne Chotin (témoignage du 2 février 2000).
Il est arrêté le 2 mai 1942 par la police française (le premier mai selon son fils Roger Cardin) : il figure sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Lire Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942)
Emmené au commissariat de la rue Aubert, il y retrouve des militants qu’il connaît : des « JC » (Joseph Besnier et Raymond Guillard), des cégétistes (René Blin, François Stéphan). 
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres militants arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.  A la demande des autorités allemandes, Etienne Cardin et ses camarades sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu'ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés.  Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Etienne Cardin y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Etienne Cardin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45329 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Alors que la grande majorité des Caennais reste à Birkenau, Etienne Cardin fait partie des 10 déportés Caennais qui retournent au camp principal (il s’agit d’Eugène Beaudouin, Etienne Cardin, Marcel Cimier, Jean Doktor, Robert Letellier, Maurice Legal, Charles Lelandais, André Montagne, Raphaël Pecker, Roger Pourvendier (cahier de Marcel Cimier, p. 23).
Avec Marcel Cimier, Léon Bigot, et Roger Pourvendier il est affecté au block 17 A et comme mécanicien au garage auto du personnel SS.  « Là nous avions une soupe améliorée et un travail peu fatigant » écrit Marcel Cimier. Mais ils en sont bientôt éjectés (le Kapo, un Droit commun polonais les remplace par des compatriotes).
Etienne Cardin meurt à Auschwitz le 19 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 158). 
La mention "Mort en déportation" est apposée sur son acte de décès (arrêté du 5 octobre 1987 paru au Journal Officiel du 13 novembre 1987). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

André Montagne, un des 8 rescapés caennais et calvadosiens du convoi du 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz a rédigé de nombreux témoignages concernant la mort de ses 72 camarades à l’intention de leurs familles. Il se souvenait de beaucoup d’entre eux. Voici ce qu’il écrit d’Etienne Cardin : « responsable à Caen de l'Union locale des syndicats CGT, je l'ai souvent rencontré au cours des mois qui ont précédé la guerre en accompagnant mon père, lui-même militant syndicaliste chassé de la S.M.N. pour avoir été l'un des meneurs de la grève historique du 30 novembre 1938. Décédé le 19 octobre 1942, il était âgé de 47 ans ».
  • Note 1 : Il s’agit peut-être de la date du 15 décembre et non de celle du 9. Nous n’avons en effet pas trouvé trace de cette exécution sur les différents sites ministériels ou associatifs. Par contre en représailles aux attentats d’octobre et de novembre 1941, le général commandant en chef des troupes d’Occupation décide de faire exécuter 100 juifs, communistes et anarchistes. Parmi ces cent otages fusillés le 15 décembre 1941 les 13 fusillés de Caen étaient des militants communistes, tous originaires de la Région parisienne, sauf Michel Farré, 20 ans, né à Mondeville et habitant à Colombelles. Aucun d’entre eux n’avait été condamné à mort. Ils purgeaient des peines de travaux forcés infligées par les sections spéciales de Vichy en raison de leur activité communiste. 
  • Note 2 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Cassette enregistrée d'André Montagne.
  • Témoignage de M. Varin, secrétaire de la Maison du Peuple de Caen.
  • Lettre d'un de ses fils (Roger) à André Montagne (20-3-1946) pour obtenir son témoignage sur la mort de son père.
  • Les Incompris, Cahier de Marcel Cimier, rescapé du convoi (p.23).
  • Lettres de sa fille, Madame Chotin (3 lettres en 1946) pour obtenir son témoignage sur la mort de son père.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Archives en ligne de la Manche, état civil et registre matricule militaire.
  • De Caen à Auschwitz, page 26.

Biographie (modifiée en 2015 et 2017) rédigée en janvier 2001 à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive », par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Dernière modification, novembre 2017.

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