L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Jean, Charles HUGUES


Immatriculation le 8 juillet 1942
45673

Jean Hugues est né le 26 juin 1911 à Paris (14ème). Il habite rue Gassendi à Paris (14ème) au moment de son arrestation. Il est marié et père d'un enfant. 
Guy Hervy, Guy Krivopissko
Aurélien Poidevin, Axel Porin
Depuis 1936 il travaille comme machiniste à l'Opéra Garnier de Paris (in « Quand l’Opéra entre en Résistance » et le témoignage de Georges Marin, rescapé du convoi). Il est membre du Parti communiste. Sportif, il est adhérent à l’Union Athlétique Jean Jaurès (UAJJ), affiliée à la FSGT-USGT (1).

Pendant l’Occupation : «Jean Hugues rejoint rapidement le groupe de résistance formé en 1940 autour de Jean Rieussec. Il semble d'ailleurs être l'un des fondateurs de la cellule communiste clandestine qui voit le jour à la Réunion des théâtres lyriques nationaux la même année. Il milite aussi dans le 14ème arrondissement où il habite. Soupçonné de distribution et de collage de tracts, il est arrêté une première fois le 15 octobre 1940. Il est relâché deux mois plus tard et reprend ses activités illégales. Il contribue ainsi à l'essor du Front national pour l’Indépendance de la France (mouvement de résistance créé à l’initiative de Parti communiste), à l'Opéra et dans son quartier de résidence (in « Quand l’Opéra entre en Résistance »).   
Jean Hugues est arrêté une seconde fois à son domicile le 28 avril 1942 par la police allemande et la police française. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941 - octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Jean Hugues est interné le jour même au camp de détention allemande de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir l’article du blog : «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Hugues est déporté depuis Compiègne vers Auschwitz le 6 juillet 1942 dans le convoi dit des «45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (militants du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles destinées à combattre en France les « milieux judéo-bolcheviks », désignés par Hitler comme responsables des actions armées menées par les communistes contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht à partir d’août 1941. 
Jean Hugues est enregistré à Auschwitz sous le numéro 45673. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction ordonnée par les SS, peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elle a été reconnue par Georges Marin comme étant celle du déporté portant ce numéro photographié lors de la séance d’immatriculation, le 8 juillet 1942.

Jean Hugues meurt à Birkenau, le 16 janvier 1943, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 2, page 479).
Après son départ de Compiègne, son épouse fait des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon au BAVCC). Pendant toute l'Occupation, elle va bénéficier du soutien financier des machinistes. « La solidarité se poursuit après-guerre: le syndicat parraine son fils à partir de 1945 et fleurit à chaque 1er mai sa tombe ainsi que celle de Raymond Amblard » (« Quand l’Opéra entre en Résistance »).
« L’euphorie suscitée par la libération de la capitale ne peut effacer les peines et les angoisses de l’heure. A Paris comme ailleurs en France, on pleure et on enterre les morts. On attend inquiet, le retour des « absents ». À Garnier, les personnels s'interrogent sur le sort de Jean Hugues déporté en Allemagne depuis le 6 juillet 1942. Ils envisagent de parrainer collectivement son fils » (« Quand l’Opéra entre en Résistance ».
Jean Hugues est homologué comme « Déporté politique ». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 10 août 1992, paru au Journal Officiel du 29 septembre 1992. 
Son nom est inscrit sur la plaque commémorative à la Bourse du Travail de Paris, rue du Château d'Eau - «A la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France». Le 25 avril 2005, il est cité avec celui de deux autres « 45000 » (René Royer et René Deslandes) par le maire du 14ème lors de la journée de la Déportation.


  • Note 1 : Pendant l’Occupation sous l’impulsion de René Deslandes, jeune responsable communiste, ce club devient le « Club sportif omnisports du 14ème », club « officiel » qui remplace l’ancienne UAJJ, et dont René Deslandes dépose en septembre 1941 les nouveaux statuts (le club est affilié au groupement Borotra et à la FSGTcollaborationniste). Cette couverture va permettre aux jeunes communistes - dont beaucoup étaient membres du précédent club et des Auberges de jeunesse - de se réunir au grand jour. Plusieurs des jeunes du 14ème qui seront déportés avec lui - ou fusillés - y sont licenciés : Georges Amable, André Aubouet, Albert Faugeron (45529), René Deslandes (45465), Pierre Le Jop (45000), Jean Nicolaï (45000), Gabriel « Gaby » Ponty (45000), Raymond Tardif (2). Certains seront membres des « Bataillons de la jeunesse » (2).
  • Note 2 : Jean Garreau, appartenait au club des motards du 14ème et à l’Union athlétique Jean-Jaurès. Il apprenait à nager aux jeunes de son club à la piscine de la Butte aux Cailles. Il est arrêté en 1942 au cours d’une action FTP des Jeunesses communistes : jugé au procès de la Maison de la Chimie, il est fusillé le 17 avril 1942, avec André Aubouet et René Tardif. Ils avaient abattu un officier allemand le 20 janvier 1942 au métro Bienvenüe. Georges Amable, coureur à pied et cycliste, vainqueur de nombreuses courses au vélodrome de la Cipale au bois de Vincennes, est déporté comme résistant à Buchenwald. Il sera tué en tentant de s’évader du train.
  • Note 3 : Dans une notice biographique préparée dans des délais très courts pour une exposition parisienne de l’association « Mémoire Vive » (et reprise depuis, sans mon accord, sur le site Internet de celle-ci), j’avais attribué par erreur à Jean Hugues, une participation à des actions contre deux librairies, allemande et italienne. 
Sources

  • Guy Hervy, Guy Krivopissko, Aurélien Poidevin, Axel Porin, Quand l’Opéra entre en Résistance Ed. Œil d’Or, août 2007, page 55. Avec l’accord de Guy Krivopissko, conservateur du MRN, juillet 2012.
  • Témoignage de Georges Marin, rescapé du convoi. (1992).
  • Témoignage d’André Deslandes in Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • Revue d'Histoire du 14ème, n°29, p. 72, M. Cottard, février 1989.
Biographie installée en juillet 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courrieldeportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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