L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NEE Francis, Léon.



Collection Madeleine Née
Francis Née nait le 14 août 1922 au Mans (Sarthe). 
Sa mère, Jeanne Guinfoleau, âgée de 25 ans, travaillera comme chef d’équipe chez Renault. Son père, Philippe Née, âgé de 34 ans, est boucher.
Francis Née habite chez ses parents au 124 rue du Génie à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), au moment de son arrestation. Il est modeleur-bois.
Il est membre de la Jeunesse communiste. Dans la brochure éditée par la mairie de Villejuif en hommage « aux martyrs de la barbarie fasciste » une courte biographie retrace le parcours de quelques jeunes communistes. Dans celle consacrée à François Daoudal, Francis née est mentionné : « Dès les premiers jours de la guerre, avec ses jeunes camarades Née, Richard, Guillaume, Plaud, ils travaillent tous dans l’illégalité».
Francis Née est arrêté dans la nuit du 16 au 17 septembre 1940 par la police française, à la suite d'une distribution de tracts communistes, en même temps que François Daoudal. Il est vraisemblable qu’il ait subi le même sort que ce dernier « descendu au poste du bas de la côte, il y fut battu toute la nuit ; le lendemain, le sinistre Gimelli, ce brigadier provocateur anticommuniste acharné de la période d’avant guerre, le voyant, s’acharnait à nouveau sur lui » (brochure Villejuif).
Francis Née est incarcéré au Dépôt de la Préfecture le 22 octobre. Il est inculpé pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste. Le 8 février 1941, il est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 16 seront déportés à Auschwitz). Il est condamné à 6 mois de prison, peine couverte en quasi-totalité par son incarcération préventive.
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon

Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Robert Née, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 18 septembre 1940 pour distribution de tracts et condamné le 8 février 1941 par la 15ème chambre à 6 mois de prison ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Il est interné administrativement le 9 février 1941 à la maison centrale de Clairvaux (1), lire dans le blog La Maison centrale de Clairvaux. Il fait appel de la sentence, comme ses camarades. Pour le jugement en appel, il est ramené de Clairvaux à la Santé le 8 avril, en même temps que Boyer et Guidou. Sa sentence est confirmée le 9 avril 1941 (comme celles de Marcel Boyer, Jules Vanzuppe, Robert Lambotte, René Perrottet). Leurs avocats, Antoine Hajje, Georges Pittard et Michel Rolnikas, seront arrêtés en juin 1941, internés à Compiègne et fusillés le 20 septembre 1941.
Francis Née est maintenu à la Santé jusqu’en septembre 1941, période à laquelle il est transféré au camp de Gaillon (Eure).
Il est alors transféré au camp de Voves où il arrive le 4 mai 1942. Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande. Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Francis Née est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45919 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. Le 8 juillet, lors de la séance d’immatriculation, Francis Née se déclare athée (© Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Francis Née meurt à Auschwitz le 13 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 854 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 4 avril 1995 paru au Journal Officiel du 18 août 1995). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé en août 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz. Son nom est honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots (monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis).
Son frère cadet, Jacques Née (qui est né le 13 août 1924 au Mans), est fiché lui aussi par les services de police de Vitry. Il est arrêté le 24 septembre 1942 sur ordre des renseignements généraux. Dans la fiche du commissariat de Vitry il est noté « jeune communiste. Il fréquentait le jeune Nauvion et les filles Lemonier. Enquête pour savoir si ce sont des jeunes communistes) ». Son nom est accompagné des 2 croix rouges soulignées ( XX : registres de police de Vitry, lire l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000»). Il est interné à Voves, puis à  Pithiviers à l’automne 1942. Ce camp était passé du statut de camp pour les Juifs complémentaire de celui de Drancy, à celui de camp pour les politiques, essentiellement communistes. Jacques Née est libéré pour raisons médicales.
  • Note 1 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, avait fixé les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donnait aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste en utilisant le décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur du 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939.
Sources 
  • Témoignage de Mme Rogue (Loir-et-Cher) recueilli par Roger Arnould. 
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • Villejuif, à ses martyrs de la Barbarie Fasciste, 1949.
  • De l’Occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Archives de la Police, Cartons occupation allemande, BA 2374
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Portrait de Francis Née, © collection Madeleine Née, in site « Mémoire Vive ».
  • Documents communs avec François.Daoudal.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande communiste clandestine ».
Biographie installée en juillet 2012 (complétée en juin 2016), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com .Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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