L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRUMM Georges, Charles



Lettre en allemand, écrite par Georges Brumm à Auschwitz 
pour la famille d'Abel Buisson
Matricule "45305" à Auschwitz

Rescapé

Georges Brumm est né le 24 janvier 1903 à Rheinbishofsheim (Allemagne) selon son acte de décès à l’état civil de Montreuil (1). 
Georges Brumm est le fils de Barbe Baenerle et de Georges Brumm son époux. 
Il habite au 58 bis rue de Paris à Montreuil-sous-Bois (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il a épousé Elisabeth, Georgette Bolla. Le couple a un fils. 
Georges Brumm travaille comme ajusteur-mécanicien à la Cartoucherie de Vincennes. Il est membre du Parti communiste.
Il rejoint dès l'Occupation un groupe « de six ou sept  communiste», qui distribue des tracts, colle des affiches mais qui n’est pas suffisamment organisé pour éviter d’être repéré par la police. Le 18 octobre 1940, Georges Brumm colle des papillons intitulés « A bas Hitler ». Le lendemain, il est arrêté chez lui par des policiers français du commissariat de Montreuil. Quatre autres militants montreuillois sont arrêtés le même jour selon son témoignage : il s’agit de Fernand Vandenhove, Marceau Verga, Alfred Chapat et Marcel Delozanne, qui seront tous quatre déportés avec lui à Auschwitz.
Ecroués au Dépôt de la Préfecture, ils sont inculpés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute). Il est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé du 20 octobre jusqu’en novembre 1940. Il est ensuite transféré à Fresnes en novembre. Le 17 décembre 1940 la Section spéciale d’appel de Paris (2) le condamne à 8 mois de prison. Il est alors écroué à la Maison centrale de Poissy.
A la date d'expiration de sa peine d'emprisonnement, il est libéré, mais il est " et de nouveau arrêté quelques jours après, selon son témoignage auprès de Roger Arnould, du 15 février 1973.
Fiche des Renseignements généraux
Georges Brumm est à nouveau envoyé au Dépôt de la Préfecture, le 22 avril 1941 : en application du décret du 18 novembre 1939 (3), le préfet de police de Paris, Camille Marchand, le fait interner au CSS d’Aincourt où il arrive le 28 (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
La fiche des Renseignements généraux envoyée au directeur du camp mentionne "Meneur communiste actif, a été condamné à huit mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939".
Le 6 septembre 1941, il est transféré au CSS de Rouillé (4) au sein d’un groupe de 150 prisonniers pour l’ouverture du camp.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Georges Brumm (n°39 de la liste) y figure. Et c’est avec un groupe d’environ 160 internés (5) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Brumm est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auschwitz Stammlager
Georges Brumm est enregistré à son arrivée à Auschwitz au «Stammlager» (camp principal), le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45305 ». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : « Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi ». Pierre Monjault.  Georges Brumm est affecté au Block 21, avec son camarade Emile Buisson. Il fait fonction d’interprète. Les « 45000 » sont alors tous confrontés à l’horreur et à la mort : Georges Guinchan, lui aussi de Montreuil, a raconté sa rencontre avec Armand Schkolnic un militant communiste interné avec lui à Rouillé, déporté en tant que Juif dans le convoi du 5 juin 1942 : « Déporté un mois avant nous, c'est à peine si je le reconnais : il est devenu l'ombre de lui-même, alors qu'il était si robuste à Rouillé. Sa description du camp et de ce qui nous attend est à peine croyable. Presque tous les déportés de son transport, parti le 5 juin 1942, sont déjà morts et il pense qu'il ne pourra plus tenir bien longtemps dans son kommando de travail. Désespéré, il me dit qu'il n'existe aucun espoir de survivre plus de trois mois dans cet enfer, même pour les plus endurcis ». La plupart des « 4500 » vont effectivement eux aussi mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
Les Français survivants se donnent des points de rendez-vous, à l'intérieur du camp principal, pour se rencontrer le soir, après le travail en Kommando : « Nous sommes un petit groupe à nous entraider et à lutter contre l'isolement démoralisant. Nous nous efforçons de mettre sur pied une première organisation de survie, de développer nos relations avec les autres nationalités. Le plus souvent, je rencontre : Guy Lecrux de Reims, Robert Lambotte, Roger Pélissou, André Faudry, Mickey (Marcel Guilbert), René Petitjean, Georges Brumm, Robert Rosse (Georges Guinchan).
Georges Brumm, grâce à sa bonne pratique de l’allemand fait partie du groupe français de Résistance dès sa création en décembre 1942, comme en témoigne Roger Abada qui en fut l'un des trois responsables.
En février 1943 Georges Brumm, très affaibli, échappe à une sélection des "inaptes au travail" pour la chambre à gaz en même temps qu'Abel Buisson qui se trouvait avec lui au block 21.
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ainsi, à partir de juillet 1943, il rédige la correspondance de nombre d'entre eux (ci-contre la lettre pour la femme et la sœur d’Abel Buisson rédigée de sa main).
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Il semble qu'au début de leur quarantaine au Block 11, les "45 000" aient tous été placés dans la même chambre, la Stube n° 1, dont les fenêtres donnaient sur la cour. A mesure que d'autres salles sont vacantes ils sont répartis dans deux ou trois pièces : « Ceci au bout d'un mois, à la suite de notre demande, car nous étions trop entassés, dans des lits de bois à trois étages et sommier de paille ». D'après Georges Brumm, ils sont mêlés à des "libérables" : « Une dizaine de "45 000", Gorgue, Buisson et moi, nous nous retrouvons dans la chambrée dite des "Aristocrates" avec 30 à 40 détenus polonais, tchèques et divers (la plupart d'anciens kapos) qui attendent leur "libération" ». De cette période, il se souvient aussi de la mort de Raymond Langlois, atteint de tuberculose, qui s'éteint le 11 novembre 1943.
Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre.
Carnet de Johann Beckmann à Gross Rosen
Le 7 septembre 1944, Georges Brumm est transféré avec 29 autres « 45 000 » d'Auschwitz à Gross-Rosen où ils sont enregistrés : Johan Beckmann a relevé leurs matricules. Georges Brumm reçoit le matricule « 40 980 ». Après une quarantaine, les « 45 000 » sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens.
Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué sur divers camps. Georges Brumm est évacué sur Hersbrück (kommando de Flossenbürg, constructions Dogger)  avec 17 « 45000 » entre le 9 et le 11 février 1945. Il y reçoit le matricule « 84 363 ».
Les "marches de la mort"
Le 8 avril 1945, les seize  "45 000" survivants (Roger Bordy est mort le 3 avril) partent à pied, au cours d’une terrible « Marche de la mort » de Hersbrück en direction de Dachau. Tenaillé par la faim (« même les SS avaient faim »,  isolé des autres « 45000 », il réussit le 28 avril 1945 à se dissimuler dans un fossé en bord de route, en compagnie d'un prisonnier soviétique : « On entendait tout proche le bruit du canon, le crépitement des mitrailleuses. Les Américains approchaient. A la nuit tombée je vis les balles traçantes qui indiquaient la direction à prendre pour sortir de là ». Avec son camarade soviétique ils marchent vers un village et entrent dans la première maison. On les loge dans l’écurie. Des Allemandes, réfugiées du Nord de l’Allemagne leur apportent à manger. Ils repartent le lendemain et bientôt rencontrent des Américains. Ils sont libres « le Russe part de son côté ». Ils sont dans la région de Munich dans la localité de Petershausen, district de Dachau : les Américains leur disent qu’il y a des français dans le secteur (ce sont des prisonniers de guerre français et des ouvriers du STO). Roger Arnould écrit en 1973 : « Il n’est donc plus un déporté et par conséquent plus considéré comme tel ». Après plusieurs jours d’attente, le groupe trouve un train qui les amène à Forbach, puis à Charleville.
A Montreuil, il reprend ses activités, et chaque dimanche, sur le marché, retrouve Abel Buisson, qui était son compagnon au Block 21 d'Auschwitz. A l’annonce de la  mort de Georges Brumm, Abel Buisson écrira « j’ai perdu un frère pour moi, à 83 ans ! ». Homologué par le Front National puis « Déporté politique » en 1955, Georges Brumm reçoit la Médaille de la Déportation.
Georges Brumm est mort le 12 janvier 1986, à la Maison de Retraite du château de Lormoy, à Longpont-sur-Orge (Essonne).
  • Note 1 : C’est également le lieu de naissance qui est inscrit au camp de Rouillé. Toutefois on trouve dans son dossier aux archives du ministère des Anciens combattants un autre lieu de naissance : Schiltigheim (Bas-Rhin).
  • Note 2 : Ces sections spéciales sont spécialement chargées de réprimer les activités communistes et anarchiste (article 1), elles jugent en dernière instance, aucun recours n’est possible (article 7).
  • Note 3 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des «individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique». Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources

  • Bref récit de sa déportation pour Roger Arnould (15 février 1973).
  • Témoignage de M. Tamanini, FNDIRP de Montreuil  (13 août 1989)
  • Raymond Montégut, Arbeit macht Frei, Éditions du Paroi (imprimeur), juin 1973.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée novembre 1993.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin - Juin 2003 - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Archives départementales de la Vienne (109W75)
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 
Biographie installée en août  2012 (complétée en 2016), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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