L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BRENNER Julius


Sur une liste des archives du Ministère des Anciens combattants des « détenus ayant été soignés (sic) à l’infirmerie d’Auschwitz » (BAVCC, Aus. 3/T3) on trouve le nom de "Brenner Julius, matricule 45300, né le 4/5/1896 à Pretot / Seine, entré à l’infirmerie le 30/07/1942".
Ce sont les seules données connues concernant ce déporté, car les recherches dans les archives sont demeurées vaines. Il n'existe notamment pas d'acte de naissance correspondant à cette date dans les archives de Prétot-Vicquemare (Seine-Inférieure/Seine-Maritime).
D'ailleurs, on peut s’interroger sur l’existence même de « Julius Brenner ». En effet si on compare les renseignements portés sur le registre d’Auschwitz avec ceux qui se rapportent à deux autres « 45000 », Julien Aligny et Louis Brenner, on est frappé par d’étranges similitudes. Son identité semble bien provenir de l’emprunt alterné de données relatives à l'un et l'autre de ces « 45000 ».

  • Brenner Louis, « 45300 »,  né le 21/06/1896 à  St Cadou-en-Sizun / Finistère, mort le 19/9/1942.
  • Aligny Julien, « 46214 »,  né le 04/05/1914 à  Prêtot / Seine-Inférieure, mort le 30/07/1942

  • Brenner Julius, « 45300 », né le 4/5/1896 à Pretot / Seine, entré à l’infirmerie le 30/07/1942"

Crématoire. Musée d'Auschwitz-Birkenau
Ce "malade" dénommé "Julius Benner" pourrait être le résultat d'une falsification des registres pour tenter de sauver Louis Brenner. On sait que pour sauver des malades « sélectionnés » pour la chambre à gaz, les détenus travaillant au Revier comme infirmiers ou comme médecins falsifiaient les registres en leur attribuant l’identité de malades récemment décédés.
Un document du camp d'Auschwitz indique qu'il a été "soigné" au block 20, l'infirmerie du camp. On peut dans ce cas émettre l’hypothèse suivante : Louis Brenner dont le nom, le matricule, l’année de naissance auraient été relevés le 30 juillet 1942 pour un départ vers la chambre à gaz, aurait été sauvé par son échange avec le cadavre de Julien Aligny, mort dans la nuit ou le jour même, et par l’attribution d’une fausse identité, proche de la sienne (nom, numéro matricule, année de naissance) mais différente grâce à l’emprunt de données relatives à Julien Aligny (prénom, jour et mois de naissance, lieu de naissance). La substitution des personnes étant rendue possible par le fait qu'à cette date les numéros matricules n'étaient pas encore tatoués pour la majorité des détenus.
Sur le site du Mémorial-Musée d'Auschwitz-Birkenau, on trouve pour le numéro "45300" le nom de Louis Brenner, né le 28 juin 1896 à St Cadou-en-Sizun, mort le 19 septembre 1942. Ce stratagème ne lui aurait accordé qu'un faible sursis de moins de deux mois.

Août 2012, Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Sources

  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Julien Aligny, tome 3 page 1423 et Louis Brenner, tome 2 page 131
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiches individuelles consultées en octobre 1993.

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